mardi , 1 décembre 2020
Zubeida Salajee

Zubeida Salajee, première femme présidente de la Law Society : «Je pense qu’Ameenah Gurib-Fakim doit laver son honneur»

Zubeida Ismaël Salajee, Senior Attorney, est la première femme présidente de l’ordre des avoués. Dans un entretien, elle brosse un tableau du travail des avoués et dresse un constat des problèmes que rencontrent ceux-ci. Elle souhaite aussi qu’Ameenah Gurib-Fakim, lave son honneur.

Comment accueillez-vous votre nomination comme première femme présidente de l’ordre des avoués?
J’accueille mon élection et ma nomination comme première femme présidente de l’ordre des avoués avec humilité. Il faut savoir que j’avais déjà occupé le poste de vice-présidente de la Law Society de 2014 à 2016. Pour l’élection de cette année, j’ai récolté le plus grand nombre de votes et les membres élus m’ont demandé d’assumer la présidence de l’association. Comme j’ai acquis une grande expérience en plus de 30 ans de carrière, j’ai accepté. J’espère être à la hauteur de la confiance placée en moi.

Qu’est-ce que cela représente pour vous?
C’est un grand honneur et j’éprouve aussi un grand sentiment de fierté . Mais ce poste comporte un grand challenge et aussi beaucoup de responsabilités. Le poste de présidente de l’ordre des avoués représente une énorme charge administrative. Il faut que je fasse le suivi des cours dispensés par l’Institute for Judicial and Legal Studies et en informer les avoués. Chaque avoué, avocat et notaire doit obligatoirement suivre douze heures de cours chaque année sur une période de 9 mois. Ces cours sont dispensés par des avoués, des avocats (Q.C) et par des éminents juristes étrangers. Il faut souligner que c’est un poste non rémunéré alors qu’en Angleterre c’est un emploi à plein temps et payant. Il y a aussi d’autres paramètres à respecter et veiller à ce que la déontologie soit respectée.

Sous quel signe placez-vous votre présidence?
Ma nomination comme présidente de l’ordre des avoués est l’aboutissement d’une longue carrière au sein du barreau. J’ai toujours agi avec discernement à l’égard des magistrats et des juges. J’ai toujours fait mon travail avec assiduité et j’ai été toujours honnête envers mes clients. Je vais continuer le travail de l’ancien l’ordre des avoués et apporter la touche féminine qui manquait. Peut-être allons-nous apporter quelques innovations après consultations avec les aînés.

Quelles seront vos priorités.?
Les avoués ont des gros problèmes administratifs. Je recueillerai toutes les doléances de nos membres et je solliciterai une réunion avec le chef juge pour lui faire part de nos problèmes. À partir de là on va s’organiser pour donner une nouvelle image à la profession.

Justement quels sont les problèmes auxquels font face les avoués?
Vous savez, il y a une seule caisse a la New Court House. Quand les clercs d’avoué s’y présentent pour payer pour l’enregistrement des documents, cela prend une éternité. C’est un gros problème pour les avoués et les membres du public. Il y a aussi l’e-Judiciary qui coûte énormément et beaucoup de nos membres s’en plaignent. Sachez aussi que ce sont les clients qui mettent la main à la poche. Il y’a aussi le problème de délai pour rendre un jugement. Nos clients croient que c’est nous qui en sommes responsables. J’ai déjà écrit une lettre et envoyé un mémorandum, mais malheureusement rien n’est fait. Par respect pour la profession je ne blâme personne, mais il n’est pas normal qu’un client doit attendre parfois des années pour connaître un jugement.

Que souhaitez-vous laisser comme héritage à la fin de votre mandat?
J’aimerais faire bouger les choses très vite et apporter une touche féminine. Quand je quitterai la présidence j’aimerais qu’on se souviennne de moi comme une personne qui a servi son poste avec dignité et honneur.

Comment expliquez-vous que lors des derniers examens ce sont que les femmes qui ont réussi?
Peut-être que le métier d’avoué est plus « women-friendly ». Elles ont trouvé que le métier d’avocat est trop «demanding» . Les avocats doivent se rendre à la prison ainsi qu’aux postes de police les plus éloignés à n’importe quelle heure de la nuit. Or, nous avons un grand nombre d’avouées femmes qui sont intéressées à apporter de nouvelles idées pour faire avancer et non bousculer les choses.

Diriez-vous donc que le métier d’avoué se féminise ?
Actuellement, il y a 765 avocats et 188 avoués. 93 avoués sont des femmes. En 2018 nous avons enregistré la venue de 9 nouvelles femmes avouées et en 2019 ce sont des femmes qui vont prêter serment.

A -t-on atteint le seuil de saturation?
Je pense qu’on a effectivement atteint le seuil de saturation et les choses ne sont pas faciles pour les nouveaux pour se faire une place au soleil. Il faut se battre tout en essayant de garder le niveau.

En grandes lignes, en quoi consiste le travail d’un avoué?
Les avoués font le travail en civil, incluant les affaires familiales et commerciales. Nous travaillons en amont pour rédiger la plaidoirie écrite d’un avocat et sans un avoué, un procès en civil ne peut être instruit par un avocat. Un avocat ne peut pas paraître dans une affaire civile sans été avoir «instructed» par un avoué. Il y a beaucoup de travail de papier et beaucoup de suivis. Un avoué à la responsabilité de préparer et de faire jurer un affidavit. C’est bien différent du travail d’avocat.

La profession d’avocats a été secouée par des liens avec le monde ténébreux de la mafia et autres trafiquants de drogue. Est-ce que la profession d’avoué est immunisée?
Heureusement qu’aucun nom d’avoué n’a été cité et ni la profession n’a été éclaboussée devant la Commission d’enquête sur la drogue. Mais nous ne sommes pas immunisés devant la tentation de l’argent facile.

Comme une professionnelle du barreau, comment analysez-vous les choses à la tête de l’État ?
Je ne suis pas à la hauteur pour porter un jugement ni critiquer qui que soit. Mais il y a un mal-être avec tout ce qu’on voit à la tête de l’État. Je suis d’avis que l’ex présidente de la République était une personne de bonne foi quand elle avait rencontré l’homme d’affaires Alvaro Sobrino pour faire partie d’une organisation philanthropique. Mais Ameenah Gurib-Fakim a été mal conseillée de siéger sur le board du Planet Earth Institute.( PEI).

L’autre problème c’est la perception du grand public qui trouve que l’ex-présidente voyage trop à l’étranger. Ses achats faramineux ne sont pas au goût de la population. On trouve que le salaire minimum de Rs 9000 n’est parfois guère suffisant pour faire vivre une famille alors que l’ex-présidente dépense des dizaines de milliers de roupies pour faire du shopping. Il n’empêche, j’ai de la sympathie pour elle et je suis triste que son mandat de présidente ait pris fin en eau de boudin. Quand elle avait été nommée au poste de présidente, j’étais très contente pour elle. Je me disais qu’elle n’était pas une politicienne mais une scientifique de renom qui ferait honneur à la femme et au pays. Je connais l’ex-présidente qui a fréquenté la même école que moi et elle était tout le temps élégante et intelligente.

Quand j’ai appris qu’elle a été choisie comme présidente, j’étais très émue car ses parents d’origine modeste méritaient cet honneur et de surcroit, elle est femme musulmane. Je pense qu’Ameenah Gurib-Fakim doit laver son honneur et doit dénoncer toute maldonne s’il y a eu.

Portrait

Originaire de Mahébourg, Zubeida Salajee est l’aînée d’une fratrie de 5 enfants. Son père, Ismaël Salajee, connu comme Nallah, était manager de l’ancien cinéma Odeon à Mahébourg dont le propriétaire était le père du patron de la BAI, Dawood Rawat. Sa mère, Sarah Bibi, était responsable de l’éducation des enfants et veillait à ce qu’ils ne manquaient de rien. La discipline était de rigueur à la maison et les enfants ont été à la hauteur des espérances .

Enfant, Zubeida à fréquenté l’école primaire RCA de Mahebourg et ensuite le collège Lorette de Mahebourg jusqu’à la form V et la HSC au couvent Lorette de Curepipe.

Zubeida Salajee a fait 5 années «d’Articleship» chez Osman Abassakoor Senior Attorney. Durant cette période elle a habité chez la famille Khatib les jours de semaine et passait le weekend en famille. Elle a prêté serment comme avouée en 1987 et a été nommée Senior Attorney en 2016. Elle a occupé le poste de vice-présidente du conseil des avoués de 2014 à 2016. Zubeida Salajee remercie en premier le Créateur pour cet immense honneur . Ses remerciements vont à ses parents qui ont travaillé très dur pour donner une bonne éducation aux enfants . Elle remercie aussi tous ceux qui sont derrière son succès.

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