Peut-on être concurrentes sans devenir adversaires ? C’est autour de cette idée que Madiihah Ruhomutally, entrepreneure et créatrice de contenu, a récemment réuni des femmes entrepreneures et des créatrices de contenu sur TikTok. L’objectif : encourager la collaboration et l’entraide, tout en dénonçant le harcèlement et les attaques sur les réseaux sociaux.
Pour Madiihah Ruhomutally, les réseaux sociaux ont ouvert de nouvelles possibilités à de nombreux petits entrepreneurs, notamment aux femmes. Avec des coûts d’entrée plus faibles que dans certains modèles commerciaux traditionnels, les plateformes numériques permettent aujourd’hui de lancer une activité et de toucher directement des clients.
Mais cette visibilité peut aussi avoir un revers. « La plupart d’entre eux ont été victimes de cyberharcèlement et de harcèlement et se sont découragés. J’ai moi-même vécu cela, mais avec le soutien de mon entourage et un état d’esprit très positif, j’ai réussi à traverser cette période », explique-t-elle.
Stratégies réfléchies
Selon Madiihah, vendre sur les réseaux sociaux est souvent perçu comme une activité facile. Une perception qu’elle conteste. Derrière quelques minutes ou quelques heures de diffusion en direct, il y a tout un travail de préparation pour attirer la bonne audience et convertir cette visibilité en ventes.
« Le niveau d’effort est souvent sous-estimé. Les internautes ont tendance à croire qu’il ne s’agit que de quelques minutes ou de quelques heures de diffusion en direct. En réalité, il faut beaucoup plus pour attirer la bonne audience, la convaincre de regarder et d’acheter. Les stratégies mises en place sont planifiées et élaborées », souligne-t-elle.
Elle estime également que certaines entreprises traditionnelles perçoivent les nouveaux acteurs du commerce en ligne comme une menace, alors que l’évolution technologique devrait plutôt les pousser à revoir leurs méthodes. Pour elle, le problème réside notamment dans la difficulté à s’adapter aux nouvelles technologies.
« L’hostilité envers les nouveaux arrivants n’est pas la bonne approche. Il faut plutôt s’adapter aux avancées technologiques », affirme-t-elle.
Collaborer pour mieux concurrencer
Pour Madiihah, collaboration et concurrence ne sont pas incompatibles. Elle estime que le fait de réunir plusieurs vendeurs et créateurs de contenu peut créer une dynamique favorable à la fois aux entrepreneurs et aux consommateurs. TikTok permet notamment de dépasser les limites géographiques d’un commerce physique. Des clients situés aux quatre coins de l’île peuvent découvrir des produits et effectuer leurs achats en ligne.
« La collaboration entre vendeurs permet de faire ressortir le meilleur de chacun et offre aux clients une meilleure expérience. Cela crée de l’efficacité et de l’équité et augmente ainsi la propension à acheter », explique-t-elle.
Contrairement à l’idée selon laquelle davantage de concurrents entraînerait nécessairement une diminution des ventes, elle estime que la concurrence peut au contraire contribuer à élargir le marché.
La concurrence pousse également, selon elle, les entrepreneurs à innover et à rester attentifs aux attentes des consommateurs. « La concurrence permet également d’éviter les prix exagérés. Les clients peuvent bénéficier de produits de qualité et de prix correspondant à la valeur du marché », soutient-elle.
Le cyberharcèlement, un frein pour les nouveaux venus
Si la concurrence peut être bénéfique au marché, les attaques personnelles et le cyberharcèlement constituent, selon elle, un obstacle pour de nombreux créateurs qui tentent de se lancer.
« Le cyberharcèlement a atteint des niveaux désastreux. Les nouveaux arrivants ont été fortement découragés par le harcèlement », affirme Madiihah Ruhomutally qui ajoute qu’elle fait de son mieux pour soutenir les personnes confrontées à ce type de situation. Elle estime que certaines précautions peuvent aider les créateurs à mieux gérer leur présence en ligne, notamment le recours à un modérateur lors des diffusions en direct.
Elle appelle également les créateurs à éviter de s’engager dans des controverses et des disputes qu’elle considère comme inutiles. Les conséquences des attaques personnelles peuvent, selon elle, dépasser le cadre des réseaux sociaux. « Les attaques personnelles peuvent provoquer de graves difficultés psychologiques et des problèmes familiaux », avance-t-elle.
Les créateurs face à leur responsabilité
Avec l’importance grandissante des réseaux sociaux dans le commerce, Madiihah Ruhomutally considère que les créateurs de contenu ont également un rôle à jouer dans l’évolution de cet environnement.
« La création de contenu est l’avenir du commerce », estime-t-elle. Elle considère que les créateurs doivent apprendre les uns des autres et se soutenir afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs, notamment en matière de commodité et de divertissement. Elle appelle également les créateurs déjà établis à utiliser leur influence pour décourager le harcèlement.
« Les créateurs de contenu établis devraient davantage parler du caractère inapproprié du harcèlement. Ils ont une audience plus importante et leur influence collective pourrait contribuer à réduire le cyberharcèlement », souligne-t-elle.
Selon elle, les jeunes doivent également être davantage sensibilisés aux conséquences des attaques personnelles et du cyberharcèlement, notamment à travers l’éducation sociale et religieuse.
Amnah Ummé Tasneem Mudhoo Noorzai
Star Journal d'information en ligne