Mohammad Zoheb Lungut, 39 ans, consacre une partie de son temps à la pratique de la ruqya, un procédé de guérison spirituelle fondé, selon la tradition islamique, sur la récitation de versets du Quran et de du’as. Installé à Pailles, il a acquis une expérience de 13 ans dans ce domaine, parallèlement à une formation académique en sciences islamiques.
Zoheb Lungut est diplômé de la Faculté de Hadith et d’Études islamiques de l’Université de Madinah. Sa formation dans le domaine de la ruqya s’est également construite au fil des années auprès de plusieurs enseignants et praticiens originaires notamment du Soudan, d’Arabie saoudite, d’Égypte, du Koweït et de Bahreïn. Son parcours, explique-t-il, ne s’est pas limité à une formation théorique. « Chaque semaine, je me rendais chez eux pour apprendre à leurs côtés », raconte le râqi.
« J’ai assisté à environ 70 cas, notamment des situations présentées comme des possessions par des djinns, le mauvais œil, la jalousie ou encore des problèmes psychologiques », précise-t-il. Cette expérience pratique lui aurait progressivement permis de prendre davantage de responsabilités. « Lorsqu’ils ont constaté que je maîtrisais le sujet, mes enseignants m’ont autorisé à pratiquer des séances de ruqya chez eux », explique-t-il.
Pour lui, la ruqya ne doit toutefois pas être présentée comme une alternative systématique à la médecine. Il insiste sur la nécessité de faire appel à des professionnels de santé lorsque la situation l’exige.
Une pratique fondée sur le Quran
Pour Zoheb Lungut, la ruqya islamique consiste essentiellement à réciter des versets du Quran ainsi que des invocations rapportées de la tradition prophétique, tout en plaçant sa confiance en Allah. « La ruqya est un moyen de traitement pratiqué et approuvé par le Prophète Muhammad (saw). Il nous a informés qu’elle constitue, par la permission d’Allah, un moyen valable et bénéfique », affirme-t-il.
Il souligne toutefois que cette pratique ne doit pas conduire une personne à abandonner un traitement médical. « La ruqya ne signifie pas négliger les soins médicaux dispensés par des médecins qualifiés lorsque ceux-ci sont nécessaires », prévient Zoheb Lungut. Il rappelle à ce propos un hadith rapporté par Abu Dawud, dans lequel le Prophète Muhammad (saw) encourage les croyants à rechercher un traitement et dans cette perspective, le recours aux soins et la confiance en Allah ne seraient pas contradictoires. « Les moyens que nous prenons pour nous soigner font eux aussi partie du décret d’Allah », souligne-t-il.
Une séance encadrée
Une séance de ruqya, selon sa conception, doit rester strictement encadrée par les enseignements islamiques. Le râqi et la personne concernée peuvent notamment effectuer leurs ablutions avant la séance et l’environnement doit être propre et exempt d’éléments considérés comme interdits dans ce cadre.
La première étape consiste également à rappeler que la guérison ne vient pas du praticien. « Le râqi n’est qu’un moyen et la guérison appartient à Allah », explique Zoheb Lungut. La récitation peut comprendre notamment Al-Fatiha, Ayat al-Kursi, les deux derniers versets de la sourate Al-Baqarah ainsi que les trois dernières sourates du Quran. Des invocations prophétiques peuvent également être récitées directement sur la personne, ou sur de l’eau ou de l’huile destinées à être utilisées par celle-ci.
Durant la séance, le praticien peut observer différentes réactions physiques ou émotionnelles. Tremblements, pleurs ou respiration plus lourde peuvent notamment être rapportés. Mais Zoheb Lungut met en garde contre toute interprétation automatique de ces manifestations. « La présence de certains signes ne signifie pas nécessairement qu’une personne est possédée, victime de magie ou affectée par le mauvais œil », précise-t-il. Des causes physiologiques ou psychologiques peuvent également expliquer certains symptômes.
Pas de place pour les dérives
Pour Zoheb Lungut, certaines limites doivent impérativement être respectées. Il recommande d’éviter les formules incompréhensibles, les paroles secrètes ou les pratiques dont la signification n’est pas connue. « La ruqya doit reposer sur le Quran, les du’as authentiques et la recherche de protection auprès d’Allah seul », insiste-t-il.
Il déconseille également toute tentative de « communiquer avec les djinns ou de leur demander de l’aide, même lorsqu’ils prétendent être musulmans ». De même, un râqi sérieux ne devrait pas réclamer le nom de la mère d’une personne, ses vêtements ou certains effets personnels. « Les talismans et amulettes sont également à éviter lorsqu’ils deviennent des objets auxquels la personne attribue un pouvoir de protection ou de guérison. »
Les règles concernant les relations entre hommes et femmes doivent, elles aussi, être respectées. « Un homme qui pratique la ruqya ne doit pas se retrouver seul avec une femme », recommande Zoheb Lungut. « En présence d’une patiente, un mahram doit être présent et tout contact physique doit être évité. »
Enfin, il met en garde contre la commercialisation excessive de cette pratique. « Si une rémunération raisonnable peut être acceptée selon certaines références de la tradition islamique, la ruqya ne doit pas devenir un moyen d’exploitation financière de personnes vulnérables. »
Sorcellerie, magie, jalousie : Quelle attitude adopter ?
De plus en plus de personnes attribuent certaines difficultés de leur vie, problèmes de santé ou conflits familiaux à la sorcellerie, à la magie, au mauvais œil ou à la jalousie. Selon Zoheb Lungut, une approche équilibrée reste essentielle afin d’éviter la peur, la superstition ou la dépendance.
Dans la tradition islamique, la réalité du mauvais œil et de la magie est reconnue. « Toutefois, tout problème ne doit pas automatiquement être interprété comme une atteinte spirituelle. Les informations erronées circulant sur les réseaux sociaux peuvent également renforcer certaines croyances », dit-il.
La première démarche consiste à rechercher les causes médicales ou psychologiques. Une maladie, une dépression, de l’anxiété ou d’autres troubles peuvent parfois être interprétés à tort comme une possession ou de la magie. Un avis médical ou psychologique ne doit donc pas être écarté.
La pratique de la ‘self-ruqya’, soit la ruqya effectuée par soi-même, peut également être encouragée. Elle permet de renforcer le lien direct avec Allah et d’éviter une dépendance envers certains « guérisseurs ».
Enfin, la prière régulière, les adhkar du matin et du soir et la récitation d’Ayat al-Kursi avant le sommeil sont présentées comme des moyens de protection spirituelle. « L’objectif est de remplacer la peur par le tawakkul soit placer sa confiance en Allah tout en prenant les précautions nécessaires. »
Quels signes peuvent être associés à la magie noire ?
Selon Zoheb Lungut, certains signes sont traditionnellement associés à une personne qui serait affectée par la magie noire. Ces manifestations ne constituent toutefois pas un diagnostic et peuvent avoir des causes médicales ou psychologiques.
- Aversion soudaine envers son conjoint
- Changement marqué de comportement à la maison
- Difficultés ou impossibilité d’avoir des rapports conjugaux
- Fausses couches répétées
- Changement soudain de comportement sans raison apparente
- Perte importante ou soudaine d’appétit
- Impression d’avoir fait certaines choses qui n’ont pas réellement été faites
- Attachement ou amour soudain et inhabituel envers une personne
- Changements émotionnels ou relationnels inexpliqués
« À retenir toutefois que la présence d’un ou plusieurs de ces signes ne permet pas de conclure à la présence de magie noire. Une évaluation médicale ou psychologique peut être nécessaire afin d’en rechercher les causes », insiste notre interlocuteur.
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