vendredi , 13 décembre 2019
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Osman Badat

Osman Badat, Managing Director de Harel Mallac Global : «Il faut développer un écosystème pour l’épanouissement des PME»

Afin de donner une nouvelle impulsion au secteur des petites et moyennes entreprises (PME)  à Maurice, il est impératif de développer un écosystème qui englobe tous les acteurs économiques. Ce sont là les propos d’Osman Badat, directeur chez Harel Mallac Global. Il répond à nos questions.

Comment se porte le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) actuellement ?
Il y a plusieurs mesures qui ont été annoncées et des projets concrétisés concernant les PME au cours de ces dernières années à l’instar de la mise sur pied de SME Mauritius et avant, il y a eu l’élaboration du ‘10 Year Strategic Plan’. Cela dit, il n’y a pas eu de gros développements dans ce secteur. Quelques annonces ont été faites dans le budget concernant des taux d’intérêt attrayants pour les entrepreneurs et aussi la participation active de la femme dans ce domaine. N’empêche que plusieurs problèmes existent toujours comme l’accès aux financements et un manque de planification au niveau des autorités. Aujourd’hui, on ne sait pas réellement quels sont les secteurs les plus prospères et dans lesquels les entrepreneurs pourraient se lancer. C’est pour cela qu’il est important de développer un écosystème où le gouvernement ainsi que tous les autres acteurs de l’économie travaillent en synergie. C’est par manque d’un écosystème que, par exemple, nous voyons que le secteur de la banque islamique peine à décoller depuis ces derniers dix ans.

«Il y a un nombre important de femmes musulmanes qui se lancent dans le business. Tant mieux.»

Plusieurs mesures ayant trait aux PME ont été annoncées dans le dernier budget. Pensez-vous qu’elles pourraient donner une nouvelle impulsion à ce secteur ?
L’objectif du budget est resté le même depuis ces trois dernières années, c’est-à-dire de faire de Maurice un pays à hauts revenus d’ici 2022. Mais le taux de croissance actuel ne correspond pas à nos ambitions. Cela dit, je constate qu’il y a de bonnes mesures qui ont été annoncées concernant l’accès aux financements pour les PME et un salaire de Rs 14,000 qui sera payé par l’État à un employé d’une PME. Dans cette lignée, il est important de développer davantage ce secteur car les PME contribuent beaucoup en termes d’emploi et aussi au produit intérieur brut (PIB). Outre ces mesures, il y a beaucoup à faire en parallèle.

La Banque de Développement prévoit une ligne budgétaire de Rs 1 milliard pour les entrepreneurs à travers différents plans d’aide. N’empêche que le financement n’est pas toujours accessible à certaines PME. Pourquoi ?
Cela est dû principalement à la façon dont fonctionne notre système bancaire. Il faut que vous ayez de l’argent pour que les banques vous donnent de l’argent. Mais en principe, les différents plans d’aide annoncés devraient rendre plus facile l’accès aux financements. Toutefois, on ignore si cela favorisera certains secteurs plus que d’autres. En général, les difficultés auxquelles sont confrontées les PME pour avoir les financements sont : (i) le projet présenté. Ceci est-il intéressant et viable ? ; (ii) la façon dont ce projet est présenté à la banque. Bien souvent, ces entrepreneurs ne peuvent se payer les services d’un consultant pour présenter leurs projets de façon plus professionnel à la banque ; et (iii) les garanties exigées par la banque. Tous ces facteurs obstruent l’accès aux financements pour ces petits entrepreneurs.

Le gouvernement met beaucoup d’accent sur l’innovation et la créativité. Comment peut-on rendre nos entrepreneurs plus innovants et créatifs ?
Il faut inculquer la fibre entrepreneuriale à nos jeunes dans les écoles dès le primaire. Mais c’est une chose qui va prendre beaucoup de temps. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Si nous avons l’ambition de devenir un pays intelligent, innovant et créatif, nous ne pouvons continuer à produire des comptables. Ce qu’il nous faut, ce sont des ‘Software Engineers’, des ‘Computer Engineers’ et des personnes très habiles en mathématiques qui pourront exploiter les technologies comme l’Intelligence artificielle, entre autres. Ce sont malheureusement des matières qui n’ont plus la cote chez nos jeunes. Pour pallier ce manque, il faut attirer les étrangers à venir partager avec nous leurs expertises.

«Il existe des perspectives sur le marché africain pour nos entrepreneurs locaux.»

Nos jeunes entrepreneurs disposent-ils de plateformes idéales pour lancer des start-ups qui s’appuient sur les nouvelles technologies comme l’Intelligence artificielle ou le 3D printing ?
Non. Certainement pas. Nous n’avons ni les plateformes ni les législations y relatives. Et à ce jour, nous n’avons pas également l’expertise pour le faire. C’est pourquoi j’estime qu’il faut pouvoir attirer les investisseurs étrangers afin que nous puissions bénéficier de leurs expertises et connaissances. Personnellement, j’accueille favorablement la mesure budgétaire concernant l’octroi du passeport mauricien et la nationalité contre paiement car cela va attirer les investissements directs étrangers. N’empêche, il faut un contrôle accru.

L’encadrement et la formation des entrepreneurs semblent être le talon d’Achille de ce secteur. Que faire pour inverser cette tendance ?
Dans les budgets successifs, plusieurs annonces ont été faites concernant la formation des entrepreneurs. Mais très peu d’informations ont filtré depuis. Pour inverser cette tendance, nous revenons tout le temps à notre point initial, c’est-à-dire développer un écosystème qui favoriserait l’épanouissement des PME. Si nous voulons former des personnes dans n’importe quel secteur, il est impératif d’avoir des formateurs qualifiés qui ont eux-mêmes reçu une formation adéquate.

Le gouvernement veut encourager les entrepreneurs à exporter leurs produits. Y-a-t-il une réelle ouverture à ce niveau ?
Définitivement. Il existe des perspectives sur le marché africain pour nos entrepreneurs locaux. Des ouvertures dans le domaine de l’alimentation, du textiles et même des services sont bien réelles. Il faut tirer avantage de la proximité géographique du continent africain ainsi que du fait que Maurice est membre de la SADC et du COMESA. Néanmoins, il ne faut pas se limiter à ces pays et il faut chercher à explorer d’autres marchés ailleurs.

À votre avis, pourquoi est-ce que les foires et autres salons des PME ne séduisent pas les Mauriciens ?
Les salons et foires des PME revêtent toujours un aspect commercial. Le but étant de vendre les produits et l’accent n’est nullement mis sur la promotion des PME à Maurice. Les acheteurs aussi ne viennent que pour bénéficier des offres promotionnelles. Durant ces foires, ces PME vendent leurs produits directement aux consommateurs. Or, nous n’avons pas de foires où les PME viennent présenter des produits ou services qui pourraient bénéficier aux grosses entreprises du pays. Ces entrepreneurs auraient ainsi pu être un maillon important dans la chaîne de distribution des produits.

Sinon, vous êtes le nouveau président de l’Islamic Chamber of Commerce and Industry (ICCI). Quelles sont vos priorités immédiates?
L’ICCI a été fondée il y a trois ans. Notre objectif demeure la création d’une activité commune parmi les entreprises musulmanes à Maurice. Nous voulons apporter notre contribution au développement du pays. En termes de priorités, on espère augmenter le nombre de membres affiliés à l’ICCI. À ce jour, nous comptons environ 200 membres et nous espérons atteindre 500 membres dans deux ans. Nous organisons fréquemment des ‘Networking Events’ auxquels participent des hommes d’affaires étrangers. Aussi, l’ICCI travaille sur la tenue d’une foire où des entrepreneurs iraniens viendront exposer leurs produits. On compte également venir de l’avant avec une soirée de récompenses pour nos membres.

Comment peut-on augmenter les échanges commerciaux entre les entrepreneurs et autres hommes d’affaires musulmans à Maurice ?
Nous travaillons en ce sens à chaque fois que l’ICCI organise les ‘Networking Events’. Les membres ont l’occasion de mieux se connaître et d’apprendre un peu plus sur les produits et services offerts. J’aimerais attirer l’attention sur le fait que chaque membre de l’ICCI a une carte de fidélité qui lui permet d’avoir des remises lorsqu’il traite avec un autre membre de l’organisme.

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