samedi , 5 décembre 2020

Soyons plus grands que la petitesse d’une caricature

Un enseignant à l’école demande à des enfants de quitter la classe ou de détourner le regard. Il comprend que les caricatures qu’il montrera aux élèves peuvent heurter leurs sentiments. Il s’agit de dessins d’une personnalité religieuse. Il montre ce dernier, nu en partie, accroupi et le derrière en l’air avec une étoile sur les fesses avec l’inscription ‘une étoile est née’.

Imaginons un instant que cela se passe à Maurice. Le professeur peut être hindou, chrétien, musulman ou sans religion. La caricature peut être celle d’une figure de l’une des multiples religions qui se côtoient à Maurice. Elle peut être même celle d’une personnalité publique, politique ou autre, sinon celle d’un être qui nous est très cher, vivant ou décédé.

Cette situation est impensable dans le contexte mauricien où le respect mutuel est le socle de notre vivre-ensemble. Si par malheur cela arrive, nous pouvons imaginer le désordre et même la menace qui pèsera sur notre harmonie sociale. Même si des lois existent sur l’incitation à la haine, des dérapages avec des impacts catastrophiques sur notre unité nationale sont à craindre.

Franco-français

Cependant la France est différente, même un cas à part comparé aux autres pays occidentaux. Il y a, d’abord, son histoire marquée par le combat mené contre l’Église. Des caricatures anticléricales, dès le début du siècle dernier, font preuve d’aucun respect, par exemple, vis-à-vis du souverain pontife. De « caricare », les Français tireront le mot « charge » et l’idée de « portrait-charge », et ainsi une caricature porte une charge afin de créer une polémique.

Est-ce que la liberté d’expression aussi a servi à la promotion de la caricature ? Oui, sauf que les caricaturistes sont rarement neutres, comme les maisons d’éditions qui les publient. C’est plus facile en France de s’attaquer à l’islam qu’au judaïsme aujourd’hui. Au moment de l’affaire Dreyfus, à la fin du 19e siècle, les juifs étaient alors ciblés plutôt que les chrétiens.

Depuis, la population musulmane française a augmenté significativement pour en faire la plus forte en Europe occidentale. Ce qui se passe en France concernant les musulmans doit-il nous interpeller ? Non, si nous y voyons une spécialité bien franco-française autour de la question de l’islam, sinon de l’idée de la laïcité qui serait unique à ce pays. Oui, par contre, nous devrions nous sentir concerner si nous voyons la direction que prennent certaines dérives mondialement. Dans tous les cas, nous ne pouvons ignorer l’influence qu’exercent les médias francophones sur le plan mauricien tant par le biais de la presse et les médias qu’à travers l’internet et les réseaux sociaux.

Quelle attitude adopter?

La condamnation du meurtre atroce de l’enseignant Samuel Paty est sans appel. Non seulement cela n’est pas justifié à la lumière de l’islam, mais cet acte est contraire à l’islam, anti-islamique. La conséquence de la folie d’un homme est ensuite très pénible pour toute la communauté musulmane, particulièrement en France.

Les insultes sur l’islam et le Prophète (paix soit sur lui) ont toujours existé et ne finiront pas demain. D’ailleurs, c’est à l’époque prophétique, à la Mecque mais aussi à Médine, que ceux qui ne portent pas la foi s’adonnaient aux pires attaques, même par rapport à Dieu. Le Coran est consacré en grande partie aux réponses à ces charges. Le principe est d’abord que Dieu Seul est en droit de juger et punir les sacrilèges. Le Coran et la Sounna ordonnent de ne pas insulter les symboles considérés sacrés, y compris ceux des autres religions. Lorsque Dieu Lui-même, le Prophète (paix soit sur lui) et le Coran sont moqués, voyons ce que doit-être l’attitude du musulman :

‘Tu vas être peut-être consumé de chagrin parce qu’ils se détournent de toi et ne croient pas en ce discours’. (Le Coran 18:6)

‘Et endure ce qu’ils disent ; et écarte-toi d’eux d’une façon convenable’. (Le Coran 73:10)

Quelque divergence que vous ayez à Son sujet, le jugement appartient à Dieu…’ (Le Coran 42:10)

‘…Dis : « Moquez-vous! Dieu va mettre au jour ce que vous craignez ».

Et si tu les questionnais, ils diraient, certes : « Nous ne faisions que bavarder et jouer ».

Dis « Est-ce bien sur Dieu, Ses signes et Son Envoyé que vous vous moquiez ? ».

Point d’excuse ! Vous avez bel et bien rejeté la foi après avoir cru.

Si Nous pardonnions à une partie d’entre vous, une autre catégorie serait châtiée à raison de sa culpabilité’. (Le Coran 9:64-66)

Face aux comportements insultants à l’encontre de Dieu, du Prophète (paix soit sur lui), de l’islam et même les croyants, Dieu est le Seul Juge. Comme dans le dernier verset susmentionné, parmi les versets descendus à la fin de la mission prophétique, il se peut que ceux qui agissent ainsi se repentent, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Sinon ils auront à répondre à Dieu directement.

Finalement, qui pourra échapper au Jour du Jugement Dernier car chacun aura des comptes à rendre à Dieu? Ici-bas, toutefois, en cas de violations criminelles des règles de la vie, d’atteinte à la propriété et l’honneur des personnes et de délits communs, il faudra rétablir la justice et assurer l’ordre. Mais jamais en laissant une personne prendre la loi entre ses propres mains.

Liberté

Le Coran s’ouvre à la discussion franche et au débat éclairé en matière de foi, de sorte que les gens réfléchissent et choisissent en connaissance de cause. Comment sinon appeler à la raison, à la vérité, à la justice, au bien et à la foi s’il est interdit de s’exprimer librement ? Ce droit s’applique non seulement aux musulmans, mais à tous les êtres. D’ailleurs, la pensée musulmane s’est épanouie au fil des siècles, car si Dieu est Unique, les êtres humains eux sont différents, y compris dans leurs compréhensions. Il n’y a pas de pensée unique ou uniforme en islam. Des fois, les plus grands savants, scientifiques et philosophes musulmans ont été accusés de blasphème ou d’hérésie par d’autres érudits musulmans. C’est le cas d’immenses autorités comme Abou Hanifa, Malik, Ash Shafii, Ahmad bin Hanbal, Al Achari, Al Boukhari, Al Ghazali, Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim.

Etrangement, ce sont les rationalistes qui avaient un moment institué une vraie inquisition étatique contre les croyances traditionnalistes et les enseignements de penseurs comme Ahmad bin Hanbal, une éminence dans le savoir islamique. S’il existe une vaste diversité des interprétations des textes, une multiplicité des traditions, jurisprudences, écoles de pensée, tendances, philosophies et théologies, sans mentionner un pluralisme culturel universel, c’est grâce à la liberté de conscience et d’expression que l’islam doit garantir.

Sentiments

Une colère peut-être est légitime, mais notre émotivité ne doit pas dicter notre réaction. Au-delà de cette énième affaire de caricatures, il faudra aussi ne pas se laisser piéger par les nombreux opportunistes, manipulateurs et autres islamophobes, dans les milieux politiques ou médiatiques, qui sautent sur l’occasion pour se renchérir d’amalgames et stigmatiser les musulmans.

Quand nous savons qu’une fatwa ne peut faire l’objet d’une condamnation à mort, nous ne pouvons comprendre comment un ministre de la République française imagine ce terme pour expliquer la motivation derrière l’injustifiable assassinat de l’enseignant Samuel Paty. Regrette-il qu’il n’y a aucun ayatollah pour le faire ? Également, une chasse aux sorcières s’est organisée jusqu’à ce qu’un enfant qui avait répondu à une simple question du meurtrier devient un suspect de complicité. Alors qu’à 99.9% les musulmans condamnent, avec raison, ce meurtre, à peine personne ne parle de l’agression au couteau de deux femmes ‘voilées’ près de la Tour Eiffel et de la situation que vivent au quotidien tant de musulmans de foi musulmane en France. La liberté existe, mais beaucoup se taisent lorsque cela les arrange.

Conclusion

Puisqu’il est question du Prophète (paix soit sur lui) soulignons quelques-uns de ses enseignements qui sont à des années-lumière de la bassesse des caricatures de certains. C’est la meilleure des réponses à leurs insultes.

  1. Des ennemis mecquois du Prophète (paix soit sur lui) le nommaient ‘Mudhammam’ (le souvent-blâmé), une inversion du nom Muhammad (le souvent-loué). Il s’est contenté de déclarer que : « Leurs mots ne s’appliquent pas à moi, puisqu’ils utilisent un nom erroné, et que je m’appelle Muhammad ».
  2. Lorsqu’il est allé dans la ville de Taif, les habitants ont incité les jeunes à lui jeter des pierres au point de lui ensanglanter les pieds. L’ange Gabriel est alors intervenu et lui a offert d’écraser sa population entre les montagnes. Il a répondu : « Ne fais pas cela ; j’espère qu’un jour, leurs descendants adoreront le Dieu Unique ».
  3. Les musulmans lui avaient demandé à plusieurs reprises de maudire ceux qui l’insultaient, et avaient persécuté, torturé ou assassiné des musulmans et tenté de les exterminer. Il répondait : « J’ai été envoyé à l’humanité comme une miséricorde, pas comme un instrument de malédiction ».
  4. Certains l’avaient salué d’un as-sammu alaykum (« Que la mort soit sur vous ») au lieu d’un as-salamu alaykum (« Que la paix soit sur vous »). Son épouse, Aïcha, a répondu : « Que Dieu vous maudisse! ». Il l’a alors réprimandée : «Dieu est bon, et Il aime la bonté ».
  5. Des gens s’étaient convertis à l’islam parce que cette religion était, vers la fin de la mission prophétique, en position de force, notamment face au judaïsme, au christianisme et au polythéisme. Mais ils étaient déloyaux envers les musulmans et certains croyants insistaient que les traîtres soient exécutés, une pratique alors tout à fait conforme aux us de la guerre. Le Prophète (paix soit sur lui) répondit : « Laisse-les, ou certains diront : Muhammad est du genre à tuer ses compagnons. »
    Le Prophète (paix soit sur lui) était soucieux de la réputation de l’islam et des musulmans. Les fous en colère qui crient au meurtre à chaque insulte proférée contre l’islam, qu’elle soit réelle ou suscitée, devraient bien prendre exemple sur le modèle prophétique. Sa patience, sa sagesse et son sens de la retenue, c’est cela l’islam. Il était miséricorde, même pour ceux qui l’insultaient. C’était cela la grandeur du dernier Prophète comme fut celle de tous ses prédécesseurs d’Adam à Jésus, paix soit sur eux.
    Soyons plus grands que la petitesse d’une caricature. C’est la signification même de l’expression Allahou Akbar, Dieu est plus grand que toute chose

Par DR KHALIL ELAHEE

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