Entrée en vigueur le 1er juillet 2026, la Loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès est présentée par Pékin comme un outil destiné à renforcer la cohésion nationale. Mais pour les organisations de défense des droits humains, ce texte risque d’accentuer l’effacement culturel des minorités, en particulier des Ouïghours du Xinjiang. Eclairage.
La nouvelle loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès (Promoting Ethnic Unity and Progress Law), adoptée par la Chine en mars et entrée en vigueur le 1er juillet, marque un tournant décisif : le pays passe d’une politique de gestion de la diversité ethnique à une politique visant à imposer l’uniformité.
En institutionnalisant légalement l’assimilation des Ouïghours, des Tibétains et d’autres minorités, Pékin cherche à remplacer leurs identités culturelles, linguistiques et religieuses distinctes par une identité nationale unique, définie par l’État et fidèle au Parti communiste chinois.
Cette loi est présentée par les autorités chinoises comme un instrument destiné à promouvoir l’harmonie et la stabilité sociale entre les 56 groupes ethniques officiellement reconnus du pays. Toutefois, une analyse plus approfondie laisse entrevoir un dispositif conçu pour renforcer l’assimilation structurelle des minorités.
Les principaux piliers de la loi
Le texte repose sur un objectif central : la création d’une « identité nationale commune ». Concrètement, les histoires, les langues et les traditions propres aux minorités ethniques doivent désormais s’effacer au profit d’un récit national dominé par la majorité Han.
Parmi les principales dispositions figurent :
Enseignement obligatoire en mandarin
L’article 15 impose l’enseignement du mandarin à tous les enfants, de la maternelle jusqu’à la fin du cycle secondaire obligatoire. Si cette politique était déjà largement appliquée au Xinjiang et au Tibet, la loi retire désormais aux langues minoritaires leur statut de principale langue d’enseignement, les reléguant à un rôle secondaire.
Subordination idéologique
La loi exige que les administrations publiques, les entreprises privées, les organisations sociales et même les groupes religieux contribuent activement à développer une « conscience commune de la nation chinoise ».
Les institutions religieuses sont notamment invitées à poursuivre la « sinisation » (NDLR : rendre chinois) des religions, en adaptant les croyances et les pratiques religieuses aux principes du socialisme et à l’idéologie de l’État.
Application extraterritoriale
L’un des aspects les plus controversés réside dans l’application extraterritoriale du texte. L’article 63 prévoit que des organisations ou des individus situés hors de Chine pourront être tenus pour responsables s’ils sont accusés de porter atteinte à « l’unité ethnique » ou d’encourager le « séparatisme ethnique ».
Selon les critiques de la loi, cette disposition pourrait servir de fondement juridique à une répression transnationale visant les communautés de la diaspora, les militants et les opposants vivant à l’étranger.
La nouvelle loi en bref
- Promotion d’une identité nationale chinoise commune.
- Renforcement de l’enseignement en mandarin.
- Intégration accrue des minorités dans les institutions nationales.
- Lutte contre les activités jugées séparatistes.
- Possibilité de poursuites contre certaines personnes ou organisations situées hors de Chine selon les dispositions de la loi.
Quelles conséquences pour les Ouïghours ?
Pour les Ouïghours du Xinjiang comme pour les bouddhistes tibétains, cette loi ne constitue pas une nouvelle politique, mais plutôt la formalisation juridique de pratiques déjà observées depuis plusieurs années.
Concernant les Ouïghours, le principe d’ « unité ethnique » a déjà été invoqué pour justifier des détentions massives, des transferts de travailleurs, des séparations familiales ainsi que la destruction de nombreux éléments du patrimoine culturel et des mosquées.
En inscrivant ces principes dans la loi, l’État chinois dissiperait toute ambiguïté quant à ses intentions. Selon les auteurs de ces critiques, la préservation de la langue ouïghoure ou certaines pratiques religieuses pourraient désormais être assimilées à des menaces contre la sécurité nationale ou à des manifestations d’extrémisme.
Chez les Tibétains, la loi est perçue comme une remise en cause de la transmission de leur identité culturelle et religieuse. Elle concerne notamment l’administration des monastères et la formation des jeunes moines et religieuses.
Une vague de critiques internationales
La loi a suscité de nombreuses réactions sur la scène internationale. Des gouvernements occidentaux, des organisations de défense des droits humains et des représentants des minorités en exil dénoncent un texte favorisant l’effacement progressif des identités culturelles.
Le Parlement européen a condamné la législation, estimant qu’elle pourrait accélérer la disparition du patrimoine culturel des minorités. Certains eurodéputés ont appelé à suspendre les accords d’extradition avec la Chine afin de protéger les membres des diasporas.
Aux États-Unis, plusieurs responsables politiques ont demandé au département d’État de dénoncer publiquement cette loi, qu’ils considèrent comme un instrument de contrôle idéologique susceptible de menacer les défenseurs des droits humains à travers le monde.
Des organisations telles qu’Amnesty International ou Campaign for Uyghurs estiment, quant à elles, que cette législation est incompatible avec les garanties constitutionnelles chinoises relatives à l’autonomie des minorités ethniques ainsi qu’avec les normes internationales en matière de droits humains.
Amnesty International ajoute que cette loi pourrait réduire davantage l’usage des langues minoritaires, limiter les pratiques religieuses et renforcer la domination de la culture Han.
Pékin défend une politique d’unité nationale
Suite aux vagues de critique après l’adoption de la « Promoting Ethnic Unity and Progress Law », les autorités chinoises rejettent fermement ces accusations, qu’elles qualifient de « campagne de diffamation ».
Lors d’une conférence de presse, le vice-ministre chinois de la Justice, Hu Weilie, a défendu la loi, la présentant comme une mesure « légitime, nécessaire et adaptée » aux réalités nationales chinoises.
Selon Pékin, il s’agit d’une affaire strictement intérieure destinée à préserver la souveraineté, la sécurité nationale et le développement économique du pays.
Les responsables chinois affirment également que les dispositions concernant l’étranger sont conformes aux pratiques internationales et visent uniquement à lutter contre les activités séparatistes illégales. Ils assurent que la loi ne remet pas en cause les échanges universitaires, les relations commerciales ni les contacts entre les peuples.
Quel avenir pour les minorités en Chine ?
Pour de nombreux observateurs, la nouvelle loi constitue un tournant majeur dans la politique chinoise envers ses régions frontalières et ses minorités ethniques.
En faisant de la notion de « communauté de la nation chinoise » un principe inscrit dans la loi, Pékin affirme qu’il ne souhaite plus tolérer l’existence d’identités culturelles ou religieuses parallèles qui s’écarteraient de la ligne officielle.
Ses effets devraient se faire sentir dans les écoles, les familles et les lieux de culte du Xinjiang, du Tibet et de la Mongolie intérieure, où les minorités pourraient subir une pression institutionnelle croissante en faveur de leur assimilation.
Selon les critiques du texte, cette évolution traduit une conviction profonde des autorités chinoises : l’unité nationale ne pourrait être obtenue ni par le dialogue ni par la valorisation de la diversité, mais uniquement par une stricte uniformité. Ils estiment qu’une telle approche, fondée sur la peur et l’effacement des identités, risque à terme d’alimenter de nouvelles tensions plutôt que de garantir une stabilité durable.
Qui sont les Ouïghours ?
Les Ouïghours sont un peuple turcique d’Asie centrale, sur les plans ethnique et culturel, majoritairement musulman. Ils sont originaires du Turkestan oriental (officiellement appelé région autonome ouïghoure du Xinjiang par le gouvernement communiste chinois depuis son occupation), situé dans le nord-ouest de la Chine.
Les Ouïghours parlent leur propre langue et possèdent une culture distincte. Ils pratiquent l’islam et disposent d’une histoire riche qui remonte à plusieurs milliers d’années. Leur population est estimée à plus de 20 millions de personnes, bien que le recensement chinois avance un chiffre inférieur, d’environ 12 millions.
Des chercheurs et le Haut-commissariat des Nations unies estiment que plus d’un million d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones ont été détenus dans des centres de « rééducation » depuis 2017.
Soulignons que les Ouïghours sont officiellement reconnus en tant que minorité ethnique par la Chine. Le Chine reconnaît 56 minorités ethniques, en plus de la majorité Han.
Les Ouïghours en quelques dates
- 1949 : Le Turkestan oriental devient une partie de la Chine communiste actuelle.
- Années 2000 : Début des transferts forcés massifs de travailleurs ouïghours à travers la Chine vers des usines, dans le cadre de la « guerre populaire contre le terrorisme ».
- 2014 : Dans le cadre de la « Strike Hard Campaign », le gouvernement chinois commence à construire des camps de détention.
- 2017 : Début de la campagne sécuritaire renforcée au Xinjiang. Des preuves concernant l’existence de ces camps commencent à être rendues publiques, ainsi que des informations faisant état de détentions massives et de disparitions.
- 2018 : Le transfert massif de détenus ouïghours vers la Chine intérieure commence, avec des accusations de travail forcé dans des usines.
- 2020 : Environ 500 000 jeunes Ouïghours sont transférés du Turkestan oriental vers d’autres régions de Chine afin de travailler dans des installations liées au travail forcé.
- 2022 : Le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme estime que de graves violations des droits humains pourraient avoir été commises au Xinjiang.
- Mars 2026 : Adoption de la Loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès.1er j
- uillet 2026 : Entrée en vigueur de la loi.
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