Abdoolah Hosenally, connu par tous comme Bhai Adam, a fêté le jeudi 16 juillet 2026 ses cent ans. Cet homme, qui a connu l’île Maurice sous le régime anglais, a aussi traversé l’ère agricole puis l’ère industrielle de l’île.
Né le 16 juillet 1926 à Calebasses, Dada Abdoolah Hosenally n’a pas connu une enfance de tout repos. En effet, après la mort prématurée de son père, la famille a dû emménager à Port-Louis et ce sera sa mère qui se chargera d’élever ses quatre sœurs et lui. « Ma grand-mère paternelle a été cuisinière chez Sir Abdul Razack Mohamed et il nous racontait que c’était un homme bon et généreux », nous dit Abdool Raouf, fils aîné d’Abdoolah Hosenally, lui-même issu d’une fratrie de quatre enfants.
Abdool Raouf, ancien éducateur, se souvient du foyer qu’ont formé ses parents avec nostalgie. Il évoque un couple ayant affronté les aléas de la vie ensemble, avec amour, patience et honnêteté. Dada Abdoolah ou Bhai Adam a connu et pris en union solennelle et religieuse Khairoune Nisha Sumsair, en 1954 et ils ont vécu plus d’une cinquantaine d’années ensemble avant que cette dernière ne pousse son dernier soupir en 2008. « Ma mère a partagé la vie de mon père et lui a accordé son soutien dans son travail, qui était un travail de dur labeur et de patience », raconte-t-il.
Les rotis de « Bhai Adam »
Bhai Adam est connu dans la capitale et dans la région de Plaine-Verte pour ses fameux « rotis ». Après avoir touché à plusieurs métiers, c’est avec un esprit entrepreneurial, animé par sa passion, qu’il a choisi de vendre des rotis, comme un hommage à sa mère, qui avait été cuisinière pour gagner sa vie et mener son petit bonhomme de chemin. « Papa a fait plusieurs métiers mais, de 1955 à 1995, dans la localité de Plaine-Verte et dans la cour des Casernes centrales ou près du bâtiment du Telecom, il a vendu des rotis, travaillant sous le soleil de Port-Louis mais aussi sous la pluie », avance Abdool Raouf.
Aimé des employés et connu des habitants, Bhai Adam s’en allait tôt le matin sur sa bicyclette pour vendre ses rotis. « Bonnfam ti pe levé depi 2h ou 3h dimatin et ti pe kwi par centaine rotis ziska 7h. Mo ti pe ed li. Apré sa mo ti pe ale vand ban roti la lor mo bisiklet », se souvient le centenaire.
Grâce à ce travail dur mais gratifiant, Bhai Adam a grandi et éduqué ses enfants. À la sueur de son front, avec intégrité et dignité, il économisait, parvenait à s’acheter des parcelles de terre, à faire bouillir la marmite et à faire avancer sa petite famille. « Nou pann passe mizer zamé ! Nous n’avons jamais manqué de rien… il ne nous refusait rien. Son travail, avec persévérance et honnêteté, a permis à chacun de ses enfants d’avoir une bonne vie », relate Abdool Raouf avec gratitude envers ce père qui n’a jamais manqué de soutenir sa famille avec amour.
La colonie britannique
Dada Abdoolah a connu un pan de l’histoire de Maurice dont beaucoup de jeunes n’ont entendu que quelques bribes. Alors que le jeune Abdoolah grandit, l’île est toujours une colonie anglaise et demeure sous l’administration de la Couronne britannique. « Il a rejoint, comme beaucoup de jeunes à cette époque, l’armée anglaise de 1946 à 1954. C’était avant son mariage avec ma mère. Il était cuisinier et il est allé en Palestine, en Libye et en Égypte », nous raconte Abdool Raouf.
Depuis lors, Bhai Adam continue de raconter à ses enfants et à ses petits-enfants les souvenirs de ces années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Il a vu défiler tant d’événements, tant de visages et de destins, que certains demeurent à jamais gravés dans la mémoire. Ce sont de ces souvenirs que le temps n’efface pas, de ceux que l’on porte en silence toute une vie, parce que les mots, aussi justes soient-ils, ne sauraient en restituer toute la profondeur.
« De ses années dans l’armée, papa en a gardé la discipline toute sa vie. Il ne fréquentait pas de gym mais c’était un homme qui faisait régulièrement des exercices physiques. Il se couchait aussi tôt, vers neuf heures chaque soir, car il devait se lever très tôt », ajoute son fils.
Actif et en bonne santé
Pédaler quotidiennement sur des kilomètres avec sa bicyclette, ainsi que ses années dans l’armée, ont certainement bénéficié à Dada Abdoolah. Le centenaire jouit aujourd’hui d’une bonne santé. « Allah so faver sa, li finn protez mwa. Mo lavi ousi ti bien simp, pa extravagan », se contente de dire le centenaire.
En effet, le patriarche de la famille a toujours misé sur les choses simples de la vie. Il mangeait simplement et avec retenue – patate, manioc, maïs – jamais en excès, et évitait surtout les boissons gazeuses. Dada Abdoolah a toujours privilégié de faire ce qui lui incombait avec force, vigueur et rapidité. « Il n’aime pas remettre à plus tard ou alors accomplir une tâche à demi, et malgré son âge, il a conservé cette habitude même si aujourd’hui le courage n’est plus le même », laisse entendre son fils.
Une vie rythmée par la foi
Un siècle de vie… des années durant lequel Dada Abdoolah n’a jamais manqué à ses prières quotidiennes et a cultivé sa relation avec son Créateur. « Jamais, il ne manquait à ses namaz. Même quand il travaillait, il accomplissait le Zohr, et hors de question de rentrer dans la mosquée après l’adhân… pour lui, il était déjà en retard. Alors il se faisait un devoir d’être dans la mosquée avant l’appel à la prière », nous dit Abdool Raouf.
En outre, pendant vingt-cinq années consécutives, Bhai Adam s’est consacré, chaque année durant le mois de Ramadan, à l’I’tikaf à la mosquée Shawkat-e-Islam, rue Paul-et-Virginie. Il a aussi eu l’occasion d’accomplir le Hadj et l’Umrah et n’a pas manqué d’inculquer à ses enfants et petits-enfants la valeur des pratiques religieuses. « Papa nous a appris la valeur du deen, de rester fidèles et réguliers dans nos devoirs envers Allah. Aujourd’hui, nous perpétuons ce même enseignement auprès des plus jeunes », souligne Abdool Raouf.
Reconnaissant envers ce père dévoué qui leur a offert un foyer où régnaient l’amour et l’entente, les enfants de Bhai Adam n’ont qu’un souhait : qu’Allah lui accorde encore de longues années de vie en bonne santé. Et pour l’instant, le centenaire jouit d’un repos bien mérité, entouré de ses enfants, de ses neuf petits-enfants et de ses nombreux arrière-petits-enfants.
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