Tuesday , 22 September 2026

Sommeil du nourrisson : comprendre les nuits difficiles pour mieux accompagner bébé

  • Dr Asma Essackjee prône une approche adaptée à chaque famille

Réveils nocturnes, difficultés d’endormissement, siestes trop courtes… Le sommeil du nourrisson peut rapidement devenir une source d’épuisement pour toute la famille. Médecin de formation et consultante certifiée en sommeil du nourrisson, Dr Asma Essackjee défend une approche personnalisée, fondée sur la compréhension des besoins de chaque bébé et de son environnement familial.

Ouin… Ouiiinn… Deux heures du matin. Puis trois. Puis quatre… Les réveils nocturnes répétés, les endormissements interminables, les siestes de quelques minutes ou encore la fatigue accumulée des parents font partie des difficultés les plus fréquemment rencontrées durant les premiers mois de la vie d’un enfant.

Si beaucoup considèrent ces situations comme une étape inévitable de la parentalité, Dr Asma Essackjee estime qu’elles méritent parfois un accompagnement structuré. Médecin de formation, consultante certifiée en sommeil du nourrisson et fondatrice de The Calm Nights Studio, elle accompagne principalement des familles ayant des bébés âgés de 4 à 18 mois confrontés à des problématiques de sommeil.

Comprendre le pourquoi

Son approche, nous explique la professionnelle, repose sur une double compétence : une formation médicale et une spécialisation dans le sommeil infantile, auxquelles s’ajoute une expérience personnelle qui a profondément orienté son parcours professionnel. Pour elle, l’objectif n’est pas simplement de faire dormir un bébé toute la nuit, mais de comprendre les raisons pour lesquelles son sommeil est devenu difficile. « Améliorer le sommeil d’un enfant ne consiste pas simplement à chercher à lui faire faire ses nuits. Il s’agit d’abord de comprendre pourquoi le sommeil est difficile », explique-t-elle.

Selon elle, chaque enfant possède son propre rythme, son tempérament, son développement et évolue dans un environnement familial qui lui est propre. C’est pourquoi elle insiste sur l’importance d’éviter les solutions universelles souvent proposées sur les réseaux sociaux ou dans les discussions entre parents.

Une expérience de maternité devenue une vocation

C’est avant tout sa propre expérience de mère qui a conduit Dr Asma Essackjee vers cette spécialisation. Lorsque son bébé avait environ huit mois, elle était confrontée à des réveils nocturnes multiples qui rendaient les nuits particulièrement éprouvantes. Malgré les nombreux conseils recueillis autour d’elle et sur Internet, elle avait le sentiment de multiplier les tentatives sans réellement comprendre les besoins de son enfant.

« J’avais l’impression d’essayer beaucoup de choses sans comprendre ce qui correspondait vraiment à mon bébé », confie-t-elle. Face à cette situation, elle décide alors de consulter une professionnelle du sommeil. Cet accompagnement lui permet d’identifier les véritables causes des difficultés rencontrées et de mettre en place des changements adaptés à son quotidien.

Cette expérience représente un véritable déclic. Elle réalise que de nombreuses familles mauriciennes vivent des situations similaires, souvent dans un état de fatigue avancé, tout en pensant qu’elles n’ont d’autre choix que d’attendre que cette période passe. « Beaucoup de parents sont extrêmement fatigués, parfois depuis des mois, mais ils pensent que c’est simplement quelque chose qu’ils doivent supporter », souligne-t-elle.

C’est cette prise de conscience qui l’encourage à approfondir ses connaissances et à devenir consultante certifiée en sommeil du nourrisson afin d’offrir un accompagnement aux parents qui se sentent démunis. Aujourd’hui, à travers The Calm Nights Studio, elle propose une approche individualisée où l’écoute des familles constitue la première étape de tout suivi.

Comprendre les causes plutôt que chercher une méthode miracle

Parmi les difficultés les plus fréquemment observées figurent les réveils nocturnes répétés, les difficultés d’endormissement ou de ré-endormissement, les siestes très courtes, les réveils matinaux ainsi que des rythmes de sommeil devenus imprévisibles. Toutefois, Dr Asma Essackjee insiste sur un point essentiel ; un même symptôme peut avoir des causes très différentes.

Elle rappelle notamment qu’un réveil nocturne n’est pas systématiquement lié à la faim. Chez certains bébés plus âgés, lorsque chaque réveil est automatiquement associé à une tétée ou à un biberon, l’alimentation peut progressivement devenir une habitude de ré-endormissement plutôt qu’un véritable besoin nutritionnel.

Cette précision, souligne-t-elle, ne doit cependant jamais être interprétée comme une invitation à supprimer les repas nocturnes de manière générale. « Chez un nouveau-né, les repas nocturnes sont normaux et nécessaires », rappelle-t-elle, précisant que l’âge, la croissance, le développement et l’état de santé de l’enfant doivent toujours être pris en considération avant toute modification des habitudes.

D’autres facteurs peuvent également expliquer des nuits difficiles dont un rythme quotidien inadapté, une fatigue excessive ou insuffisante, certaines habitudes d’endormissement, des changements liés au développement de l’enfant, un environnement de sommeil peu favorable ou encore un inconfort nécessitant parfois une évaluation médicale.

Pour cette raison, elle met en garde contre les contenus promettant des résultats garantis en quelques jours. « La plus grande idée reçue est qu’il existerait une méthode universelle qui conviendrait à tous les bébés », met-elle en garde.

Selon Dr Essackjee, les affirmations catégoriques selon lesquelles un bébé ne devrait plus jamais se réveiller à partir d’un certain âge ou qu’il ne faudrait jamais l’aider à s’endormir ne reflètent pas la réalité du développement infantile. Elle recommande ainsi aux parents de privilégier une approche fondée sur l’évaluation de leur enfant plutôt que sur l’application d’une méthode préétablie.

Un accompagnement personnalisé pour retrouver un équilibre familial

Au sein de sa consultation, l’accompagnement débute par un échange approfondi avec les parents afin de comprendre leur quotidien, leurs difficultés, leur niveau de fatigue et leurs attentes. Une évaluation détaillée du sommeil est ensuite réalisée pour analyser les siestes, les réveils nocturnes, les habitudes d’endormissement, l’alimentation, les horaires ainsi que la routine quotidienne de l’enfant.

À partir de ces informations, Dr Asma Essackjee élabore un programme entièrement personnalisé. « Celui-ci tient compte non seulement de l’âge et du tempérament du bébé, mais également des valeurs de la famille, de son organisation quotidienne et du type d’approche avec lequel les parents se sentent le plus à l’aise », explique la professionnelle.

Le suivi constitue ensuite une dimension essentielle de son travail. Pendant environ deux semaines, elle reste en contact quotidien avec les familles afin d’observer l’évolution de la situation et d’ajuster progressivement les recommandations. « Le programme n’est pas un document figé : c’est un accompagnement qui évolue avec le bébé et avec la famille », précise-t-elle.

Un bon sommeil pour une bonne qualité de vie

Pour la médecin, l’amélioration du sommeil dépasse largement la question des nuits. Elle peut avoir des répercussions importantes sur le bien-être émotionnel et l’équilibre de toute la famille. S’appuyant sur son propre vécu, elle raconte avoir constaté chez son enfant une plus grande disponibilité pour le jeu, davantage de sérénité et moins de besoin constant d’être porté lorsque son sommeil s’est amélioré.

Quant à elle, Dr Essackjee dit avoir retrouvé une énergie et un espace mental qu’elle avait progressivement perdus au fil des nuits fragmentées. « J’ai retrouvé beaucoup plus de sérénité, davantage d’énergie et j’ai pu profiter à nouveau de ma famille ainsi que de mes propres projets », témoigne-t-elle.

Elle adresse également un message aux mères qui culpabilisent de demander de l’aide. Selon notre interlocutrice, les difficultés de sommeil ne signifient pas qu’un parent a échoué ou qu’il fait nécessairement quelque chose de mal. « Certaines situations nécessitent simplement un regard extérieur et des conseils adaptés », souligne-t-elle.

La spécialiste souhaite qu’il y ait à Maurice une meilleure sensibilisation autour du sommeil du nourrisson, dans un discours accessible et dépourvu de jugement et estime qu’il est essentiel d’expliquer « aux familles ce qui relève du développement normal, mais aussi de rappeler qu’un accompagnement peut être bénéfique lorsque les difficultés deviennent trop lourdes à porter ».

Ces signes qui doivent alerter

Dr Asma Essackjee rappelle que certains signes doivent conduire à consulter un professionnel de santé en priorité, notamment lorsque les troubles du sommeil s’accompagnent :

  • de difficultés respiratoires,
  • d’une mauvaise prise de poids,
  • de douleurs importantes,
  • de vomissements répétés, de fièvre,
  • de problèmes alimentaires ou
  • d’un changement brutal du comportement de l’enfant.

Son message aux parents demeure volontairement simple : « Vous n’avez pas besoin d’attendre d’être complètement épuisés avant de demander de l’aide. » Pour elle, quelques ajustements réfléchis et un accompagnement respectueux de chaque famille peuvent parfois transformer durablement le quotidien des parents comme celui de leur enfant.

Coliques : Rassurer bébé mais aussi les parents

Les coliques – appelées également le Purple Crying chez les anglophones – constituent une période particulièrement éprouvante pour les nouveau-nés, mais aussi pour leurs parents, souvent démunis face aux pleurs prolongés de leur bébé. Selon Dr Asma Essackjee, la priorité reste d’accompagner l’enfant et de le rendre aussi confortable que possible.

« À cet âge, le bébé dépend encore énormément de l’adulte pour l’aider à se réguler », explique-t-elle. La proximité joue ainsi un rôle important : peau à peau, portage, bercement, voix calme ou simple présence du parent peuvent contribuer à l’apaiser. Contrairement à certaines idées reçues, prendre régulièrement un nouveau-né dans ses bras ne signifie pas le « gâter ».

Les coliques sont généralement transitoires et tendent à s’atténuer avec la maturation du bébé. L’objectif n’est donc pas nécessairement de trouver une solution miracle pour faire cesser immédiatement les pleurs, mais de traverser cette période dans les meilleures conditions possibles.

Apaiser bébé, sans chercher de miracles

La spécialiste recommande notamment de réduire les stimulations, de bercer ou porter le bébé, de favoriser le peau-à-peau, d’utiliser éventuellement un bruit blanc à un volume raisonnable et de vérifier que l’alimentation se déroule correctement.

Elle insiste toutefois sur un point. « Des pleurs importants chez un nouveau-né ne doivent jamais être automatiquement attribués aux coliques », fait-elle ressortir. Une évaluation médicale est nécessaire afin d’écarter d’autres causes, notamment une infection, un problème alimentaire, un reflux ou une autre source d’inconfort.

Enfin, les parents doivent eux aussi être protégés de l’épuisement. Si un parent se sent dépassé, il peut poser le bébé en sécurité dans son lit et s’éloigner quelques instants pour retrouver son calme. « Il ne faut jamais secouer un bébé », rappelle Dr Asma Essackjee. Fièvre, difficultés respiratoires, refus de s’alimenter, vomissements répétés ou verts, sang dans les selles ou mauvaise prise de poids nécessitent, eux, une consultation médicale rapide.

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