lundi , 23 mai 2022

Shahannah Abdoolakhan, CEO d’Abler Consulting : «La conformité ne devrait pas être perçue comme une entrave»

Les bonnes nouvelles s’enchaînent pour le secteur financier mauricien. Notre juridiction quitte la liste noire de l’UE après celle du GAFI. Pour Shahannah Abdoolakhan, CEO d’Abler Consulting, les leçons apprises en matière de résilience et de conformité seront essentielles dans les années à venir. Entretien.

Le secteur des services financiers entame une troisième année de suite sous l’influence directe de la Covid-19. L’industrie sera-t-elle en ballotage favorable ou défavorable en 2022 ?
Avant d’aborder les perspectives pour 2022, permettez-moi de passer en revue la performance des services financiers pour l’année écoulée. D’une part, Statistics Mauritius estime que le secteur de la finance et assurance – l’un des trois piliers de l’économie mauricienne – devrait enregistrer une croissance de 4,2% en 2021 contre un pourcent en 2020. C’est une estimation qui démontre que l’industrie a repris des couleurs après une année 2020 en mode quasi-arrêt. Et d’autre part, le pays en tant que centre financier de référence a bouclé l’année sur une note positive, un statut de référence pour le continent africain. Notre juridiction ne fait plus partie des listes de surveillance accrue du Groupe d’Action Financière et de la Grande Bretagne. En février, l’Union européenne devrait ratifier notre sortie de leur liste noire.

Au-delà de ces données et nouvelles positives, est-ce que le mode opératoire a changé de manière drastique ? Y a-t-il eu l’émergence ou une mouvance accélérée vers de nouvelles façons de fonctionner ?
En effet. De nouveaux partenariats ont pris forme à travers l’écosystème financier. Le plus probant est ce partenariat entre les institutions financières et les firmes technologiques. Cette association a permis de faciliter l’accès rapide au financement de même qu’un accès élargi à des produits financiers touchant jadis qu’un fragment de la population. Qui plus est, nous avons constaté l’évolution rapide de la technologie financière, avec des tendances émergentes précises. Par exemple, des sociétés engagées dans le paiement ont été les grands bénéficiaires dans l’adoption de paiement électronique. Sur le plan national, on ne peut passer sous silence la collaboration de plus en plus étroite entre les opérateurs et le secteur public. La sortie des listes de surveillance mentionnées en sont un solide exemple.

Dans cet exercice de transformation, qu’est-ce qui mérite une attention prioritaire?
La mise en place d’une identification digitale est primordiale. Car, les présents systèmes et bases de données et l’identité de l’individu sont déconnectés, incohérents avec nos ambitions et opaques par rapport à ce qui se fait dans le monde. Tout ce dont l’économie requiert est un système qui est interopérable, sans aucune influence de la politique dans ses opérations, accessible et facile à expliquer. Ce faisant, l’individu pourrait voir un meilleur contrôle sur ses informations.

La pandémie du coronavirus a-t-elle engendré des implications sur le long terme pour le secteur?
Ces implications dans la durée tant pour les régulateurs et les opérateurs commencent à apparaître. Mais ce qui me semble de plus en plus précis est que les régulateurs sont tenus d’approfondir et de consolider les coopérations tous azimuts. Dans la foulée, ces instances sont appelées à accorder une attention particulière à la technologie. Cette technologie dont nous en parlons est d’abord un outil pour faciliter la conformité avec les normes et lois. En même temps, la technologie dans sa forme actuelle nécessite un rehaussement des normes en matière de sécurité pour l’internet et la protection des données. De plus, l’environnement d’affaires unique occasionné par la Covid-19 a mis en avant l’importance de limiter l’avènement de cycles successifs dans le système financier. Elle représente une opportunité de revoir ces sources provoquant des cycles dans la réglementation. Ainsi, nous serons plus proactives que réactives.

Les institutions devront accorder une attention particulière à la technologie»

En 2020 et 2021, le secteur des services financiers a été mis sous pression pour être en conformité avec les normes mondiales contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent. Et dans cet entretien, vous faites état de la transformation numérique. Y a-t-il une corrélation ?
Il faut, en effet, une approche holistique entre la personne, la conformité et la technologique. L’entreprise requiert une vision intégrée et complète des risques avant de prendre les meilleures décisions stratégiques à un rythme régulier. Ce faisant, la direction sera en meilleure position de répondre aux exigences de l’entreprise.

Par exemple ?
Afin cerner les sources de risque au sein de l’entreprise, le management se doit d’avoir un aperçu précis de toutes ses unités commerciales, les lignes de produits et services, ses partenaires essentiels sans oublier les mesures relatives aux risques et conformités. Or, ce type d’approche exige la collaboration de multiples parties prenantes dont ceux engagés dans l’informatique, le juridique, finances, risques, conformité, audit, stratégique et commercial. La direction a une meilleure connaissance des risques. La responsabilité est collective. Finalement, la prise de décision en ressort consolidée et meilleure.

Est-ce que ce nouveau mode opératoire demande des ressources additionnelles ?
Oui. Cela requiert un tout autre niveau de planification des opérations qui incluent des processus et une technologie plus robuste, une meilleure efficacité dans le backoffice, ce par le biais d’un modèle intégré. Selon Gartner Inc. (NDLR : firme américaine de référence mondiale engagée dans la consultation et la recherche technologique), un système opérationnel pourrait être perçu en tant que GPS d’une organisation. Ce système comporte plusieurs applications, allant de la performance d’entreprise, l’optimisation de coûts jusqu’à la gestion de risques. Dans l’ensemble, toutes ces applications ont pour mission de soutenir la direction dans le processus de prise de décision.

Etes-vous d’avis que les régulateurs, opérateurs et les institutions dans leur ensemble ont su tirer les leçons surtout en matière de conformité ?
Oui. Cette prise de conscience et de réaction ne devrait point être une finalité en soi. La conformité doit faire partie intégrante de toutes les opérations. Le coût de se mettre en conformité revient à moins cher par rapport aux frais et pénalité de non-conformité. Soyons d’accord sur ce point précis : la conformité ne devrait pas être perçue comme une entrave. Elle facilite la croissance.

Justement, quels peuvent être les moteurs de la croissance en 2022?
Cette année-ci, les nouvelles technologies, dont l’informatique quantique ou les applications de la blockchain, sont en mesure de contribuer à résoudre de nombreux problèmes présents. Dans le même temps, il en résulterait une transformation en profondeur du secteur financier et la remise en question des modèles commerciaux traditionnels. La vaccination touchant un plus grand nombre de personnes, le retour progressif de millions d’employés vers les bureaux, l’élargissement des activités professionnelles et de loisirs à de plus grands groupes sont autant de facteurs qui dynamiseront l’activité économique en 2022. Surtout, ces activités doperont les dépenses liées à la consommation. De façon générale, il y a tout lieu d’être assez optimiste du point de vue économique. La demande solide des consommateurs, sur laquelle s’est appuyée la reprise, demeure un soutien de taille.

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