Tuesday , 11 August 2026

Certes, avec la difficulté… il y a facilité !

Double affirmation coranique. La Parole de Dieu est répétée ainsi, avec emphase, immédiatement coup sur coup, verset après verset successivement, qu’en trois occasions seulement dans le Coran. Deux fois, il s’agit de la réalité de l’Autre monde. Et ici, une unique fois, il est question de notre vie mondaine, essentiellement. Plus exactement, pour celle ou celui qui chemine sur le droit chemin.

Difficulté, facilités

Nous pouvons comprendre que, pour celui qui porte la foi, chaque difficulté est accompagnée de maintes facilités. Et puisque nous nous référons au monde où nous sommes, vérifions tout de suite si c’est ainsi !

Attention, sachons, qu’en principe, cela s’applique à celui qui prend comme exemple le dernier Envoyé de Dieu, bénédiction et paix sur lui, à l’attention de qui cette promesse est descendue en premier. Pas à ceux qui sont injustes envers eux-mêmes, comme en se détournant de la vérité…

Parlons du monde matériel où nous ne cessons de nous plaindre de nos problèmes. D’abord, d’argent, ensuite des autres, y compris parfois de nos proches. De notre travail, du gouvernement, du temps qu’il fait, de tout. Et souvent, les épreuves sont réelles. Comme il y a ceux qui sont affligées par une maladie, d’autres par un accident, voire même la disparition d’un être chéri. Une difficulté peut être inévitable, mais est-elle accompagnée avec de la facilité ? Toujours, même si nous ne le voyons pas aussitôt. Pour ceux qui sont persévérants dans le droit chemin, la facilité sera au rendez-vous. Car, ceux-là, Dieu est avec eux. Et si la difficulté est due à eux-mêmes, ils trouveront la facilité finalement en retournant vers Dieu avec la prière et la patience.

Est-ce que « Certes, avec la difficulté… il y a facilité ! » ne s’applique qu’aux plus pieux des croyants, les meilleures générations, les nobles compagnons, les messagers de Dieu, uniquement ? Sans doute, non. Osons chercher des preuves dans ce que nous connaissons intimement, à Maurice ici-même. Essayons de voir autour de nous pour identifier des cas où ceux qui ont la foi et font le bien sont arrivés à surmonter leurs difficultés par la grâce divine. Il y en a tant d’exemples. Il faut les souligner, car nous passons trop de temps à nous plaindre de ce qui ne marche pas, pire de nous dire que le mal triomphe sur le bien. Ce qui est faux dans l’absolu. Le diable finit trop par nous piéger ainsi.

Années 70-80

Nous comparons notre situation économique actuelle avec ce qu’il y a eu de pire. Les problèmes sociaux aussi. Comme également la gouvernance du pays et des institutions. Même jusqu’à comparer l’état à l’intérieur de notre communauté, pour ne pas dire de nos foyers. Le diagnostic est sans appel. Mais n’avons-nous, sinon nos parents et grands-parents, pas vécu des difficultés qui sont bien plus éprouvantes ? Nous ne savons que trop peu de la Seconde Guerre mondiale, encore moins du temps des travailleurs engagés ou de l’esclavage. Nous pouvons seulement l’imaginer. Mais nous nous souvenons bien des années 70-80 ! Tout au moins pour beaucoup parmi nous, c’est comme hier.

Ce fut un temps où le pays était dans un tel gouffre qu’il fallait attendre les devises de la vente du sucre pour acheter des carburants pour rouler notre économie. Les gradués-chômeurs se comptaient par milliers, malgré les sacrifices de leurs parents pour les envoyer en Inde, au Pakistan jusqu’à même au Soudan pour des études supérieures. La gratuité de l’éducation n’était pas universelle, et les pensions et autres aides de l’État étaient infimes. Au début des années 80, la drogue était déjà un fléau mortel dans la capitale, la discrimination fermant la porte à l’emploi dans le secteur public, mais aussi dans les grandes firmes du privé pour les habitants de ses faubourgs.

Pères

Face à « la vie remplie avec difficulté », que faisaient les pères de famille dans les années 70-80 ? Revisitons cette époque-là, sinon demandons à ceux qui l’ont vécue. Soyons justes et véridiques dans la quête d’une réponse à cette simple question. Nous ne pouvons nous tromper en disant que la plupart des chefs de famille d’alors faisaient tous les efforts possibles pour travailler. Ils se levaient à quatre heures du matin, ils trimaient jusqu’à fort tard, ils n’avaient pas de jours de congés. Puisqu’ils n’avaient pas des emplois dans le gouvernement ou dans le privé réservé à d’autres, ils prenaient tout ce qu’on leur offrait comme jobs. Nombreux exerçaient pour leur propre compte comme marchands, ambulants ou non, chauffeurs, contracteurs, travailleurs manuels, etc. Ils avaient des fois plusieurs professions, informelles pour la plupart, à temps partiel et « self-employed ».

Ils voulaient œuvrer honnêtement pour avoir une provision « halal ». Ne pas dépendre des autres. Ils étaient généralement très sincères et responsables, se contentant de « petits profits ». Jamais abuser de leurs clients, ou des autres professionnellement. Et que de sacrifices pour la famille, notamment pour l’éducation de leurs enfants. Leurs revenus étaient maigres, certainement aucune garantie d’un salaire minimum, mais ils économisaient pour l’avenir de leurs familles. Un mois de leurs rémunérations pouvait servir pour les frais d’examens d’un enfant qu’il fallait payer à l’époque. Les livres n’étaient nullement gratis et très chers par rapport au coût de la vie d’alors.

Mais les pères ne baissaient pas les bras, du matin au soir, occupant des boulots qu’aujourd’hui les Mauriciens ne veulent pas faire : chauffeurs ou receveurs de bus le jour et helpers dans une boulangerie la nuit ; opérateurs d’usine et petits planteurs les après-midis, les week-ends ou quand le shift le permet ; employé chez une relation pour quelques centaines de roupies et accomplissant des petits travaux à droite et à gauche pour arrondir les fins de mois.

Enseignants

Avec la difficulté des années 70-80, venait un espoir, l’éducation, qui, Dieu merci, a permis ensuite au pays de respirer, de prospérer même. Notre système d’éducation était infiniment meilleur. Et cela largement grâce aux enseignants, du pré-primaire, appelé « ti lekol », jusqu’au post-secondaire, incluant les centres de formation professionnelle de cette ère. Il n’y a qu’à regarder les textes et autres matériels de l’époque pour réaliser que la substance était d’un tout autre calibre. Même si on apprenait d’autres contenus. Et les éducateurs étaient de vrais maîtres à qui aujourd’hui, avec nos parents, nous devons tout. La preuve évidente de la qualité du système est dans le fait qu’il n’y avait pas lieu normalement de prendre des leçons particulières. Sans celles-ci, nous connaissons tant parmi nous qui ont réussi brillamment. Pas seulement en s’octroyant des 6 unités au SC mais aussi devenant des lauréats, tout en ayant un parcours extracurriculaire des plus impressionnants
Nous parlons de l’éducation aux valeurs, au civisme et à la citoyenneté à intégrer maintenant au cursus actuel dans nos écoles. À l’époque, les professeurs l’incarnaient dans une grande mesure. Comment peut-on espérer que les apprenants aient une bonne éducation quand un enseignant ne travaille pas en classe, mais couvre le même syllabus lorsqu’il est payé en privé après les heures de classe ? Les leçons particulières existaient, sans doute, mais n’étaient pas indispensables. Sinon, elles se pratiquaient en petits groupes, voire individuellement. Et gratuitement parfois, et ceux qui l’avaient offert ont droit à notre reconnaissance infinie. Et ils ont transmis bien davantage que des connaissances académiques à leurs élèves, souvent un goût pour la science ou une passion pour les arts, un désir de servir la société, un savoir-être au-delà du savoir acquis, très fréquemment avec le plaisir d’apprendre et de partager. Et de la facilité, car ces enseignants ont été cela, nos facilitateurs devant Dieu pour accéder aux clés de l’épanouissement de soi-même et du progrès de la société.

Mères

Concluons en nous tournant vers ces personnes qui ont apporté la facilité, tant de facilité, dans nos vies tout en étant parfois invisibles, dans l’ombre, dans l’enceinte de nos foyers à tout donner pour nous. Quitte à en souffrir, parfois silencieusement. Face aux défis si éprouvants de la vie que devaient relever leurs fils, leurs maris et même leurs pères ou leurs frères dans certains cas, il y avait ces femmes que Dieu avait bénies et placées dans la vie des hommes qui croyaient en Lui. Que serais-je sans ma mère et ma grand-mère ? « Certes, avec la difficulté, il y avait… » ainsi ces mères, et toutes ces femmes qui ne recevaient rien comme salaire ou autre chose matérielle en retour… mais nous donnaient la facilité en tant de façons avec amour, douceur, fidélité, sincérité et compassion.

Comme certaines chansons engagées nous le rappellent, la culture dominante de l’époque pouvaient les rendre « esclav enn lot esclav ». Cependant, nous ne pouvons généraliser. Si nous étions réellement des êtres de foi en Dieu, nous aurions refusé qu’une femme deviendrait l’esclave de son mari, de son père ou de son fils. Aucun humain ne peut être l’esclave d’un autre. Au nom même de la facilité promise par Dieu, ces mères exerçaient leurs rôles avec liberté, pudeur, dignité et respect. Avec beaucoup d’autorité tout en demeurant parfois plutôt modeste, voire effacée. Nombreux parmi nous se souviendraient peut-être de l’influence que pouvait avoir aussi quelque « kala », « mami  » ou « nani » sur toute une famille entière ?

Elles étaient la facilité aussi parce qu’elles personnifiaient couramment le lien direct avec Dieu. Dans cette société des années 70-80 qui était en crise, elles avaient parfois transformé la demeure familiale en un humble lieu de l’adoration de l’Unique. Non seulement elles y priaient, récitaient la Parole de Dieu et l’enseignaient aux enfants, mais elles le vivaient. Notamment face aux difficultés, elles étaient apaisement, sérénité et confiance en Dieu. La première et la plus grande des écoles de la facilité qui mène au succès et au bonheur dans ce monde, en attendant l’autre.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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