lundi , 23 mai 2022

COVID-19 et Éducation : réinventons l’école pour sauver une génération

Ne soyons pas surpris si nos enfants ont oublié le chemin qui mène à l’école, littéralement ! Il faudra craindre le pire pour l’éducation de la plupart de nos enfants. Avec la COVID-19, seulement quelques privilégiés s’en sortiront. L’injustice ne sera que plus grave, car les plus pauvres seront les premières victimes.

Pour contrer la pandémie, il n’est pas possible de considérer un retour à la situation avant la COVID-19. Mais il convient de penser l’école autrement, saisissant de l’occasion pour réinventer pour de bon notre système éducatif qui était déjà malade.

L’effet Matthieu

Les spécialistes avaient déjà identifié, bien avant la pandémie, un phénomène appelé « l’effet Matthieu », qui risque aujourd’hui d’être significativement amplifié avec la quasi-fermeture des écoles. Selon Matthieu (25:29), il est dit :

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance. Mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a ».

L’application de cette idée dans le cadre de l’éducation est, entre autres, redevable à Keith Stanovich, spécialiste de la psychologie appliquée et du développement humain. Par exemple, une acquisition plus tôt de compétence en lecture produit généralement des succès ultérieurs, au fur et à mesure que l’enfant grandit. Un développement imparfait de compétences en lecture peut être une indication de problèmes subséquents dans l’apprentissage de nouvelles compétences, imputables à une lecture imparfaite.

Lorsque nos enfants ont besoin de lire pour apprendre, comme actuellement avec la pandémie, leur difficulté à lire va créer des difficultés additionnelles dans la plupart des matières. À long terme, ils rencontrent un risque d’échec. Sinon, ils abandonneront leurs études, particulièrement dans un contexte où les cours en ligne ne fonctionnent pas.

Ces difficultés en lecture s’appliquent aussi en mathématiques, sciences et autres matières. Le plus tard nous intervenons sur nos enfants avec des retards, le plus les déficits se généralisent et pénètrent dans les domaines de la cognition et du comportement. Ainsi, le danger est d’ordre social. Selon le sociologue Daniel Rigney, les enfants qui détestent lire auront tendance à lire moins. Ils auront toutes les difficultés à apprendre par eux-mêmes. Certains sont ainsi dans une « spirale descendante qui risque de leur faire connaître un avenir difficile, sans que ce ne soit aucunement de leur faute ».

Réinventer l’école

Jusqu’ici il n’y a pas eu d’évaluation systématique de l’impact, entre autres psychique et psychologique, de la pandémie sur nos enfants. Les conséquences ne sont pas connues au niveau de l’évaluation de certains paramètres du Quotient Intellectuel (QI). Nous ne pouvons nous fier aux résultats extraordinaires avec des taux de réussite records au SC/HSC, car les ‘special considerations’ ont pesé lourdement pour de nombreux candidats. Il faut aller au-delà des notes académiques et comprendre qu’un bon apprentissage, y compris la lecture, favorise aussi le traitement de l’information, et donc la qualité et la quantité de réflexion. Là s’entame, selon les experts, un autre cercle vertueux : au plus nous pensons, au plus nous pouvons connaître. Au plus nous connaissons, au mieux nous pouvons penser. A-t-on appris à nos enfants à comment bien penser ?

Deux enfants, au début, ne vont se différencier que par leurs dispositions initiales, leurs compétences, leur persistance, leurs habitudes de travail, mais aussi par l’encadrement dont ils bénéficient. Avec la COVID-19, ces différentes caractéristiques vont accorder à des individus particuliers un avantage ou un désavantage. Les spécialistes affirment que ces facteurs ont un effet multiplicateur, les avantages cumulatifs des uns répondent à des désavantages cumulatifs des autres. Cet effet existe à toute l’échelle du système scolaire, selon les experts.

À capacités initiales égales, plus un individu sera stimulé par son milieu familial et par son environnement éducatif, plus il profitera du système scolaire en accumulant des connaissances et des compétences. Il a toutes les chances de mieux réussir et de mieux progresser. Avec la quasi-fermeture des écoles liée à la pandémie, de nombreux enfants risquent de souffrir pour le reste de leur vie sauf si nous réinventons notre école en urgence.

Propositions

  1. Il faut permettre aux enfants de retrouver l’école au plus vite dans le strict respect des règles sanitaires. Pas tous en même temps, et pas tous les jours. Les modalités doivent être finalisées avec l’engagement de tous les stakeholders à travers un dialogue constructif et une consultation ouverte sous l’égide des autorités.
  2. Sans anticiper les retombées d’une telle concertation, un élève doit être en classe au moins deux jours par semaine, le reste se faisant grâce à un mode hybride d’enseignement. Il faut rappeler que l’objectif du retour à l’école n’est PAS de lancer la course aux examens. L’intention ne doit surtout pas être de conduire au plus vite des « mock exams », pour enchaîner ensuite avec les épreuves de SC/HSC d’avril à juin 2022.
  3. Si une évaluation est certes nécessaire, elle doit se faire aussi, et surtout, sur l’enseignement (teaching) qui se fait à distance, et pas seulement sur l’apprentissage (learning). Nos enfants ne sont pas des cobayes et ce dont ils ont besoin c’est une éducation, pas un examen dans les mois qui suivent. Surtout après tout ce qu’ils ont vécu. Il faudra les écouter et les impliquer dans toute décision les concernant, les parents et les enseignants aussi.
  4. De nombreux enseignants et élèves se sont vus face à une impossible tâche de convertir la classe en présentiel de 8.00 am à 2.30 pm en une classe virtuelle ayant la même durée. Une telle transposition est insensée. Non seulement s’agit-il là d’une aberration pédagogiquement parlant, mais tous les enfants, et même les profs, n’ont pas eu tous les mêmes outils à leur disposition. Même lorsque certains clament que le cursus a été complété en ligne, le plus souvent le travail a été bâclé en toute vitesse.
    Cela ne signifie pas qu’avant la pandémie tout était idéal. Bien au contraire, notre système éducatif, déjà malade, demandait à être sauvé. Toutefois, avec la fermeture actuelle, c’est une mise-à-mort programmée qui a été enclenchée. Un retour à l’ancien calendrier avec des examens en novembre et décembre 2022 au lieu d’avril/mai/juin 2022 permettra de mettre en place un système hybride, surtout à régler les failles au niveau de l’enseignement en ligne qui demeurera incontournable. Il sera complémentaire aux sessions présentielles.
  5. Nos enfants ont à peine été en classe durant la présente année scolaire, et l’incertitude est significative par rapport aux prochains mois qui précèdent les examens. Contrairement à ceux qui ont pris les épreuves de Cambridge en avril/mai/juin 2021, les prochains candidats auront suivi environ 150 jours de classe normale de moins. Les travaux pratiques, mais surtout les projets comme en Design & Technology comptant jusqu’à 40% auprès de Cambridge, ne pourront être pris en compte. Les laboratoires et ateliers dans les collèges sont fermés.
    Presque aucune évaluation en continu n’a jusqu’ici pas été accomplie et personne ne connaît les échéances prochaines. Ajuster le calendrier scolaire nous donnera le temps afin d’élaborer et de mettre en œuvre des sessions ‘face-to-face’ où le progrès qui se fait à distance sera noté et validé. Avec l’avènement du flexitime, il faut aussi maximiser l’usage des espaces, des salles de classe, des équipements de laboratoire et des moyens logistiques au-delà des heures habituelles d’antan avec un ratio élèves-enseignant plus bas.

Conclusion

Les propositions susmentionnées doivent être validées, voire améliorer, suite à un exercice de consultation et de dialogue. La polarisation du système, et du calendrier, autour de la conduite des examens de Cambridge peut être évitée avec un calendrier revu, en misant non seulement sur le mode hybride mais aussi sur une approche qui met en exergue les activités extrascolaires pour l’acquisition des valeurs. Notre système éducatif avait comme si besoin de la COVID-19 pour être en mesure de se réinventer, plaçant au centre l’éducation des valeurs, au lieu de faire de la performance aux examens sa finalité. Nous avons une opportunité à reprendre notre destin en main en engageant toutes les parties concernées du secteur.

Que Dieu fasse que les responsables entendent le cri de cœur des parents soucieux de l’avenir de leurs enfants.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

À l’Ile de La Réunion : la Grande Mosquée Noor-e-Islam célébrée à travers un livre somptueux

À Saint-Denis de La Réunion, la communauté musulmane a présenté cette semaine « Noor, L’Édifice …