Ainsi Muhammad Iqbal parlait de son « Hindoustan », il y a plus de 120 ans : meilleur que tout endroit sur terre.
Ce poème de l’Allama fut un puissant appel unificateur contre la domination coloniale britannique. En prison, le Mahatma le chantait abondamment. Depuis, ce même Hindoustan, d’où sont originaires la plupart de nos ancêtres, a donné naissance à trois pays. Nous demeurons à jamais ses enfants, même si pour nous « Mauritius Hamara » est le pays que nous aimons le plus, le nôtre ensemble avec les enfants de ceux qui sont venus d’ailleurs.
Hindoustan
Et comme des enfants de parents divorcés, sinon comme citoyens d’un monde aspirant à la paix, nous souffrons de voir une possible guerre, encore, entre notre Mother India et le Pakistan, ou même le Bangladesh, où ont pu s’installer d’autres descendants de nos ancêtres après la partition. Finalement, ne sont-ils pas tous des frères et sœurs, issus à l’origine de mêmes parents ? Pourquoi sont-ils aujourd’hui presque sur le point de s’entredéchirer ? Indéniablement, la tuerie de 26 touristes par des terroristes à Pahalgam le 22 avril 2025 était un acte absolument inadmissible, à condamner sans aucune justification imaginable. De là se retrouver au bord d’un conflit armé entre deux puissances nucléaires est tout aussi injustifiable, particulièrement lorsque les voies de la diplomatie demeurent toujours ouvertes.
La République de Maurice, et avec son peuple, entretient des relations les plus proches que nous puissions concevoir avec l’Inde, et avec son peuple. Mais nos liens avec le Pakistan sont aussi excellents, depuis toujours, y compris sous les anciens régimes avec Sir Anerood ayant même accompli jadis une mémorable visite d’État à Islamabad. Comme l’essayent de faire plusieurs pays qui sont amis des deux, il est de notre devoir de tout œuvrer pour qu’une guerre soit évitée à tout prix dans le sous-continent indien. Au-delà pour notre pays des implications directes de nature commerciale, financière et économique, tout comme des risques plus largement sur la stabilité géopolitique régionale et mondiale, il nous revient comme une obligation morale de promouvoir concrètement la paix entre ceux avec qui nous sommes intimement attachés.
Ailleurs, des échanges téléphoniques et des déclarations pour mener à une désescalade se multiplient au niveau des chancelleries. Le nouveau gouvernement mauricien a intérêt à utiliser ses bons offices afin de désamorcer la situation indo-pakistanaise qui est si tendue. Indira Gandhi nous appelait bien un « great little country » : il est temps d’être à la hauteur de cette description. Les forces vives et les organisations socio-culturelles locales doivent proactivement s’engager, ensemble, sur le terrain également à prôner la paix. Ainsi, nous serons davantage à l’abri de toute tentative d’une tête-brulée qui pourrait y voir une occasion de semer la haine, ici-même, par exemple par le biais des réseaux sociaux. Finalement, il est du devoir des instances comme les Nations Unies d’intervenir promptement avant qu’il ne soit trop tard.
Sheher Hamara
Parlons maintenant de notre quotidien, à la proximité de là où nous vivons. Ce dimanche, les électeurs dans les zones urbaines de notre République sont appelés aux urnes. Même si la langue maternelle de la très grande majorité des citadins, toutes communautés confondues, est le kreol morisien, nous ne sommes pas sans réponses si nous leur demandons si notre ville, « sheher hamara », est pour nous le meilleur endroit qui soit sur terre. Leurs répliques nous démontreront, sans doute, qu’ils aiment leurs villes, souvent là où ils sont nés et ont
grandi, mais ils n’ont pas été bien servis par ceux qui avaient la responsabilité de les gérer.
D’abord, nos rues urbaines se sont longtemps rivalisées en matière de trous de toutes tailles, parfois très profonds et dangereux. C’est ce que certains appellent les nids-de-poule. Nos doléances sont souvent tombées dans les oreilles de sourds. Quelquefois, nos lampadaires demeurent en panne pendant longtemps avant que des réparations se réalisent. Pour ce qui est des activités à l’intention des jeunes, mais aussi des seniors, les centres municipaux restent le plus souvent inactifs. Combien de stades, de terrains de sports et d’autres aménités récréatives ne voyons-nous pas qui ne servent à rien ? Les bibliothèques et les jardins d’enfants ne sont plus trop fréquentés. Et que dire de l’embouteillage à l’entrée et la sortie des villes, des problèmes de stationnement et, très particulièrement, de la salubrité de certains lieux publics. La liste peut s’allonger des complaintes que les citadins ont accumulées face à la condition piteuse de leurs villes.
Certes, les élections municipales se déroulent dans un contexte très spécifique. Toutefois, rien ne justifie que les électeurs s’abstiennent. Il existe bien un enjeu : il faut que les citadins reprennent le pouvoir sur ces endroits qui leur sont si précieux. Quels que soient leurs choix politiques, il faut qu’ils s’expriment. Nous devons nous attendre, bien sûr, à une réforme de la gouvernance des collectivités locales bientôt, mais en attendant nous ne pouvons jouer aux abonnés absents. Pour que le vrai changement se fasse, il nous faut accomplir notre devoir civique. Sinon nous n’aurons qu’à nous regarder dans un miroir si nos villes demeurent ces cimetières de béton qu’elles sont devenues, hantés par les marchands de la mort. Pire, notre démission comme citoyens responsables peut faire que les problèmes s’aggravent irréversiblement avec des impacts extrêmement néfastes sur notre bien-être commun.
Voter ce dimanche 4 mai ne fera pas immédiatement nos villes « sare jahan se achcha », mais nous aurions assumé notre obligation selon notre conscience à notre niveau. Localement. Nous aurions agi dans le cadre d’une vision globale où la paix pour tous est notre finalité ici-bas. Et il n’y a pas de vivre-ensemble s’il n’y a pas de paix. Ici, comme globalement. Espérons-le surtout pour le sous-continent indien. In sha Allah.
Par PROF. KHALIL ELAHEE
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