dimanche , 25 juillet 2021

Ouvre-moi les portes de Ta Miséricorde !

C’est ce qu’on demande lorsqu’on entre dans une mosquée. Que Dieu verse Sa Miséricorde divine sur nous. Cela signifie aussi que nous soyons des êtres de compassion, de conscience et d’amour envers toute Sa création.

Rassurez-vous, nous ne ferons pas un autre appel au gouvernement à ouvrir les lieux de culte. Les cas de la Covid-19 persistent. D’un côté, il y a l’indiscipline de certains. De l’autre, l’incapacité des autorités religieuse, administrative et politique. Pas seulement pour assurer une réouverture ordonnée des lieux de culte dans le strict respect des règles sanitaires, mais aussi pour gérer la situation. Le temps passe et le doute s’installe, inévitablement. Y-aura-t-il une sortie de crise face à la pandémie ?

Les portes de la Miséricorde divine, al Rahmah, sont-elles fermées ? Ses faveurs que nous implorons, aussi en quittant une mosquée, nous sont-elles interdites ? Il y a un apparent manque de bénédictions qui nous afflige. Nous ne pouvons dire que cela est la conséquence de la fermeture de nos lieux de culte. Il faut plutôt voir si nous sommes, nous-mêmes, capables de miséricorde humaine, soit de pitié, d’empathie et de bonté vis-à-vis des plus faibles. Particulièrement, ceux qui nous sont étrangers. C’est, peut-être, de là que vient notre malheur…

Sacrifice

Le sacrifice est énorme pour certains lorsqu’ils doivent rester loin des lieux de prière. Pour beaucoup, il s’agit d’un bouleversement terrible, car les prières en congrégation s’y faisaient jusqu’à cinq fois par jour, sans interruption durant toute l’année. Les religions sont différentes, car il n’y existe pas dans celles-ci la même obligation à la même fréquence. Mais nous sommes d’accord que, dans une situation exceptionnelle, il faut fermer les lieux de culte temporairement.

Toutefois, ce qui devait être temporaire devient presque permanent, sans fin annoncée. Une des raisons principales est que la pandémie n’est pas sous contrôle. La faute ne peut revenir aux lieux de cultes, car ils sont clos. Par contre, ailleurs, la même logique et les mêmes règles ne sont pas appliquées comme pour les lieux de culte. Avec les hôpitaux, supermarchés, institutions éducatives et le transport en commun, c’est surtout les lieux de travail qui deviennent de potentiels points de propagation du virus aujourd’hui. Comment peut-on demander tant de sacrifices à certains alors que, les autres, nous les faisons exposer à des risques, sinon nous n’appliquons pas la même rigueur dans l’application des gestes-barrières ?

Travailleurs étrangers

Très tôt, le déconfinement a été enclenché pour les travailleurs du textile et des usines comme pour la mise-en-boîte du thon, aussi pour d’autres secteurs industriels, comme également pour la construction. Avec des Mauriciens, des milliers de travailleurs étrangers ont été convertis en ‘frontliners’ pour des raisons économiques. S’ils ont bénéficié des premiers Work Access Permits et, des fois, de doses de vaccins, il demeure, qu’autrement, ils n’ont jamais été traités avec plus de dignité.

Même en pleine pandémie, nous les véhiculions comme des animaux dans des bus ou des vans bondés de leurs dortoirs jusqu’à leurs usines. Nous oublions souvent que loin de leurs familles en Inde, en Chine, au Bangladesh ou à Madagascar, ils vivaient aussi, chacune et chacun, des moments pénibles pendant la pandémie. La fermeture des banques et des points de transfert d’argent, surtout avec les zones rouges, leur était particulièrement insoutenable. Ce sont des gens dont le sacrifice est peut-être plus éprouvant que ce que la plupart parmi nous connaissons avec la pandémie.

Le pire est arrivé avec la parution de cas de Covid-19 dans certains dortoirs. Au lieu de faire comme pour les Mauriciens, ou pour certains riches et influents étrangers qui appartiendraient à une classe supérieure, ces travailleurs ne sont pas mis en quarantaine dans des centres comme tous les autres. Certes, ils n’ont pas besoin d’avoir des chambres d’hôtel, mais le minimum serait de ne pas les laisser dans leurs dortoirs comme des animaux enfermés. Ils se sont transmis le virus entre eux. Alors que pour les autres, nous parlons de protocoles et de normes, d’accompagnement psychologique, d’humanisme, de générosité et de solidarité, il semble que pour ces pauvres travailleurs, ce n’est que leur productivité qui compte.

Est-ce étrange de voir qu’ils disparaissent finalement, dans certains cas, dans la nature ? Et dire que nous sommes tous des enfants d’immigrés et nos ancêtres avaient à subir des traitements que nous aurions voulu voir disparaître à tout jamais. Ce n’est pas que nous sommes des nouveaux colons oppresseurs. Nous savons bien accueillir les étrangers qui viennent en jet privé. Même les étudiants d’ailleurs auront bientôt un permis de travail de dix ans ! Quant aux touristes, notre hospitalité n’était-elle pas si légendaire ?

Matérialisme

L’impératif économique fait que beaucoup doivent reprendre le travail, même si le risque de transmission du virus est élevé pour maintes raisons. Désormais, c’est sur ces lieux d’activité qu’éclatent des clusters. Les hôpitaux, les écoles, les collèges et universités, comme les moyens de transport public mais aussi les supermarchés sont aussi des lieux de travail, sinon des endroits de grande fréquentation. À quoi bon interdire l’accès, par exemple et à juste titre, aux lieux de culte, gymnases, plages et autres endroits alors qu’ailleurs, c’est la transmission assurée. La vaccination est vitale, mais il ne faut pas faire croire que c’est la seule solution. Si c’est vrai, les autorités pourraient-elles permettre aux gens ‘vaccinés’ l’accès aux lieux de culte ?

Au fil des derniers mois, il n’y a pas davantage de cohérence et de clarté dans la politique de santé publique contre la pandémie. Au début, les erreurs peuvent être tolérées mais la communication vis-à-vis de la population maintenant s’empire de jour en jour. Il y a une année, on pouvait être patient. Mais lorsque la situation ne s’améliore pas aujourd’hui, il faut changer de méthode, voire remplacer des personnes qui ont failli dans leurs responsabilités.

Si la reprise économique est pour se remplir les ventres, faisons-la dans le respect de la dignité des travailleurs, surtout quand ceux-ci viennent ici dans des conditions douloureuses et sont parmi les plus vulnérables. Il faut être intransigeant sur les gestes-barrières et le strict respect du protocole sur les lieux de travail. Protégeons nos travailleurs comme nous voudrions nous protéger nous-mêmes et nos familles.

Si nous n’ouvrons pas les lieux de culte, par contre ouvrons nos centres de quarantaine aux travailleurs étrangers comme nous le faisons à tous les autres. Sinon, hébergeons les travailleurs étrangers en besoin d’isolement dans… des lieux de culte, si c’est praticable. La bénédiction que nous cherchons ne se mesure pas en roupies uniquement, elle réside au fond dans les cœurs des plus faibles qui font rouler notre économie, surtout en ces temps durs.

Lorsque nous implorons Dieu de nous ouvrir les portes de Sa Miséricorde, il ne s’agit pas d’un gain matériel pour nous seulement. C’était aussi, et surtout, le bonheur pour nous et pour les autres, ensemble, ici et dans l’au-delà que nous cherchons. Y compris les pauvres travailleurs étrangers. À force de ne pas traverser les portes des mosquées, aurions-nous oublié comment être miséricordieux ?

par DR KHALIL ELAHEE

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