Wednesday , 23 September 2026

Trois ans de combat contre une grave maladie du foie – Ally Houssen : «Tant que je suis vivant, je me battrai»

En trois ans, la vie de Ally Houssen Maderbocus a basculé. D’un simple gonflement des pieds à une grave maladie du foie, il a connu le coma, les interventions douloureuses et les difficultés à s’alimenter. Aujourd’hui affaibli, il refuse pourtant de céder au désespoir.

Pendant longtemps, Ally Houssen Maderbocus n’a pas imaginé que ses pieds gonflés annonçaient le début d’un combat qui allait bouleverser sa vie. En 2023, il travaillait comme agent de sécurité. Ses journées étaient longues, souvent passées debout. Alors, lorsque ses pieds ont commencé à enfler, l’explication lui paraissait évidente : la fatigue, les heures de travail.

« Mo ti penser akoz mo res debout enn zourne. Mo pa finn tro kas latet », raconte-t-il.

Mais le gonflement ne disparaît pas. Il s’aggrave. Ses pieds deviennent si enflés qu’il ne peut bientôt plus enfiler ses chaussures. Son ventre commence, lui aussi, à gonfler. Ce qui semblait banal prend soudain une autre dimension. Ally Houssen se rend dans une clinique pour effectuer des examens.

Le verdict tombe : son corps retient beaucoup d’eau et son foie est malade. « Avan sa, mo ti pe travay et ti pe viv normal. Mo pa ti koner mo lefoi ti afekte. Kan dokter finn explik mwa kin ariver, lerla mo’nn konpran gravite la. »

Trois jours de coma : le moment où tout bascule

Il n’a guère le temps d’apprivoiser cette nouvelle réalité. Environ trois mois après les premiers symptômes, son état se détériore brutalement. Ally Houssen tombe dans le coma. Trois jours durant, il n’a plus conscience de ce qui se passe autour de lui.

« Kan mo finn sorti depi koma ki mo’nn ale realiser ki zafer pa bon », dit-il.

Commence alors une autre vie : celle des médicaments, des examens et de l’incertitude. Ally Houssen s’accroche à une idée simple : retrouver des forces et une existence normale.

Mais la maladie atteint aussi les finances du foyer. Après plusieurs mois de soins en clinique privée, les dépenses deviennent trop lourdes. La famille fait ce qu’elle peut, jusqu’au moment où elle ne peut plus suivre. Sur recommandation du médecin, Ally Houssen poursuit sa prise en charge à l’hôpital. Là, une nouvelle épreuve l’attend.

Quand manger et boire deviennent une épreuve

Une endoscopie révèle la présence de varices œsophagiennes. Des ligatures deviennent nécessaires. À chaque intervention, la douleur revient. Manger, boire, avaler : des gestes autrefois automatiques deviennent des défis.
« Les ligatures sont très douloureuses pour moi. Après les interventions, j’ai beaucoup de mal à manger et à boire. Il y a des moments où je souffre tellement que je n’arrive même pas à avaler correctement. »

Aujourd’hui, son alimentation est très limitée. Il dépend principalement du Fortimel et de petites quantités de soupe. Un simple plat de riz peut devenir inaccessible.

« Pour manger un plat de riz, c’est très compliqué. Il peut m’arriver de ne pouvoir en manger qu’une fois dans la semaine. Et lorsque j’essaie, j’ai beaucoup de douleurs. »

C’est peut-être là que se mesure le mieux ce que la maladie lui a retiré : boire quand on a soif, manger quand on a faim, avaler un comprimé quand on souffre.

Ally Houssen le dit sans détour : sa vie a complètement changé.

Il y a des jours où même prendre ses médicaments devient difficile. Quand la douleur empêche de boire correctement, tout se complique. Le corps impose son rythme, ses limites.

Ne pas abandonner

Et pourtant, il revient sans cesse à la même idée : ne pas abandonner. « Li vre ki mo pe soufer mé mo pa envi abandoner. Mo envi kontiy kombatt. »

Le 10 mai dernier, une nouvelle peur est venue s’ajouter aux autres. Ally Houssen commence à vomir du sang. Pour sa famille et lui, l’image est alarmante. Ils avertissent l’hôpital. Selon son témoignage, la réponse reçue ne les rassure pas. Il affirme qu’on lui aurait indiqué que la situation était « normale » et qu’elle n’était pas grave.

« Je me demandais comment des vomissements de sang pouvaient être considérés comme quelque chose de normal. Je ne demande pas qu’on me fasse peur. Je veux simplement savoir ce qui m’arrive et recevoir les soins dont j’ai besoin. »

« Grâce à Allah, je suis encore là »

Au fil de ces trois années, Ally Houssen a appris à vivre avec la douleur, la fatigue et les mauvaises nouvelles. Mais il refuse que la maladie ait le dernier mot. Sa force, dit-il, vient d’abord de sa foi.

Il repense souvent à ces trois jours de coma. Pour lui, le simple fait d’en être revenu est déjà une raison de continuer. « J’ai été dans le coma pendant trois jours et Allah m’a permis de revenir. Grâce à Allah, je suis encore là. »

La foi n’efface ni la souffrance ni la peur. Elle ne fait pas disparaître les factures, les traitements ou les difficultés à manger. Mais elle lui donne un point d’appui quand tout le reste vacille.

« Je ne sais pas ce que demain va m’apporter, mais je crois qu’Allah me donnera la force de continuer. Tant que je suis vivant, je veux me battre. »

Azeem Khodabux

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