En mai 2025, alors qu’elle accomplissait le Hadj à Makkah, Paakeeza Nadir, 52 ans, a été violemment frappée à la tête par un fauteuil roulant tombé de plusieurs mètres. Aujourd’hui, cette mère de quatre enfants de Camp-Chapelon marche, s’occupe de son foyer et a repris la couture.
La machine à coudre tourne de nouveau. Devant elle, Paakeeza Nadir retrouve des gestes qu’elle connaît depuis l’enfance. Elle ajuste un tissu, reprend une couture, vérifie un détail. Pendant des années, ces mouvements ont fait partie de son quotidien. Aujourd’hui, ils ont une autre valeur. Car il y a quelques mois encore, cette couturière de Camp-Chapelon ne savait pas jusqu’où son corps lui permettrait de revenir.
À 52 ans, Paakeeza mesure désormais sa récupération à travers des choses simples : marcher dans sa maison, accomplir ses tâches quotidiennes, s’occuper de sa famille et, surtout, travailler de ses mains. « Il y a quelque temps, je ne savais même pas si j’allais pouvoir retrouver une vie normale. Aujourd’hui, je peux marcher, faire mes activités et travailler à nouveau. Pour moi, c’est une immense grâce », confie-t-elle.
Depuis environ deux mois, elle a progressivement repris la couture, notamment la confection de robes de mariée. Un retour au travail qui représente pour elle bien davantage qu’une reprise professionnelle. « Je me considère comme une miraculeuse », dit-elle avec émotion.
À La Mecque, tout bascule
En mai 2025, Paakeeza se trouve à Makkah avec son époux Raffick et plusieurs membres de sa famille pour accomplir le Hadj. Après avoir terminé son tawaf, elle s’installe dans la zone souterraine située sous la Clock Tower, en attendant de pouvoir rejoindre son hôtel. Comme de nombreux pèlerins, elle profite de ce moment pour se reposer.
Puis, en quelques secondes, tout bascule. Un fauteuil roulant chute d’une hauteur estimée entre dix et douze mètres et la frappe directement à la tête. La violence de l’impact la projette au sol. Paakeeza saigne abondamment.
Raffick se trouve à proximité. À la vue de son épouse blessée, le choc est tel qu’il s’évanouit. La famille est alors dispersée au moment même où Paakeeza a le plus besoin de ses proches. Leur fils Shuaib vient de regagner l’hôtel, tandis que Shaheeza, la fille de Paakeeza, et son époux Salim terminent encore leur tawaf.
Lorsque ceux-ci arrivent sur les lieux, Salim tente immédiatement de contenir le saignement en maintenant sa main sur la blessure. Shaheeza téléphone à son frère. Le message est alarmant : leur mère vient d’être heurtée par un fauteuil roulant et son état paraît grave.
4,7 kilomètres pour rejoindre sa mère
Shuaib veut rejoindre sa mère au plus vite. Mais en pleine période du Hadj, les restrictions de circulation compliquent considérablement les déplacements. Impossible pour lui de simplement monter dans un taxi et de se faire conduire jusqu’au lieu de l’accident.
Il se met alors à courir. Près de 4,7 kilomètres à travers La Mecque, avec une seule préoccupation : retrouver sa mère. À ce moment-là, il ignore encore dans quel état il la trouvera. Dans le récit familial, les craintes sont nombreuses : fracture du crâne, paralysie, voire des conséquences encore plus graves.
Paakeeza est finalement prise en charge par les secours et transportée à l’hôpital d’urgence Aiyad, situé sous la Clock Tower. Sa blessure à la tête nécessite dix points de suture. Elle est autorisée à quitter l’établissement le même jour.
La famille espère alors que le pire est derrière elle. Mais, dans les jours qui suivent, des douleurs au cou apparaissent. Paakeeza souffre également de vertiges et d’une sensation de faiblesse. De retour à Maurice, elle tente malgré tout de reprendre le cours de sa vie, persuadée que ces douleurs finiront par disparaître. Les semaines passent, puis les mois, sans que les symptômes ne s’estompent totalement.
Six mois plus tard, un diagnostic préoccupant
Environ six mois après l’accident, Paakeeza se rend en Inde pour effectuer des examens plus poussés. Les médecins découvrent une importante lésion au niveau des vertèbres cervicales C5-C6, avec une hernie discale sévère qui comprime les nerfs.
Une intervention est alors envisagée afin de stabiliser la colonne cervicale et de protéger les fonctions neurologiques. Selon Paakeeza, les médecins lui avaient expliquent qu’elle risque de connaître d’importantes limitations dans ses mouvements et de conserver de lourdes séquelles.
Pour cette femme qui a toujours été active, ces paroles sont difficiles à entendre. Elle pense à son époux, à ses quatre enfants, à sa maison, mais aussi à ses mains. Des mains qui travaillent depuis son enfance et qui lui ont permis, au fil des années, de faire de la couture son métier.
Un métier appris auprès de sa mère
Paakeeza a appris à coudre auprès de sa mère alors qu’elle était encore enfant. En observant, en essayant et en pratiquant, elle a progressivement acquis un savoir-faire qui allait devenir son activité professionnelle. Au fil des années, elle a appris à travailler les matières, à prendre des mesures, à couper, assembler et transformer un tissu en vêtement.
Parmi ses réalisations figurent notamment des robes de mariée, des pièces exigeant patience, précision et minutie. Voilà pourquoi l’idée de perdre une partie de son autonomie représentait également la crainte de devoir renoncer à ce métier qui accompagne presque toute son existence.
Pendant plusieurs mois, la machine à coudre reste donc en retrait. Paakeeza ignore si elle pourra un jour reprendre son activité comme auparavant. « J’ai toujours gardé ma foi. Même dans les moments où j’avais peur, je me suis remise entre les mains d’Allah », raconte-t-elle.
Le retour derrière la machine
Progressivement, son état s’améliore. Paakeeza retrouve une partie importante de son autonomie. Elle marche, recommence à accomplir ses tâches quotidiennes et, surtout, revient devant sa machine à coudre.
Depuis environ deux mois, elle travaille de nouveau, à son rythme. Elle ne prétend pas que tout est redevenu exactement comme auparavant. Elle reste attentive à son corps et respecte ses limites, mais la couture a repris sa place dans sa vie.
« Aujourd’hui, je peux marcher, faire mes activités et travailler à nouveau. Pour moi, c’est une immense grâce », confie-t-elle.
Pour beaucoup, ces gestes pourraient paraître ordinaires. Pour Paakeeza, ils racontent les mois d’inquiétude qu’elle vient de traverser. Derrière le simple fait de marcher se trouve la peur d’une mobilité fortement réduite. Derrière le retour au travail se trouve celle de perdre un métier appris depuis l’enfance.
La couture n’est donc plus seulement une activité professionnelle. Elle représente aussi, pour elle, une forme de retour à la normalité.
Une robe de mariée comme symbole
Il y a quelque chose de particulièrement symbolique dans le fait que Paakeeza confectionne de nouveau des robes de mariée. Une telle robe accompagne généralement le commencement d’une nouvelle étape dans la vie. Pour elle aussi, le retour à la couture ressemble aujourd’hui à un nouveau départ.
Son histoire pourrait se résumer au spectaculaire accident survenu à La Mecque : un fauteuil roulant tombé de plusieurs mètres, une blessure à la tête, dix points de suture, des douleurs persistantes et, plusieurs mois plus tard, un diagnostic cervical préoccupant. Mais Paakeeza préfère aujourd’hui regarder ce qu’elle a retrouvé.
Marcher dans sa maison n’est plus un geste anodin. S’occuper de son foyer n’est plus une simple routine. S’asseoir devant sa machine à coudre n’est plus seulement travailler.
« Je suis une miraculeuse », répète-t-elle.
Et lorsqu’elle résume les seize mois écoulés depuis l’accident, elle revient une dernière fois à cette foi qui traverse tout son récit : « Allah a écouté mes prières. Ma foi et ma confiance en Lui ne m’ont jamais quittée. Aujourd’hui, je peux dire que je suis une miraculeuse. »
À Camp-Chapelon, la scène qui raconte peut-être le mieux son parcours est finalement très simple. Paakeeza est de nouveau assise devant sa machine. Le tissu passe sous ses doigts, la machine tourne et les coutures avancent. Paakeeza aussi.
« Allah a écouté mes prières »
Durant toute cette période, Raffick reste aux côtés de son épouse. L’homme qui s’était effondré en découvrant Paakeeza blessée à La Mecque l’accompagne au fil des différentes étapes de sa récupération. Entrepreneur, il prépare et vend des mines frites au Champ-de-Mars, mais la santé de son épouse reste au centre des préoccupations familiales.
Les quatre enfants de Paakeeza vivent eux aussi avec l’incertitude. Ils voient leur mère souffrir et savent qu’elle risque de ne plus retrouver totalement la vie qu’elle menait auparavant. Paakeeza, elle, dit avoir puisé une grande partie de sa force dans la prière. « Allah a écouté mes prières », répète-t-elle aujourd’hui.
Elle ne présente pas sa récupération comme une simple victoire personnelle. Dans son récit, son parcours reste profondément lié à sa foi et à la confiance qu’elle dit avoir conservée même dans les périodes les plus difficiles.
Star Journal d'information en ligne