vendredi , 5 mars 2021
Neeta Nuckched et l’ex-ministre étaient en contact.

Les dessous de la chute de Yogida Sawmynaden : le contrat à NeeteeSelec serait le détonateur

Quelle aurait pu être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, provoquant la démission de Yogida Sawmynaden comme ministre le mercredi 10 février ? C’est la question que l’on se pose dans divers milieux. Selon les recoupements de STAR, c’est l’audition de son amie d’enfance, Neeta Nuckched, qui aurait exacerbé sa situation.

Une audition explosive. C’est le terme qu’on utilise dans le giron du pouvoir, car elle tend à renforcer la perception d’intervention politique dans l’allocation des contrats durant le confinement. Une perception populaire nourrie par l’allocation de certains contrats à des gens qui sembleraient être proches du pouvoir. L’ironie a voulu qu’une quincaillerie et qu’un bijoutier ont fourni des équipements médicaux.

Ce contrat suspicieux et controversé aurait plombé le ministre Yogida Sawmynaden, car la State Trading Corporation (STC) était dans l’œil du cyclone depuis le confinement pour l’allocation des contrats dénoncée. Lors de son audition le mardi 9 février, soit la veille de la démission de Yogida Sawmynaden, Neeta Nuckched, l’amie d’enfance de l’ex-ministre et également hôtesse de l’air chez Air Mauritius, devait révéler dans quelles circonstances NeeteeSelec Co. Ltd, dont elle a été la directrice d’avril à septembre 2020, avait décroché un contrat de la STC durant le couvre-feu sanitaire. Il s’agit d’un contrat de Rs 121 000 pour la décontamination des locaux ainsi que des véhicules de la STC.

Pas d’expertise dans le domaine

Dans un premier temps, elle a indiqué que NeeteeSelec Co. Ltd a été incorporée le 14 avril 2020, soit en plein confinement et environ deux semaines seulement avant l’allocation dudit contrat par la STC. Si Neeta Nuckched a concédé que son entreprise n’avait pas l’expertise dans la décontamination, elle soutient toutefois avoir « fait des recherches sur internet et dans les médias sur la décontamination en marge de la Covid-19 ».

Elle a ensuite établi un business plan et a envoyé des e-mails et des brochures pour proposer ses services à plusieurs entités. Elle était, avec son amie Keshwaree Poonyth, les deux seules employées de la boîte. C’est pour cela qu’elle a sous-contracté la décontamination des locaux de la STC et sa flotte de véhicules. Après ce premier contrat, un autre contrat de décontamination pour la STC est directement confié à son entreprise.

Neeta Nuckched a cependant nié avoir abordé la question du contrat de la STC avec Yogida Sawmynaden. En fait, l’hôtesse de l’air a déclaré qu’au moment où sa société a décroché le premier contrat de la STC, elle ne savait pas que cet organisme parapublic, tombait sous le ministère du Commerce de Yogida Sawmynaden. Ce, bien qu’elle a aussi concédé au tribunal avoir parlé à Yogida Sawmynaden « deux à trois fois par semaine », soulignant que c’est l’ex-ministre qui appelle la plupart du temps. Neeta Nuckched a aussi précisé que ses conversations avec le ministre, « n’étaient jamais pour affaire » mais « d’ordre personnel ».

Bo-Digital connection

En septembre 2020, NeeteeSelec change de main et passe sous la direction de Keshwaree Poonyth qui était, jusqu’alors, General Manager de cette société. L’audition de Keshwaree Poonyth était également prévue au tribunal de Moka depuis le mardi 9 février, mais prise d’un malaise ce jour-là en cour, elle avait dû être transportée dans un centre de santé privé. Le lendemain, soit mercredi 10 février, son homme de loi avait présenté un certificat médical à la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnauth, qui l’a rejeté en l’absence de toute indication de la maladie dont souffre Keshwaree Poonyth. Le surlendemain, soit le jeudi 11 février, un nouveau certificat médical a été présenté. L’audition de Keshwaree Poonyth a été, du coup, une fois de plus reportée.

Cependant, son époux, Ashvind Poonyth, a quant à lui été auditionné cette semaine. Ce comptable de profession travaille à la fois pour Bo-Digital Co. Ltd de Deepak Bonomally et des sociétés de Vinay Appanna. Ces deux derniers avaient raflé des contrats de Rs 308 millions et de Rs 70 millions auprès de la STC et du ministère du Commerce durant le confinement.

Dans le cas NeeteeSelec spécifique, Ashvind Poonyth a indiqué que c’est lui qui a incorporé « en ligne » NeeteeSelec durant le confinement. Le comptable indique aussi avoir injecté Rs 225 000 au sein de cette société avant même d’être assuré que la société allait décrocher le contrat de la décontamination des locaux et des véhicules de la STC. Ce, parce que son épouse lui a demandé de donner un « coup de main » pour l’achat d’équipements sanitaires, car la compagnie n’avait pas de fonds. Il devait aussi aider son épouse en préparant des « templates » pour les cotations.

Le 21 septembre 2020, c’est toujours Ashvind Poonyth qui a procédé au « change of ownership », faisant ainsi en sorte que son épouse devienne la directrice, Neeta Nuckched ayant décidé de se concentrer sur son travail à Air Mauritius. Ce pour une somme symbolique de Re 1.

Les trois, soit Ashvind et Keshwaree Poonyth ainsi que Neeta Nuckched devront à nouveau retourner au tribunal de Moka la semaine prochaine pour la poursuite de leurs auditions.

Les réactions

La démission de Yogida Sawmynaden a été commentée par la classe politique. Le leader de l’opposition, Arvin Boolell, considère que cette démission était « inévitable et très attendue ». Navin Ramgoolam, le leader du PTr soutient que dans un tel cas de figure, « Sawmynaden n’aurait pas tenu un jour comme ministre avec moi comme Premier ministre ». Rajesh Bhagwan, du MMM, est d’avis que Yogida Sawmynaden aurait dû être révoqué « depuis longtemps ». Le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval a, quant à lui, félicité les avocats de Simla Kistnen, tout en donnant « un carton rouge » au gouvernement. Quant à Roshi Bhadain, il considère que « justice doit être faite et la vérité doit triompher ». Dans le camp du gouvernement, le ministre Bobby Hurreeram a déclaré que son ex-collègue du cabinet « est parti pour laver son honneur ». Quant au ministre Mahen Seeruttun, il a déploré « l’acharnement » de la presse contre son « camarade ».

Démission de Yogida Sawmynaden

Yogida Sawmynaden a démissionné de son poste de ministre du Commerce le mercredi 10 février. Il l’a lui-même annoncé lors d’une conférence de presse pour le moins inattendue au bâtiment du Trésor dans l’après-midi de cette journée fatidique. Yogida Sawmynaden a fait savoir qu’il prenait un « congé politique » afin de pouvoir «  travailler sur des cas et me concentrer sur des actions que je dois prendre pour contrer les fausses allégations et accusations qui sont fabriquées contre moi ». L’ex-ministre dit ainsi « step down to come back stronger ».
Dans la matinée, il avait été convoqué au Central CID aux casernes centrales. Il devait s’expliquer sur les circonstances entourant la nomination de Simla Kistnen comme son Constituency Clerk. Ces avocats ont toutefois soulevé un point de droit, ce qui fait que Yogida Sawmynaden n’a finalement pas été interrogé. La police a recherché l’avis du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) sur la question pour connaître la marche à suivre.

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