L’affaire Twaha Academy ne peut plus être regardée comme un simple scandale isolé. Elle soulève une question que beaucoup de parents se posent désormais avec inquiétude : qui surveille réellement les écoles religieuses qui accueillent des enfants ? Pendant longtemps, la confiance a suffi. On confiait son enfant parce que l’institution était connue, parce qu’elle était religieuse, parce qu’elle inspirait le respect. Mais cette affaire montre que la confiance seule ne protège pas. Il faut des règles, des contrôles, des enseignants formés, des responsables clairement identifiés, des parents impliqués et des mécanismes permettant aux enfants de parler sans peur.
Faut-il créer une nouvelle structure de supervision ? Faut-il renforcer les contrôles existants ? Faut-il revoir le fonctionnement des internats ? À travers les regards de Zayd Imamane, responsable de la mosquée Al Waadi, Maulana Shamim Khodadin, président du Sunniy ‘Ulamâ & Aïmmah Council (SUAC), Akbar Hossenally, secrétaire d’Al Huda Wan Noor, et Farouk Barahim, dirigeant de la mosquée Abu Bakr Siddique, plusieurs idées fortes se dégagent : la foi ne dispense pas de rendre des comptes, la discipline ne doit jamais devenir violence, les parents ne doivent plus faire confiance les yeux fermés, et aucune institution ne peut accueillir des enfants sans prouver qu’elle est capable de les protéger réellement.
Que faut-il créer ?
Vers une structure de supervision
Après l’affaire Twaha Academy, une question domine désormais le débat : faut-il créer une structure de supervision pour les écoles religieuses accueillant des mineurs ? Les réponses ne sont pas identiques. Farouk Barahim plaide pour un encadrement rigoureux. Zayd Imamane veut une nouvelle structure. Maulana Shamim Khodadin appelle à comprendre d’abord les failles du système. Akbar Hossenally prévient qu’un organisme ne servira à rien sans standards plus élevés. Mais tous convergent sur un point : la confiance seule ne suffit plus.
Une supervision pour sécuriser, pas pour stigmatiser
Pour Farouk Barahim, la priorité est de bâtir un cadre clair. La régulation ne doit pas être perçue comme une attaque contre l’enseignement religieux, mais comme une garantie pour les enfants. « Pour avancer, il ne faut pas voir la loi et la foi comme des forces opposées, mais comme deux piliers complémentaires devant garantir la sécurité et l’épanouissement de nos enfants », fait-il ressortir. Son approche repose sur une idée simple : une institution qui accueille des mineurs doit répondre à des exigences vérifiables.
Une nouvelle structure pour restaurer la confiance
Zayd Imamane, Amir de la mosquée Al Waadi, est le plus catégorique. Pour lui, il faut créer une structure spécifique : « Il faut créer une nouvelle structure pour les écoles religieuses. Cette structure doit comprendre des cadres religieux, mais aussi des personnes qui connaissent les lois du pays, la psychologie, la médecine et d’autres domaines. » Il insiste sur la composition de cette instance. Elle ne doit pas être uniquement religieuse. Elle doit être pluridisciplinaire, crédible et capable d’inspirer confiance aux parents.
Comprendre les failles avant de reconstruire
Maulana Khodadin adopte une position plus prudente. Il ne rejette pas l’idée d’une meilleure supervision, mais refuse une réaction précipitée. « Nous ne pouvons pas, à la suite d’un problème, créer une organisation de supervision du jour au lendemain. Il faut avant tout étudier et comprendre où le système a failli », précise-t-il. Pour lui, il faut d’abord diagnostiquer les lacunes existantes, puis renforcer les contrôles là où ils sont insuffisants.
Un organisme ne suffira pas sans standards
Akbar Hossenally, secrétaire d’Al Huda Wan Noor, partage l’idée d’un meilleur encadrement, mais avertit contre les solutions purement administratives. « Créer un organisme peut être utile, mais cela ne résoudra rien si les standards ne sont pas revus en profondeur », précise-t-il. Pour lui, la question centrale n’est pas seulement : qui contrôle ? Elle est aussi : selon quels critères contrôle-t-on ?
Les contours d’un futur cadre
À travers ces quatre approches, plusieurs pistes se dégagent :
- une instance indépendante ou renforcée ;
- une composition pluridisciplinaire ;
- des règles communes pour toutes les structures ;
- des contrôles réguliers ;
- des responsabilités clairement établies ;
- des standards minimums pour accueillir des mineurs.
- Le débat ne se limite donc pas à créer une nouvelle institution. Il s’agit de construire un système capable de contrôler, prévenir et corriger.
Pourquoi l’affaire Twaha Academy oblige à agir ?
Farouk Barahim, Zayd Imamane, Maulana Shamim Khodadin et Akbar Hossenally n’ont pas exactement la même lecture, mais leurs constats convergent : cette affaire oblige à regarder le système en face.
Une confiance ébranlée
Pour Zayd Imamane, le scandale a surtout atteint un élément essentiel : la confiance. « Dans le passé, des parents envoyaient leurs enfants dans des Dar ul Uloom avec une grande sérénité. Aujourd’hui, cette confiance a été ébranlée », fait-il ressortir.
Il met en garde contre une conséquence plus profonde : si les familles perdent confiance dans les institutions religieuses, ce sont aussi les enfants qui risquent d’en payer le prix. « Ce qui s’est passé à Twaha Academy ne peut pas être limité à la communauté musulmane. C’est un signal fort à l’ensemble de la population. »
Un signal d’alarme
Pour Farouk Barahim, l’affaire Twaha Academy dépasse l’émotion immédiate. Elle doit servir de point de départ à une réflexion plus large : « Cet événement n’est pas seulement un fait divers ; c’est un signal d’alarme qui nous oblige à repenser la manière dont nous protégeons nos enfants au sein de toutes les structures éducatives. »
Son propos place l’affaire dans une dimension nationale : ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la réputation d’une institution, mais la capacité d’un système à prévenir les dérives.
Des failles qui ne datent pas d’hier
Maulana Khodadin refuse de voir l’affaire comme un accident isolé. Selon lui, elle révèle un problème plus ancien : « L’affaire Twaha Academy a exposé un problème qui existe depuis longtemps, peut-être dans beaucoup d’autres institutions, éducatives ou autres. »
Cette lecture invite à éviter deux pièges : réduire le dossier à un seul établissement ou croire qu’une réaction ponctuelle suffira.
Un modèle à interroger
Akbar Hossenally pousse l’analyse plus loin. Pour lui, le scandale met en cause le modèle lui-même : « Le problème ne se limite pas à l’absence de supervision. Le véritable problème est plus profond, il concerne le modèle lui-même. » Il vise notamment l’idée selon laquelle une position religieuse ou une connaissance religieuse suffirait à encadrer des enfants. « On ne peut pas continuer à considérer que le simple fait d’avoir mémorisé ou d’occuper une position religieuse suffit pour encadrer des enfants », lance-t-il.
Quel principe protège l’enfant ?
Au-delà des débats sur la supervision ou les modèles éducatifs, une question fondamentale s’impose : sur quoi repose réellement la protection de l’enfant ? Pour les quatre intervenants, la réponse est sans ambiguïté. Elle ne dépend ni des circonstances ni des institutions. Elle repose sur un principe absolu, à la fois légal, moral et religieux : tout enfant doit être protégé, en toutes circonstances, sans exception.
Une exigence fondée sur la miséricorde
Pour Akbar Hossenally, la protection de l’enfant est au cœur même de l’enseignement religieux : « La protection des enfants n’est pas une option, c’est une obligation. » Il rappelle le modèle prophétique : « Le Prophète (saw) n’a jamais levé la main sur un enfant. » Cette référence n’est pas symbolique. Elle pose un cadre clair : toute forme de violence est incompatible avec l’éducation.
Une responsabilité institutionnelle
Maulana Khodadin met l’accent sur le rôle des structures qui accueillent des enfants. « Chaque institution qui prend en charge des enfants pour leur éducation a une responsabilité d’assurer leur sécurité. »
Pour lui, cette responsabilité doit être concrète et organisée : « Les responsables doivent mettre en place tout un système pour garantir la sécurité des enfants et donner confiance aux parents. »
Une responsabilité religieuse directe
Pour Zayd Imamane, cette obligation dépasse le cadre juridique. Elle est aussi une exigence religieuse : « Dans l’islam, protéger l’enfant est une obligation. Nous sommes des bergers et nous serons questionnés au sujet de notre troupeau. » Il rappelle que cette responsabilité engage directement les adultes : « Ce n’est pas uniquement une question administrative ou sociale. C’est aussi un devoir moral et religieux. »
Une obligation inscrite dans la loi
Pour Farouk Barahim, la protection de l’enfant n’est pas une question d’appréciation. Elle est encadrée par la loi : « La Children’s Act est explicite : toute forme de punition corporelle est strictement interdite. »
Il insiste sur un point essentiel : aucune structure ne peut s’en affranchir : « Que ce soit dans une école privée, publique ou religieuse, la loi mauricienne condamne avec fermeté les violences physiques. »
La règle est claire : la protection de l’enfant ne dépend pas du type d’établissement. Elle s’impose à tous.
Un principe au-dessus de toute considération
Les quatre approches se rejoignent sur un point fondamental : la protection de l’enfant ne peut jamais être négociée.
Elle ne dépend ni de la réputation d’une institution, ni du statut d’un enseignant, ni de la nature religieuse d’un enseignement.
Pour Farouk Barahim, la violence ne peut jamais être tolérée : « La violence n’a jamais été, et ne sera jamais, un substitut à l’autorité. »
Où s’arrête la discipline ?
Au cœur du débat relancé par l’affaire Twaha Academy, une question sensible s’impose : jusqu’où peut aller la discipline dans l’éducation d’un enfant ? Derrière certaines pratiques, une confusion persiste entre autorité éducative et violence. Farouk Barahim, Zayd Imamane, Maulana Shamim Khodadin et Akbar Hossenally le rappellent sans ambiguïté : cette confusion n’est plus acceptable. La discipline encadre. La violence dépasse une limite.
Une frontière nette et infranchissable
Pour Farouk Barahim, il n’existe aucune zone grise entre discipline et abus. « La frontière entre la discipline éducative — basée sur le respect, le dialogue et le cadre — et la punition corporelle est nette et infranchissable. »
Il précise : « La punition corporelle, qu’elle soit physique ou psychologique, n’est pas un outil pédagogique ; c’est une forme d’abus. »
Cette position tranche avec certaines pratiques encore tolérées sous couvert de correction.
Corriger sans basculer dans la brutalité
Zayd Imamane insiste sur la limite à ne jamais franchir, même dans l’exercice de l’autorité. « Même lorsqu’il faut corriger un enfant, il y a des limites. On ne doit pas se déchaîner sur un enfant ni le prendre pour un punching-ball. »
Pour lui, la discipline doit rester mesurée, encadrée et justifiée. Dès qu’elle devient une décharge de colère, elle sort du cadre éducatif.
Une question de pédagogie
Maulana Khodadin aborde la question sous un angle différent : celui de la formation. « Les personnes qui encadrent des enfants doivent recevoir une formation en pédagogie. »
Son analyse est claire : certaines dérives ne viennent pas seulement d’une intention, mais d’un manque de compétences.
Sans formation adaptée, l’autorité peut facilement glisser vers des pratiques inappropriées.
Le modèle de la miséricorde
Pour Akbar Hossenally, la référence reste le modèle prophétique et cite encore : « Le Prophète ( n’a jamais levé la main sur un enfant. »
Il rappelle que l’éducation islamique repose sur une progression et une approche humaine. « L’éducation islamique repose sur la miséricorde, la patience et la pédagogie, et non sur la peur ou la brutalité. » Dans cette perspective, toute violence constitue une déviation du modèle.
De la confiance à la vigilance
L’affaire Twaha Academy ne questionne pas uniquement les institutions. Elle interroge aussi la place des parents. Longtemps, la relation reposait sur une confiance quasi naturelle envers les structures religieuses. Aujourd’hui, cette confiance doit évoluer. Pour les quatre intervenants, les parents ne peuvent plus être de simples observateurs. Ils doivent devenir des acteurs de la protection de leurs enfants.
Ne plus faire confiance aveuglément
Pour Maulana Khodadin, le premier changement est mental : « Les parents ont la responsabilité de ne pas faire confiance aveuglément. Ils doivent prendre toutes les informations nécessaires et s’assurer du système de sécurité avant d’inscrire leurs enfants. » Cette vigilance ne remet pas en cause la foi ou le respect des institutions. Elle impose simplement une exigence nouvelle : comprendre avant de confier.
Écouter l’enfant, même dans les détails
Zayd Imamane insiste sur un point souvent négligé : l’écoute. « Les parents doivent prêter une oreille prudente à leurs enfants. Ils ne doivent rien prendre à la légère. » Un malaise, un changement de comportement ou une remarque apparemment anodine peuvent révéler une situation plus profonde. « Quand un enfant parle d’un malaise ou d’une situation qui le dérange, il faut l’écouter sérieusement. »
Des parents partenaires, pas simples déposants
Pour Farouk Barahim, la relation entre parents et institutions doit évoluer : « Il faut promouvoir une charte de droits et devoirs des parents, leur garantissant un accès légitime pour visiter les classes et rencontrer les enseignants. »
Dans cette logique, les parents deviennent des partenaires actifs : « Les parents doivent être des partenaires de la sécurité. »
Ils doivent pouvoir poser des questions, demander des explications et suivre le parcours éducatif de leurs enfants.
Maintenir le lien familial comme protection
Akbar Hossenally insiste sur l’importance de la proximité familiale. « Nous privilégions un modèle où l’enfant reste dans un environnement sécurisé, avec une implication forte des parents. »
Pour lui, la présence des parents constitue un facteur de protection naturel.« Ce choix repose sur une lecture lucide des risques, notamment lorsque les enfants sont éloignés de leur cadre familial. »
Qui peut enseigner aux enfants ?
L’affaire Twaha Academy relance une question longtemps implicite : qui est réellement apte à enseigner à des enfants dans un cadre religieux ? La connaissance seule suffit-elle ? Pour les quatre intervenants, la réponse est claire. Encadrer des mineurs exige une formation, des compétences pédagogiques et des critères de sélection stricts. L’enseignement ne peut plus reposer uniquement sur la confiance ou le statut religieux.
La connaissance ne suffit pas
Pour Akbar Hossenally, la limite du système actuel est évidente. « On ne peut pas continuer à considérer que le simple fait d’avoir mémorisé ou d’occuper une position religieuse suffit pour encadrer des enfants. »
Son propos marque une rupture importante : enseigner à des enfants n’est pas seulement transmettre un savoir, c’est aussi gérer une relation éducative. « L’éducation exige des compétences pédagogiques, un sens des responsabilités et une éthique irréprochable. »
Former comme dans tout système éducatif
Maulana Khodadin insiste sur la nécessité d’un cadre de formation comparable à celui des écoles et collèges. « Comme dans les écoles et collèges, les personnes qui travaillent dans les Madrassah doivent aussi recevoir des formations, notamment sur la pédagogie. »
Il ajoute que cette formation doit évoluer avec le temps : « Il faut un suivi dans la formation, adapté aux nouveaux défis et en phase avec cette nouvelle génération. »
Maulana Khodadin insiste sur le comportement : « Il faut faire appel à des professionnels concernant l’attitude et les comportements, et mettre des critères bien stricts. »
Cela inclut la manière de parler à un enfant, de corriger une erreur, de gérer une classe ou de réagir face à une difficulté.
Comprendre l’enfant pour mieux l’encadrer
Pour Farouk Barahim, enseigner implique aussi de comprendre l’enfant. « La maîtrise d’un savoir religieux ne suffit pas pour encadrer des mineurs. »
Il plaide pour une exigence minimale : « Il est nécessaire d’imposer à tout éducateur, même bénévole, une formation en psychologie de l’enfant et en pédagogie positive. » Cette approche vise à remplacer des pratiques empiriques par des méthodes adaptées.
Farouk Barahim est d’avis que la sélection des encadrants doit être rigoureuse : « Il faut imposer des protocoles standards, notamment la vérification systématique des antécédents pour tout éducateur ou bénévole en contact avec des mineurs. »
Mettre les bonnes personnes à la bonne place
Zayd Imamane aborde la question sous l’angle de la responsabilité et de la sélection. « Il faut vérifier si les personnes à la tête des institutions islamiques sont réellement les bonnes personnes à la bonne place. » Pour lui, la compétence ne doit pas être limitée au savoir religieux. « Les comités de direction ne doivent plus être composés uniquement d’hommes religieux. Il faut les ouvrir à des professionnels. »
Faut-il revoir les internats ?
L’affaire Twaha Academy relance une question plus spécifique : celle des internats religieux. Lorsqu’un enfant vit loin de son cadre familial, la protection ne peut plus reposer sur les mêmes garanties qu’un simple cours quotidien.
Un choix assumé : pas d’internat
Akbar Hossenally, secrétaire d’Al Huda Wan Noor, explique que son institution a fait un choix clair. « À Al Huda Wan Noor, nous avons fait un choix clair dès le départ : ne pas instaurer d’internat. »
Ce choix repose sur une analyse des risques liés aux structures résidentielles. « Ce choix repose sur une lecture lucide des risques qui existent depuis longtemps dans ce type de structure, notamment lorsque les enfants sont éloignés de leur cadre familial. »
La famille comme premier rempart
Pour Akbar Hossenally, le maintien de l’enfant dans son cadre familial est une forme de protection. « Nous privilégions un modèle où l’enfant reste dans un environnement sécurisé, avec une implication forte des parents. »
Cette approche ne condamne pas nécessairement toute structure résidentielle. Mais elle pose une exigence : plus l’enfant est éloigné de sa famille, plus les garanties doivent être fortes.
La technologie comme alternative
Akbar Hossenally ouvre aussi une piste différente : les nouvelles formes d’apprentissage. « Avec les moyens technologiques disponibles, l’accès au savoir ne justifie plus l’exposition des enfants à des environnements à risque. »
Il évoque notamment l’enseignement à distance : « Des cours peuvent être suivis à distance, auprès d’enseignants locaux comme internationaux, sans compromettre leur sécurité. »
Quand l’enfant vit loin de ses parents
L’internat change la nature de la responsabilité. L’enfant n’est plus seulement présent quelques heures pour apprendre. Il dort, mange, vit et évolue dans l’institution.Cela exige donc un niveau de vigilance supérieur.
Pour Maulana Khodadin, toute institution qui prend en charge des enfants doit garantir leur sécurité. « Chaque institution qui prend en charge des enfants pour leur éducation a une responsabilité d’assurer leur sécurité. » Dans un internat, cette responsabilité devient permanente.
Des contrôles plus stricts
Pour Farouk Barahim, tout lieu d’apprentissage doit être un espace où l’enfant est protégé. « Les lieux d’apprentissage doivent être des espaces de confiance où la parole des enfants est protégée. »
Dans le cas d’un internat, cette exigence prend une dimension particulière. L’enfant doit pouvoir parler, être entendu et être protégé même lorsqu’il est éloigné du regard quotidien de ses parents.
Zayd Imamane rappelle, lui aussi, que les institutions doivent fonctionner avec un cadre clair. « Les institutions doivent fonctionner avec des règles, des responsabilités et des mécanismes de contrôle. »
Comment permettre aux victimes de parler ?
Dans de nombreuses situations, les enfants n’osent pas parler, ou ne sont pas entendus. Permettre l’expression des victimes devient alors un enjeu central. Les quatre intervenants s’accordent sur un point : sans mécanismes de signalement sûrs, accessibles et crédibles, les abus peuvent rester invisibles.
Le silence des victimes, une réalité
Pour Maulana Khodadin, le constat est direct : « Bien souvent, les victimes ont peur et ne dénoncent pas. » Ce silence n’est pas un choix. Il est souvent lié à la peur, à la dépendance vis-à-vis de l’adulte ou à l’absence de cadre sécurisé pour parler.
Maulana Khodadin insiste sur un point essentiel : signaler ne doit jamais exposer l’enfant. « Il faut rassurer les enfants qu’il n’y aura pas de représailles s’ils dénoncent. » Il évoque la nécessité de procédures claires : « Il faut des procédures bien établies, ce qu’on appelle Complaint Handling Procedure. »
Pour Maulana Khodadin, toute alerte doit être traitée rapidement. « Au moindre doute concernant une maltraitance, il faut commencer une enquête au plus vite, mais en toute confidentialité. »
Cette exigence vise à protéger l’enfant tout en évitant toute exposition inutile.
Prendre au sérieux les premiers signes
Pour Zayd Imamane, le signalement ne commence pas toujours par une plainte formelle. « Très souvent, les signaux existent, mais ils ne sont pas suffisamment pris au sérieux. »
Il insiste sur l’importance de l’attention portée aux signaux faibles. « Quand un enfant parle d’un malaise ou d’une situation qui le dérange, il faut l’écouter sérieusement. »
Créer des canaux de signalement protégés
Pour Farouk Barahim, la réponse passe par des mécanismes structurés. « Chaque institution doit mettre en place des mécanismes de signalement anonymes et confidentiels permettant aux enfants, parents et employés de briser l’omerta sans crainte. » Ces dispositifs doivent être réels, accessibles et connus. « La peur des représailles est le principal obstacle à la vérité. »
Contrôle et transparence
Pour Akbar Hossenally, la parole ne peut être protégée sans un cadre de confiance. « La confiance doit être accompagnée de contrôle et de transparence. » Il plaide pour des mécanismes visibles et vérifiables. « Il faut des protocoles clairs, des mécanismes de plainte accessibles et des audits externes indépendants. »
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