mercredi , 29 septembre 2021

Javed Bolah, secrétaire de la BDA : «Des gens vont mourir s’ils ne sont pas transfusés rapidement»

C’est un véritable appel à l’aide que lance la Blood Donors Association (BDA) alors que celle-ci se vide graduellement de son stock de pintes de sang. Son nouveau secrétaire, Javed Bolah, estime que des patients pourront y laisser leur vie si rien n’est fait.

D’après la BDA, les réserves de sang n’ont jamais été aussi basses. Comment expliquez-vous cette situation ?
C’est une situation inédite. Les réserves de sang ne remontent pas malgré les divers appels au don lancés depuis le confinement. En moyenne, 150 pintes de sang sont nécessaires chaque jour pour subvenir aux besoins des patients thalassémiques, hémophiles, cancéreux, dialysés, les brûlés ou les accidentés. Avec la crise sanitaire de la Covid-19, l’exercice de vaccination et l’hiver, le nombre de donneurs volontaires a chuté drastiquement, soit par environ un millier par semaine. Ce qui est très inquiétant. Les collectes se font principalement dans les entreprises et les institutions éducatives.

Est-ce insuffisant ?
Avec la Covid-19, beaucoup d’entreprises ne font plus de collecte de sang. Le nombre de donneurs a également chuté avec la campagne de vaccination, les vaccinés devant attendre près d’un mois après l’injection du vaccin pour pouvoir donner leur sang.

Quelles en sont les implications ?
C’est triste que nous soyons au seuil d’une situation où le risque est de ne plus pouvoir répondre à des demandes de sang pour les transfusions et de devoir reporter des interventions chirurgicales. Le nombre de patients en attente de transfusion s’allonge dangereusement alors que les pintes de sang, surtout des groupes sanguins négatifs (A-, B-, O-), se font très rares. Les semaines à venir vont être difficiles, voire critiques, s’il n’y a pas un sursaut dès maintenant.

Est-ce devenu une question de vie ou de mort ?
Si je vous dis que la situation est critique, c’est que le risque que la Banque de Sang ne puisse subvenir aux besoins des patients est bien réel. Déjà, les informations qui nous parviennent ne sont pas rassurantes. La réponse à votre question est donc oui. Des gens vont mourir s’ils ne sont pas transfusés rapidement. Un homme est malheureusement décédé récemment parce qu’on n’a pas pu lui trouver du sang (O-) pour une chirurgie urgente.

Les appels aux dons de sang par la BDA ne sont pas un phénomène nouveau. Quelles sont les contraintes auxquelles la BDA doit faire face ?
Sur une population d’environ 1,3 million, sachez qu’il n’y a environ que 20 000 à 25 000 personnes qui donnent leur sang au moins une fois par an. Certains donnent leur sang trois à quatre fois par an. Et ces donneurs sont volontaires, c’est-à-dire, ils ne donnent pas leur sang pour un proche (donneur de remplacement), mais pour sauver la vie d’un patient dont il ne connaîtra jamais l’identité. Malheureusement, on a aussi noté un vieillissement des donneurs. Ceux âgés entre 18 et 24 ans ne représentent que 16% des donneurs alors que les plus de 45 ans sont deux fois plus nombreux, soit 35%. Il faut donc à tout prix inciter les jeunes à faire don de leur sang.

Le nombre de patients en attente de transfusion s’allonge dangereusement»

Que fait la BDA pour changer cette attitude ?
Depuis deux décennies, la Blood Donors Association quémande, année après année, que le don de sang devienne une action citoyenne et régulière. La société mauricienne « évolue » tellement vite que nous nous laissons gagner par l’insouciance, voire une certaine indifférence. Aussi longtemps qu’on n’aura pas fait du don du sang une affaire de société, des gens vont continuer à souffrir de manque de sang et subséquemment mourir. Aujourd’hui c’est un étranger, demain ce sera peut-être quelqu’un qui vous est cher. La BDA poursuit sa campagne de sensibilisation et d’informations auprès des jeunes – et nous comptons plusieurs collèges et universités qui ont rejoint les ‘Pledge 15’. Il s’agit d’un engagement solennel pour faire don de son sang au moins 15 fois dans sa vie.

Cela porte-t-il ses fruits ?
Pour vous dire, lors d’une collecte prévue ce dimanche à Bambous, un groupe de jeunes du village prendront le Pledge 15. C’est très encourageant et salutaire. Et j’invite d’autres jeunes à suivre leurs pas. La campagne de sensibilisation ‘grand public’ se poursuit en parallèle. D’ailleurs, nous travaillons sur un nouveau calendrier qui sera étalé sur les 6 prochains mois. Alors que nous essayons de faire de notre mieux, car une mobilisation générale est aujourd’hui essentielle. Un donneur au sein chaque famille est possible et c’est l’objectif que l’on devrait tous se fixer.

Comment la communauté musulmane répond-elle à l’appel présent ?
Tout le monde le sait : les patients musulmans sont en plus grand nombre dans les hôpitaux. Il aurait été cohérent si le nombre de donneurs avait été proportionnel au nombre de pintes de sang dont nous avons besoin. Il existe plusieurs associations musulmanes à travers l’île qui sont sensibles à la cause et se font un devoir d’organiser des collectes régulièrement. À celles-là, je transmets les remerciements des patients qui ont pu être sauvés grâce au sang collecté. Par contre, je suis triste que beaucoup d’autres semblent ignorer les nombreux appels de détresse et continuent à être aux abonnés absents. D’après les statistiques qui nous parviennent, il semblerait que les groupes A et O sont prévalents dans la communauté musulmane. Et l’on note aujourd’hui un manque accru pour ces mêmes groupes. C’est tout dit.

Les sociétés musulmanes et les dirigeants des mosquées se mobilisent-ils ?
Plusieurs associations musulmanes à travers l’ile organisent des collectes régulièrement. Mais est-ce suffisant ? Si davantage de ces sociétés et de mosquées se mobilisaient, le stock de sang aurait été plus confortable. J’ai personnellement sollicité plusieurs de ces dirigeants pour organiser des collectes il y a plus d’une semaine. Certains vous disent d’envoyer un email, d’autres vous disent qu’ils vont « soulever la question dans leurs comités ». J’attends toujours leurs réponses.

La BDA vient de renouveler son comité de direction. Parlez-nous en…
La BDA vient effectivement de reconstituer son Managing Committee. Lors de l’Assemblée générale annuelle de l’association tenue en février dernier, Subhanand Seegoolam et Gautam Ruhee – tous deux membres fondateurs de l’Association en 1998 – avaient exprimé le souhait de se retirer du poste de président et de secrétaire respectivement. Tous deux ont donné chacun presque 20 ans à la cause du don de sang volontaire. Ils ont cru bon, dans leur sagesse, qu’il fallait mettre en œuvre une stratégie de transition et de revitalisation de l’Association. Dewanand Hossen et Pravesh Chandra Kumar Rawoo assument désormais respectivement le poste de président et de vice-président.

Quant à vous, le nouveau secrétaire, quelles sont vos responsabilités ?
Succéder à quelqu’un aussi dévoué et appliqué que Gautam Ruhee, qui a été secrétaire de l’association depuis sa création, est une lourde responsabilité. C’est ce que je lui ai dit d’ailleurs. Mon rôle sera de maintenir une cohérence dans les initiatives et les travaux du comité de direction.

Quels sont les projets de la BDA ?
Après le rebranding de 2020 et le lancement de six branches régionales de la BDA, nous nous attelons à consolider ces entités et les soutenir dans leurs initiatives. Nous travaillons depuis quelque temps sur une application mobile qui permettra de connecter les donneurs et les demandeurs de sang. Le projet a pris du retard pour des raisons hors de notre contrôle. Si Dieu le veut, l’application sera lancée avant la fin de l’année. Un sous-comité travaille également sur les ‘incentives’ pour les donneurs. Notre objectif principal demeure la consolidation de notre réservoir de donneurs réguliers afin d’assurer l’autosuffisance en produits sanguins sécurisés.

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