Si vous êtes pressés, allez directement au troisième paragraphe. À ceux qui lisent encore ces lignes, remarquons que ce sont les publications qui provoquent le plus vite le plus de réactions instantanées qui sont sélectionnés par des programmes sur internet, des algorithmes de ciblage publicitaire, pour être diffusés encore plus largement. Or, ce sont les « comments » reflétant un réflexe instinctif, une insatisfaction, une colère, une indignation ou une peur qui font souvent le buzz, si ce n’est ceux qui sont choquants, sinon insolents, voire même outrageants avec une sauce d’humour parfois douteux. Ces « posts » attirent presque naturellement, retiennent l’attention au moins le temps de regarder une image sensationnelle ou parcourir une phrase piquante, mais font particulièrement gagner de l’argent à quelques-uns grâce à la pub. Ils arrivent aussi beaucoup à façonner ce que ressentent des gens…
Puisque les gens ne lisent pas vraiment, mais ne font principalement que surfer, scroller et swipe les écrans de leurs portables, c’est souvent au niveau de l’émotivité que beaucoup se passe. Nombreux parmi nous, les jeunes particulièrement, ne parviendront jamais lire jusqu’à ce 185e mot, plus que trois fois que ce qu’un texte standard sur X-Twitter permet. Or, jamais nous n’avons eu autant d’informations à portée de main. Cependant, ces « news », et notamment les commentaires qu’elles génèrent, ne sont pas synonyme de savoir. Pire, c’est l’opposé de la vraie connaissance même qui est ainsi engendré. Conséquemment, nous devenons une génération pas seulement inéduquée, mais mal éduquée avec les réseaux sociaux, les plateformes de médias numériques et les messageries instantanées forgeant à notre place nos priorités, nos opinions, nos envies, nos choix et nos modes de vie.
Enough !
Ma fille, on la traite de « Kala Samouraï ». Ma maman est dénigrée en public, accusée de maltraitance envers sa garde-malade. Ma sœur est salie sur les réseaux sociaux, alors qu’elle est décédée et il n’y avait pas de spécialiste quand elle était admise à l’hôpital. Mettez-vous à la place d’un parent, d’un enfant ou d’un proche dont un être qui lui est très cher est insulté, vilipendé et calomnié sur internet. Sans raison, au fond, puisque de telles attaques ne peuvent être justifiées. Nous vous épargnons les jurons, les obscénités et autres insinuations, parfois vulgairement sexistes, que les gens se plaisent à écrire et à lire, à commenter et à propager, sans aucune retenue. Où sont les défenseurs du féminisme quand l’image d’une demoiselle est si honteusement manipulée et exploitée à des fins commerciales, pour vendre tout et n’importe quoi ?
Nous n’avons pas le droit d’en faire une question d’appartenance communautaire, car ceux qui mangent ainsi la chair des morts n’ont pas de religion au moment où ils sévissent. Des fois, les critiques les plus injurieuses peuvent venir de ceux qui se disent « musulmans », ceux à qui est parvenue, entre autres, toute une sourate qui rappelle l’éthique universelle de la parole (Al Houjourat, sourate 49). Pour vous et moi, intimement, pour chacun parmi nous individuellement, les propos extrêmement blessants qui déferlent sur les réseaux sociaux ne relèvent pas du communalisme en soi, même si certains pyromanes font tout en ligne afin d’attiser la haine et la division dans le pays. Ces dérives plus qu’offensantes et absolument gratuites n’ont rien à voir directement avec le problème de « law and order » qui demeure cependant bien réel, ni avec le sort des travailleurs étrangers qui est plus que pitoyable, ou encore avec les soins de santé devenus un business lucratif pour certains, pas un service.
Ce dont il est question ici est l’honneur, « izzat » en ourdou ou même en hindoustani, de l’arabe « izzah ». Nos ancêtres en savent pleinement la signification. Celle des musulmanes, et des non-musulmanes aussi. « Izzat », c’est le respect que nous leur devons, comme à tous les êtres humains, les enfants d’Adam qui sont nés avec la même dignité originelle. Si référence est faite à nos coreligionnaires spécifiquement, qui sont aussi pour nous tous nos sœurs en humanité, ce n’est pas parce qu’elles ont plus de mérite, mais parce que s’en prendre à elles est bien trop facile. Pas seulement en France ou chez ENS Maurice. Comme c’est souvent si facile dans notre monde patriarcal, pour ne pas dire machiste, de s’attaquer en général aux femmes sans aucune crainte de la part des hommes, et des femmes aussi.
Izzah
En arabe, « Izzah » couvre aussi à l’idée d’une puissance souveraine, d’une autorité inébranlable et d’un pouvoir légitime qui inspire le respect, ainsi menant à l’honneur dans la dignité. Les amalgames, surtout à connotation culturelle ou islamophobe, pointent du doigt les crimes d’honneur, mais le terme « izzah » employé à une femme indique, en vérité, sa force morale, sa noblesse même. Quelle que soit sa classe sociale, sa confession religieuse, ses origines. Les attaques sur internet sont contraires absolument au statut que nous aurions dû donner à nos mères, nos sœurs et nos filles. Ce qui est dommage c’est qu’impuissants, nous n’arrivons pas à les protéger, si nous ne sommes pas en train de les rabaisser comme le font certains parmi nous.
Dans le Coran, le terme « Izzah » est maintes fois lié à Dieu, à Son nom et Son attribut nous renvoyant à Sa Puissance Infinie, Al Aziz, Celui Qui est Incomparablement Fort. Mais où est notre crainte de Dieu, Al Aziz, à Qui nous devrons rendre des comptes, quand nous allons sur les réseaux sociaux pour regarder, comme un spectacle, l’humiliation à laquelle nous nous livrons nous-mêmes ? L’espace virtuel est devenu un univers malsain qui nourrit la malpropreté plutôt que la pudeur et la décence, la frustration plutôt que la compréhension et la compassion, et récompense les instincts primaires plutôt que la conscience des autres et de soi. Il promeut un chaos diabolique plutôt que le rappel de Dieu, le vivre-ensemble et les valeurs essentielles.
Conclusion
Oublions tout ce qui est écrit en haut, si vous voulez, et retenons en conclusion ne serait-ce que cette narration prophétique authentique : « Le croyant n’est pas un calomniateur, ni un maudisseur, ni un grossier, ni un vulgaire » (Rapporté par At-Tirmidhi). Et si nous voulons utiliser l’internet, sachons le faire au nom de Dieu. ChatGPT peut être un outil pratique si nous demeurons dans une démarche de compréhension critique. D’ailleurs, en un clic, l’Intelligence Artificielle nous explique le hadith susmentionné. C’est à nous de mettre à bon escient notre Intelligence Humaine à la lumière de notre foi. Si nous cherchons à en tirer profit au lieu de nous laisser emporter, comme par toutes sortes de palabres, sans réfléchir, nous aurions saisi le sens des mots ci-dessus. Nous aurons « Izzah » et « Izzat ».
Le calomniateur (Al-Ta’an) : Celui qui attaque l’honneur des gens ou cherche constamment leurs défauts.
Le maudisseur (Al-La’an) : Celui qui insulte et souhaite le mal ou la malédiction sur autrui.
Le grossier (Al-Fahish) : Celui qui tient des propos obscènes, impudiques ou vulgaires.
Le vulgaire (Al-Badi) : Celui qui utilise un langage cru, insultant et sans pudeur au quotidien.
Par PROF. KHALIL ELAHEE
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