Wednesday , 15 July 2026

Cannabis : réforme légale, interdit religieux

Dans le cadre des débats autour de la réforme à venir sur le cannabis, communément appelé gandia, enclenchés par la National Agency for Drug Control (NADC), ce dossier met en lumière une constante forte : aucun des intervenants sollicités ne plaide pour la légalisation récréative.

Le débat ne se situe donc pas entre partisans et adversaires d’un marché légal du cannabis, mais entre plusieurs degrés de refus ou d’ouverture. Les travailleurs sociaux engagés dans la réhabilitation comme Imran Dhannoo et Ally Lazer, défendent une dépénalisation ou une décriminalisation encadrée des consommateurs, dans une logique de santé publique, d’accompagnement et de distinction entre usagers et trafiquants. Sam Lauthan, lui, limite cette approche aux seuls first offenders, afin d’éviter qu’un premier faux pas ne débouche automatiquement sur la prison.

À l’inverse, plusieurs voix religieuses et communautaires — Dr Hussein Pirbhai, Muhammad Fadil Nubeebokus, le Sunniy ‘Ulamâ & Aïmmah Council et le Muslim Citizen Council — rejettent à la fois la dépénalisation et la légalisation, au nom d’une ligne morale et religieuse claire : le cannabis demeure un intoxicant et, à ce titre, reste haram.

Entre réforme pénale, santé publique, prévention, encadrement familial et interdit religieux, le dossier révèle ainsi une société prudente, inquiète et profondément consciente des risques d’une banalisation du cannabis.

Ally Lazer : « Dépénaliser les consommateurs, frapper les trafiquants »

Travailleur social engagé depuis quatre décennies contre le trafic de drogue, Ally Laser défend une position claire : il est favorable à la dépénalisation, non seulement du cannabis, mais de toutes les drogues. Mais il refuse toute banalisation. Pour lui, le consommateur doit être accompagné, tandis que les trafiquants et planteurs doivent être sévèrement sanctionnés. « Bann trafiquants et bann planteurs de gandia, zot place bizin dan prison », affirme-t-il.

Des consultations nécessaires

Ally Laser juge positives les consultations autour du cannabis. « C’est une bonne chose d’avoir l’opinion de toutes les personnes », dit-il. Il précise respecter la position du comité de la NADC, mais demande que son avis soit aussi entendu : « Je respecte leur opinion, mais ils doivent aussi respecter la mienne. » Fort de son expérience dans la prévention, il rappelle que cigarette, alcool, cannabis, héroïne et autres substances sont toutes considérées comme des drogues. Même s’il reconnaît que « le gandia est moins nocif que la cocaïne et l’héroïne », il insiste : cela reste une drogue, avec des conséquences possibles sur la santé et la société.

Le consommateur n’est pas un criminel

Sur la dépénalisation, Ally Lazer est sans ambiguïté. « Je suis en faveur de la dépénalisation de toutes les drogues, pas seulement du cannabis », affirme-t-il.

Son raisonnement repose sur une distinction centrale : le consommateur ne doit pas être traité comme un criminel. « Parski enn consommateur ladrog, so place pa dan prison », dit-il. Sa place, selon lui, est dans un dispositif de réhabilitation, d’accompagnement et de réinsertion.

Les trafiquants dans le viseur

Ally Lazer réclame une répression ferme contre ceux qui organisent et profitent du marché de la drogue. « Bann trafiquants et bann planteurs de gandia ki zot place bizin dans prison », martèle-t-il.

Il utilise une formule dure pour qualifier ces réseaux : « Zot pe enrichi lor cadavre bann consommateurs. » Pour lui, la vraie cible de l’État doit donc être là : non pas les usagers fragilisés, mais ceux qui alimentent, structurent et rentabilisent le trafic.

Ne pas banaliser le cannabis

Ally Lazer prévient aussi contre une confusion : dépénaliser ne veut pas dire banaliser. Même si certains présentent le cannabis comme moins nocif que d’autres substances, il refuse d’en faire un produit anodin. « Mem si dire gandia moin nocif ki tabac, pa bizin banalise li  », dit-il.

Il rappelle aussi que le cannabis est souvent consommé avec du tabac : « Nou tou koné ki bann consommateur gandia, kan prepare li, bizin ajoute li avek cigarette. »

La jeunesse d’abord

Pour Ally Lazer, la priorité reste la prévention, surtout auprès des jeunes. Il plaide pour des alternatives positives  : sport, encadrement, éducation et sensibilisation.

Sa formule résume son combat : « Mo prefer bann zen pratique sport, ki zot ale fume gandia. »

Au fond, sa position tient en une ligne : dépénaliser les consommateurs pour mieux les sauver, mais frapper les trafiquants pour tarir le poison à la source.

Sam Lauthan pour une dépénalisation limitée aux « first offenders »

Ancien ministre, ex-président de la NADC et travailleur social, Sam Lauthan défend une position prudente sur le cannabis. Il n’est pas pour une dépénalisation générale. Il plaide uniquement pour les first offenders, tout en appelant à une réflexion sérieuse avant toute décision nationale.

Éviter la prison au premier faux pas

Sam Lauthan rappelle qu’il avait déjà défendu cette approche, il y a plusieurs décennies. « Il y a 35 ans, lorsque j’étais ministre, j’avais lancé le projet de community service pour les first offenders au lieu de les envoyer en prison. »

L’idée était de responsabiliser sans briser une vie. Les contrevenants devaient effectuer des travaux communautaires « dans des homes et des centres pour personnes handicapées, afin de les sensibiliser ».
Sa position est claire : il ne soutient pas une dépénalisation large. « Mo en faverr depénalisation zis pou first offender », affirme-t-il.

Pour lui, il faut distinguer le premier contrevenant du récidiviste, du trafiquant ou du planteur. Le premier peut être recadré. Les autres doivent répondre devant la loi.

L’intoxicant reste un danger moral

Sam Lauthan ajoute une dimension religieuse à son analyse : « L’Islam dit que tout intoxicant est interdit », souligne-t-il.

Il cite aussi cette réflexion : « The intox clouds the mind, it blurs the vision and makes the intoxicated insensible to tears, it hardens the heart. »

Selon lui, cela décrit parfaitement la réalité des toxicomanes : la drogue ne détruit pas seulement le corps. Elle atteint aussi le jugement, la sensibilité et la conscience.

Regarder les erreurs des autres pays

L’ancien président de la NADC invite Maurice à ne pas copier aveuglément les modèles étrangers. « Ena boukou pays kote fine legalise cannabis azordi. Zot peu bizin re criminalise li », prévient-il.

Il dit disposer de documents sur ces expériences et se dit prêt à les partager avec la NADC avant toute décision.
Sam Lauthan appelle à une réflexion posée, loin des slogans. « La meilleure façon est de s’asseoir, la tête bien reposée, pour réfléchir correctement à la situation à Maurice », dit-il.

Il estime aussi qu’il ne faut pas « seulement se fier à ce que disent les experts ». La décision doit prendre en compte le terrain, les familles, les jeunes, les anciens toxicomanes et les réalités sociales du pays.

Dépénalisation vs légalisation : Me Yousuf Azaree clarifie la frontière

Me Yousuf Azaree rappelle d’abord une règle simple : à Maurice, le cannabis demeure une substance interdite, sauf exception médicale strictement encadrée. Il distingue ensuite deux notions fréquemment confondues : dépénaliser ne veut pas dire légaliser.

Selon Me Yousuf Azaree, le cadre juridique actuel est clair. La Dangerous Drugs Act interdit, en principe, toute activité liée au cannabis. Cela concerne la production, la fabrication, la culture, la possession, la consommation, la vente, la distribution, l’importation et l’exportation. En d’autres termes, qu’il s’agisse d’un usage personnel ou d’une activité commerciale, le cannabis reste prohibé par la loi mauricienne.

L’avocat précise toutefois qu’une ouverture existe dans un cadre très limité. L’article 28A de la Dangerous Drugs Act prévoit l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques, mais uniquement pour un patient reconnu comme authorised patient. Cela suppose une prescription médicale valide et une approbation du Medicinal Cannabis Therapeutics Committee.

Me Yousuf Azaree insiste ensuite sur une distinction essentielle. La dépénalisation ne signifie pas que le cannabis devient légal. Elle signifie que la possession ou la consommation de petites quantités pour usage personnel ne serait plus punie pénalement, ou ferait l’objet de sanctions fortement réduites. Mais le point central demeure : la substance reste illégale. Les autorités peuvent toujours intervenir, saisir le produit ou imposer des sanctions administratives.

La légalisation va, elle, beaucoup plus loin. Elle suppose une transformation complète du régime juridique. Dans ce cas, la production, la vente et la possession deviennent autorisées, mais dans un cadre réglementé. L’État fixe alors les règles  : licences, taxation, contrôle qualité, âge minimum, points de vente autorisés et autres mécanismes de surveillance. Le cannabis n’est plus une infraction en soi ; il devient un produit légalement encadré.

Imran Dhannoo: « Oui à une décriminalisation encadrée des consommateurs »

Éducateur spécialisé et responsable du centre de traitement Dr Idrice Goumany à Plaine-Verte, Imran Dhannoo plaide pour une réforme prudente du cadre entourant le cannabis. Il accueille les consultations engagées par la NADC, mais met en garde contre deux écueils : envoyer les consommateurs en prison et ouvrir un marché commercial du cannabis. Pour lui, la voie la plus responsable est celle d’une décriminalisation encadrée, centrée sur la santé publique, la prévention, l’accompagnement et la protection des jeunes.

Ne pas criminaliser les usagers

Imran Dhannoo accueille favorablement la démarche de la nouvelle agence NADC d’engager des consultations et des réflexions sur une politique nationale de réforme autour du cannabis. Mais il relève une limite importante  : « nous n’avons aucune idée jusqu’ici du TOR », c’est-à-dire du cadre de référence de cette consultation.

Son point de départ est clair : « Les personnes qui consomment des drogues illicites ne doivent pas être envoyées en prison. » Pour Imran Dhannoo, l’incarcération et la stigmatisation des usagers sont contre-productives. Elles ne règlent ni la dépendance, ni les problèmes sociaux, ni la circulation des substances. À l’inverse, elles peuvent aggraver la marginalisation et laisser intact le vrai problème : les réseaux de trafic.

Il estime donc qu’au regard du nombre croissant d’usagers, une stratégie de santé publique axée sur la décriminalisation, la prévention et l’accompagnement constitue « la voie la plus responsable ».

La légalisation commerciale : une fausse solution

Imran Dhannoo observe que la tentation de la légalisation gagne du terrain chez ceux qui pensent que le cannabis pourrait contribuer à réduire le problème des drogues synthétiques. Mais il est formel : « À ce jour, aucune étude scientifique solide ne démontre que la légalisation du cannabis réduit directement les problèmes liés aux drogues synthétiques. »

Pour lui, cet argument doit donc être manié avec prudence. Le cannabis ne peut pas être présenté comme une solution automatique à la crise des drogues synthétiques. Même si toutes les drogues ne doivent pas être mises dans le même panier, il rappelle que le cannabis demeure une drogue psychoactive, avec des conséquences sanitaires documentées.

Des chiffres qui appellent à la prudence

Imran Dhannoo cite plusieurs données pour montrer que Maurice fait déjà face à un défi sérieux. Selon les chiffres qu’il avance, 42% des délits liés à la drogue concernent le cannabis ; 2 318 arrestations pour simple possession ont été enregistrées en 2024 ; 59% des personnes arrêtées ont moins de 30 ans ; et 19,7% des jeunes déclarent un usage avant 18 ans.

Il évoque aussi une hausse des admissions en traitement pour troubles liés au cannabis, ainsi qu’une augmentation des admissions psychiatriques associées au cannabis.

Pour lui, ces chiffres ne décrivent pas un pays prêt à ouvrir un marché commercial. Ils décrivent plutôt un pays où les usages problématiques progressent, où les jeunes sont exposés précocement et où les services de santé mentale sont déjà sous pression.

Les leçons des pays qui ont légalisé

L’éducateur spécialisé rappelle que les pays ayant légalisé le cannabis à des fins commerciales, notamment le Canada, certains États américains et l’Uruguay, disposent de moyens importants en matière de régulation, de surveillance sanitaire et de contrôle du marché.

Malgré cela, souligne-t-il, ils font face à plusieurs difficultés : augmentation des produits à très forte teneur en THC, hausse des admissions psychiatriques et banalisation de l’usage chez les jeunes.

Son avertissement est direct  : si ces pays, pourtant mieux outillés, rencontrent de telles difficultés, Maurice pourrait être exposé à des risques encore plus élevés.

Imran Dhannoo estime que Maurice ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour encadrer un marché commercial du cannabis.

Il cite notamment l’absence de laboratoire national capable de contrôler systématiquement les taux de THC, le manque de ressources pour surveiller la publicité, les points de vente et les produits dérivés, des services de santé mentale déjà saturés, des capacités limitées de suivi épidémiologique, ainsi que le risque de capture du marché par des intérêts privés puissants.

Pour lui, légaliser commercialement dans ces conditions reviendrait à créer un marché avant même d’avoir les moyens de le contrôler.

Un modèle recommandé et plus réaliste

Selon Imran Dhannoo, dans les pays ayant décriminalisé le cannabis, les arrestations pour possession simple ont chuté de 70 % à 90 %. Il cite notamment le Portugal, où elles auraient diminué de plus de 90 % après la réforme de 2001.

Il estime que ce modèle est recommandé par l’OMS, l’UNODC, la Global Commission on Drug Policy et plusieurs institutions de santé publique.

Pour lui, les résultats observés sont clairs : pas d’augmentation de l’usage chez les jeunes, meilleur accès aux soins, réduction de la stigmatisation et réallocation des ressources policières vers le trafic et les réseaux criminels.

Des garde-fous indispensables

Imran Dhannoo précise toutefois que la décriminalisation ne peut fonctionner sans mesures solides. Il évoque notamment un seuil légal clair pour l’usage personnel, des sanctions administratives proportionnées, des programmes éducatifs, une évaluation psychosociale obligatoire pour les mineurs, ainsi qu’un renforcement des services de santé mentale et d’addictologie.

Il plaide aussi pour un système national de surveillance portant sur la prévalence, les taux de THC, les admissions en traitement et les données judiciaires, ainsi qu’une campagne d’information fondée sur des données scientifiques. Le tout, selon lui, doit reposer sur une coordination entre santé, éducation, justice, police et ONG.

n conclusion, Imran Dhannoo estime que la réforme du cannabis à Maurice doit être guidée par la santé publique, non par les intérêts commerciaux.

Mais il ajoute un dernier avertissement : aucune réforme ne suffira si l’État ne s’attaque pas au trafic illicite. « Il est inconcevable, vu la taille de notre pays et notre population, qu’on n’arrive point à mettre un terme à ce trafic mortifère », dit-il, avant de poser cette question lourde de sens : « À qui profite le crime ? »

Dr Hussein B. Peerbaye : «Légaliser ou non, le cannabis restera haram»

Dans un sermon prononcé à la mosquée Bait-ul-Noor, à Vallée-des-Prêtres, le Dr Hussein Peerbaye a abordé frontalement l’éventualité d’une légalisation du cannabis à Maurice. Son message est sans détour : même si la loi civile devait évoluer, la position religieuse, elle, ne change pas. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement juridique. Il est moral, familial, social, professionnel et sécuritaire. « Légaliser ou non, le cannabis restera haram », affirme-t-il.

Pas de banalisation

L’imam Dr Hussein Peerbaye part d’un constat : l’hypothèse d’une légalisation du cannabis n’est plus abstraite. « Tot ou tard cannabis pou legaliser dan Moris », dit-il. Mais il prévient aussitôt contre une confusion qu’il juge dangereuse  : ce qui devient légal aux yeux de l’État ne devient pas automatiquement acceptable aux yeux de la religion.

« Pe rode legaliser enn zafer ki haram et ki pou reste haram », insiste-t-il. Pour lui, la question centrale est donc claire : « Ki musulman so position ? » Autrement dit, comment un croyant doit-il se situer dans une société où une pratique interdite religieusement pourrait être autorisée civilement ?

« Nou bizin konn manœuvrer »

L’imam reconnaît aussi une réalité démographique et politique : les musulmans sont minoritaires à Maurice. « Nou en minorite dan Moris, nou pas kapav dir pa bizin legaliser », observe-t-il. Mais cette lucidité ne signifie pas résignation. Elle appelle, selon lui, à une stratégie de protection morale et familiale.

« Ou bizin konn manœuvrer  », dit-il. Et cette manœuvre commence par une ligne rouge  : « Bizin reste loin avec haram. »

Le sermon insiste particulièrement sur la responsabilité des parents. Dans une société où les repères peuvent se brouiller, l’encadrement familial devient essentiel. « Role de bann parents pou bien encadrer zot bann zenfans avec l’Islam », souligne l’imam. Il rappelle que, même dans des environnements où la drogue existait déjà, les familles savaient poser des limites : « Kan nou ti zenfan nou fine vire dans enn l’environnement akot ena la drogue, nou bann parents ti montrer nou bann limite ki bizin pa fransi. »

Familles, écoles, entreprises…

Pour le Dr Peerbaye, une éventuelle légalisation ne resterait pas confinée à la sphère privée. Elle aurait des effets concrets dans les lieux de travail, les écoles et les familles.

Il met en garde : « Ou travayer pou vinn avek so cannabis dan travay et ou pa pou kapav fer li narien. » Même logique, selon lui, dans le cadre familial ou scolaire : « Dan lekol et au sein ban fami, meme chose. Si ou fer pression lor zenfan li capav ale met case contre ou lapolice. »

Le problème, dit-il, n’est donc pas seulement de savoir si l’État légalise ou non. « Problem-la li pa legalisation, mé kouma enn musulman bizin deal avek sa. »

L’argument du « mal nécessaire »

L’imam s’attaque ensuite à l’un des arguments souvent avancés par les partisans d’un assouplissement : la légalisation serait un « mal nécessaire ». Il rejette cette logique.

« Où est la logique ? » demande-t-il. Puis il illustre son propos : « Si enn dimoun pe ale fer enn gro gaf, ou pou dissuade li par dir li ale fer enn ti gaf ? » Et de poursuivre : « Veut dire pa faire crime, mais faire agresser  ? »
Pour lui, on ne combat pas un mal en en normalisant un autre. L’argument du moindre mal lui paraît donc insuffisant, voire dangereux.

Cannabis vs Synthétique

Autre argument critiqué : légaliser le cannabis permettrait d’éviter que les jeunes se tournent vers des produits chimiques ou synthétiques plus dangereux. Là encore, le Dr Hussein Peerbaye n’est pas convaincu.

« Li pa enn argument prouvé. Oken recherche pa fin ariv a sa conclusion la. C’est enn supposition », affirme-t-il.

Il soutient même que, dans de nombreux parcours de dépendance, la progression se fait souvent du « light » vers le « hard ». « Bann toxicomanes dir ki pli souvent commence par light et ale ver hard. Car dose bizin kontinye monter. Bien souvan, li koumans par cigarette, ensuite cannabis, et ale ziska hard drug. »

Santé mentale, business, cartel

L’imam met aussi en garde contre une banalisation du cannabis auprès des jeunes. « Pe fer bann zen croire ki gandia pa fer ditor. Or, c’est le kontrer », dit-il. Il évoque notamment l’impact sur la santé mentale : « Selon banne etudes li impacter lors la sante mentale. » Mais son inquiétude ne s’arrête pas à la santé. Il voit également derrière la légalisation possible l’ouverture d’un marché lucratif. « Au bout du compte, legalisation cannabis pou ouvert enn big business, enn cartel, enn marche », affirme-t-il.

Il évoque alors les intérêts économiques qui pourraient émerger : « Contrat plantation, distribution, commission a gagner. » En d’autres termes, la légalisation ne serait pas seulement une réforme sociale ou sanitaire. Elle pourrait aussi devenir une nouvelle économie, avec ses acteurs, ses réseaux et ses profits.

Le Muslim Citizen Council dit non à toute normalisation

Le Muslim Citizen Council (MCC) prend une position ferme contre toute ouverture autour du cannabis. Dans son mémorandum, le MCC rejette clairement trois options : « The decriminalisation of cannabis », « The legalisation of recreational cannabis » et « The normalisation of intoxicating substances in society ».

Pour l’organisation, Maurice fait déjà face à une grave crise de drogues synthétiques ; légaliser ou dépénaliser le cannabis risquerait d’affaiblir davantage les familles, les jeunes et les repères sociaux.

Une opposition nette

Le MCC estime que le débat sur le cannabis ne peut pas être réduit à des arguments économiques ou de modernité. Selon l’organisation, la protection de la jeunesse, de la santé publique, de la stabilité familiale, des valeurs morales et de la cohésion sociale doit passer avant toute considération financière.

Le principal danger, selon le MCC, est la normalisation d’une culture de la drogue. L’organisation craint que la dépénalisation n’encourage l’expérimentation chez les jeunes, l’addiction, la conduite sous influence, les accidents au travail, les troubles psychiatriques et la dépendance sociale.

Cannabis, santé et société

Le MCC rappelle que le cannabis peut affecter le développement du cerveau, la mémoire, la concentration, la motivation, les capacités cognitives, la santé mentale et la stabilité émotionnelle. « Les jeunes sont considérés comme particulièrement vulnérables, car leur cerveau continue de se développer jusqu’au début de l’âge adulte.  »

Le MCC reconnaît qu’une distinction existe, dans certains pays, entre cannabis récréatif et traitements médicaux à base de cannabis. Mais il insiste : l’usage médical ne peut être envisagé que dans des cas strictement encadrés, sous supervision médicale, avec preuve scientifique, absence d’alternative plus sûre et garanties contre les abus. Il ne doit surtout pas devenir une porte d’entrée vers la légalisation récréative.

Le MCC appelle plutôt à renforcer la prévention, l’éducation antidrogue, la réhabilitation, le traitement, la réinsertion sociale, la lutte contre la corruption et l’engagement des familles, des ONG, des éducateurs et des institutions religieuses. Sa conclusion est sans détour  : soutenir les personnes dépendantes, oui ; normaliser, dépénaliser ou légaliser le cannabis récréatif, non.

Imam Fadil Nubeebokus : «Ni dépénalisation, ni légalisation»

Alors que les consultations autour du cannabis relancent le débat, Muhammad Fadil Nubeebokus, imam à la Hannafy Deen-E-Muhammadi Masjid de Montagne-Blanche, adopte une position catégorique. Pour lui, la question ne relève pas seulement de la loi ou de la santé publique, mais d’abord de la religion. « Li haram, li pou reste haram », affirme-t-il, en rejetant à la fois la dépénalisation et la légalisation.

L’imam ne considère pas les consultations autour du cannabis comme une bonne démarche. Son avis est sans détour : « Li pas ene bon initiative, peu importe situation, parski dan Islam li interdit, li haram, li pou reste haram. »

Une ligne rouge religieuse

Pour lui, il n’est pas possible de présenter le cannabis comme une solution, un moindre mal ou une alternative sociale. « Pas kapav servi sa islamiquement, li haram. Pas kapav servi li comme bouclier ou ene alternative, parski deza li classé dans catégorie intoxicant  », dit-il.

Sur la dépénalisation, imam Fadil Nubeebokus est tout aussi ferme. Il y est opposé, estimant que cela risquerait d’envoyer un mauvais signal, notamment aux jeunes.

Sa position tient en une formule : ni dépénalisation, ni légalisation. Le cadre légal peut évoluer, mais, selon lui, le cadre religieux ne change pas. Le cannabis reste un intoxicant et ne peut être normalisé sous prétexte de pragmatisme ou de gestion des risques.

Pour l’imam, la vraie réponse doit venir de la prévention. « Depi la base, bizin conscientise bann zanfan », insiste-t-il.

Il estime que le combat contre la drogue commence dans la famille, à l’école, dans les mosquées et dans l’éducation quotidienne. Avant de parler de loi, il faut, selon lui, renforcer les repères moraux des enfants.

La cigarette comme première dérive

L’imam met particulièrement en garde contre la banalisation du tabac. « Tout commence souvent par une cigarette », affirme-t-il.

Il déplore certains comportements parentaux  : « Li vraimen chagrinant pou trouve bann papa avoye zot zanfan la boutik pou aste cigarette. Ene jour li pou essaye cigarette la li si. Tou koumence par ene cigarette. »

Pour lui, la lutte contre le cannabis ne peut donc pas être séparée de la lutte contre la cigarette. « Tou seki finen tom dans ladrog finn koumence par ene premye cigarette », soutient-il.

Garder l’espoir pour ceux qui sont tombés

Son discours reste ferme, mais il n’exclut pas l’accompagnement. Pour ceux qui sont déjà pris dans la drogue, il appelle à ne pas désespérer.

« Bann ki deza vine victime de la drogue, seul Allah kapav donne zot Hidayat pour zot sorti ladan, et bizin garde l’espoir », dit-il. Il rappelle que plusieurs personnes ont réussi à s’en sortir et à reconstruire leur vie.

Au final, imam Fadil Nubeebokus ramène le débat à une ligne simple : la société peut consulter, l’État peut légiférer, mais le croyant doit garder ses repères. Pour lui, les mots ne changent pas la nature du produit. Qu’on parle de dépénalisation ou de légalisation, le fond demeure : « Li haram, li pou reste haram. »

Le Sunniy ‘Ulamâ & Aïmmah Council dit non à la dépénalisation

À travers le maulana Shamim Khodadin, le Sunniy ‘Ulamâ & Aïmmah Council (SUAC) rejette la dépénalisation du cannabis. Son argument central est net : lorsqu’il est utilisé pour provoquer la « soulaison », le gandia reste une drogue. « Et en Islam, toute substance intoxicante est interdite. » Pour le Conseil, on ne peut pas combattre un mal par un autre mal.

Un produit de moins en moins tabou

Le SUAC rappelle que le cannabis a toujours été perçu comme « une mauvaise chose » dans la société mauricienne. Les anciens mettaient les enfants en garde et les familles savaient qu’il fallait « res loin avek sa ».

Mais la situation a évolué. Le cannabis est devenu plus accessible. Il n’est plus seulement question d’importation, mais aussi de plantations « à la maison », dans des champs abandonnés ou même dans les forêts. Le gandia, constate le Conseil, « nepli ene sujet tabou dans la societe ».

Des dégâts dans les familles

Pour le SUAC, cette évolution ne rend pas le cannabis acceptable. Il demeure « ene mal dan la societe », avec des conséquences concrètes : ménages brisés, disputes dans les couples, tensions familiales et parfois des actes irréparables.

Même si certains le présentent comme moins dangereux que d’autres drogues, le SUAC insiste : il produit toujours un effet de « soulaison ». « En d’autres mots, li reste ene ladrog. »

La plante n’est pas le problème, l’usage oui

Le Conseil introduit une nuance importante. La plante, en elle-même, n’est pas désignée comme mauvaise. Le problème vient de l’usage détourné qu’en fait l’être humain. « Plante-la en li-mem li pa ene mal car li ene plante natirel. Mé nou humain nou finn derive banne usage inapproprié de sa plante la et finn servi sa pour gagne soulaison. » C’est donc l’usage intoxicant du cannabis qui est condamné.

Sur le plan islamique, la position est sans ambiguïté. L’Islam s’oppose à tout ce qui provoque la « soulaison », que ce soit l’alcool ou la drogue, sous n’importe quelle forme. « Le cannabis, dan so forme ki servi li pou donne soulaison, li Haraam/interdit dans l’Islam », affirme le SUAC.

Le médical, un autre débat

Le Conseil reconnaît toutefois qu’un usage médical de la plante peut faire l’objet d’une réflexion distincte, à condition qu’il ne s’agisse pas d’une forme destinée à provoquer la « soulaison ». Mais cela, précise le SUAC, demande « ene étude approfondie » afin de comprendre réellement les éventuels bienfaits médicinaux.

Le cœur du refus porte sur la dépénalisation. Le Conseil rejette l’argument selon lequel le cannabis pourrait aider à réduire l’usage des drogues synthétiques. « La drogue synthétique li ene mal et le cannabis aussi c’est ene mal », souligne le texte.

La conclusion logique est directe : « Nous pas capave servi ene kitchose ki pa bon pou élimine ene l’autre kitchose qui pa bon. »

Position ferme

Le Conseil estime qu’il n’existe aucune garantie que la dépénalisation du cannabis fera baisser la consommation de drogues synthétiques. Au contraire, il craint une double consommation : ceux qui sont déjà accros aux synthétiques pourraient aussi consommer du cannabis.

Pour le Sunniy ‘Ulamâ & Aïmmah Council, le débat ne doit pas être brouillé par les mots. Si le cannabis est utilisé pour la « soulaison », il reste une drogue. Et si c’est une drogue intoxicante, elle reste interdite.

D’où cette position finale : « Nou pa en faverr depenalisation cannabis. »

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