À l’occasion de l’Eid-ul-Adha, alors que de nombreuses familles mauriciennes célèbrent la fête dans le partage et la prière, d’autres vivent cette journée dans un rythme effréné.
C’est le cas de Hussein Khodabux, 45 ans, habitant de Plaine-Verte et boucher de Qurbani de troisième génération, pour qui l’Eid ressemble davantage à un marathon qu’à un jour de repos. Depuis son enfance, Hussein baigne dans ce métier transmis de père en fils. Très jeune, il accompagnait déjà son père au Marché central avant de reprendre le flambeau à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui encore, il perpétue ce savoir-faire familial avec fierté et dévouement.
Pour lui, la journée commence juste après la prière de l’Eid. Dès les premières heures du matin, les appels se multiplient et les demandes affluent. Avec son équipe, il enchaîne les déplacements de maison en maison, parfois sur des sites où plusieurs familles se regroupent pour effectuer leur qurbani. Pendant trois jours, le rythme reste intense afin de répondre à la forte demande.
Une responsabilité
Mais au-delà de la fatigue physique, Hussein insiste sur la responsabilité que représente ce travail. Selon lui, être boucher de Qurbani ne consiste pas simplement à manier un couteau. Il faut de l’expérience, de la maîtrise et du sang-froid pour accomplir le sacrifice correctement et en toute sécurité. « Sa, li ene gran responsabilite. Bizin passe kouto vit ek fer li bien. Kan mal fer zaba, bef lever ek li kapav vinn enn danze si ou pa koner ki ou pe fer », dit-il.
Il se dit également préoccupé par la présence de personnes non qualifiées qui s’improvisent bouchers durant cette période. Pour Hussein, cela représente un danger, autant sur le plan sécuritaire que religieux, car le sacrifice doit respecter des règles précises.
Une fois l’abattage terminé, une autre étape importante commence : la découpe et le partage équitable de la viande. Là encore, Hussein veille à ce que chaque famille reçoive une part juste. « Sa 7 par la, bizin fer li ekitab. Kan fer part, tou dimoun bizin gagne parey. Pa kapav ena gagne plus, lezot gagne moins. Sa ousi dimoun kont lor nou pou fer travay la bien », explique-t-il. Ce souci d’équité fait partie intégrante de son travail et de la confiance que les familles placent en lui.
Pour la communauté
Sous le soleil, entre les carcasses, les couteaux et les appels incessants, les pauses sont rares. Pourtant, malgré la pression et l’épuisement, Hussein continue avec sérieux et respect. Il considère son métier comme un service rendu à la communauté pendant une période importante de l’année.
Ce n’est qu’en fin de journée qu’il retrouve enfin un peu de calme auprès de sa famille, avant de reprendre le lendemain pour une nouvelle journée chargée. Derrière les festivités de l’Eid-ul-Adha, des hommes comme Hussein travaillent dans l’ombre pour permettre aux familles d’accomplir ce rite dans les meilleures conditions.
Malgré les difficultés, Hussein reste profondément attaché à ce métier hérité de ses anciens. Et il espère qu’un jour, les générations suivantes poursuivront elles aussi cette tradition familiale. « Mo’nn grandi ladan. Azordi mo pe kontinye. Dimé, si Allah oulé, lezot apré nou pou kontinye parey », conclut-il.
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