Monday , 25 May 2026

Hébergement « exécrable » à Aziziyah : Rs 124 000 facturées par N.K. Taher

Lundi 18 mai. Coup de tonnerre à Aziziyah, à Makkah. Une cinquantaine de pèlerins mauriciens du groupe N.K. Taher découvrent leur lieu d’hébergement et refusent d’y rester, choqués par l’état des chambres. Leur colère est d’autant plus vive qu’ils affirment avoir payé une somme importante pour cette accommodation, que certains qualifient d’« exécrable ». Comment un tel logement a-t-il pu être proposé à des hadjees à quelques jours du Hadj  ? STAR a remonté la piste de la facturation et s’interroge sur l’écart entre le prix payé et la qualité réelle de la prestation.

Rs 8 857 la nuit à Aziziyah, la facture qui embarrasse

Rs 124 000 pour Aziziyah. C’est la ligne qui retient l’attention dans le contrat signé entre l’opérateur N.K. Taher Co Ltd et un pèlerin mauricien pour le Hadj 2026. Le montant couvre l’hébergement à Qawafil Global, situé à Abu Bakr Al Seddiq, à Aziziyah, ainsi que la nourriture pour 14 jours. Rapporté à la durée du séjour, cela représente environ Rs 8 857 par nuit.

Ce chiffre prend tout son poids dans le contexte de la contestation exprimée par une cinquantaine de Hadjees du même groupe. À leur arrivée à Aziziyah, lundi 18 mai, ces pèlerins ont refusé d’intégrer leur lieu d’hébergement, estimant que l’état des chambres ne correspondait pas à ce qu’ils étaient en droit d’attendre. Certains ont qualifié l’accommodation d’« exécrable ». Le lendemain, ils ont été relogés.

Le contrat ne permet pas, à lui seul, de conclure à une irrégularité. Mais il permet de poser une question claire : comment apprécier un tarif de près de Rs 8 857 la nuit pour un hébergement situé à Aziziyah, alors que des pèlerins en contestent la qualité dès leur arrivée ?

Trois lieux, trois réalités différentes

Le contrat mentionne trois hébergements distincts.

À Makkah, les pèlerins devaient être logés au Pullman Zamzam, avec pour adresse Clock Tower. Le séjour indiqué va du 6 mai au 12 mai 2026, soit six jours. Le montant facturé pour cette partie est de Rs 55 000, nourriture incluse.

À Madinah, le document indique Abraaj Taba, situé à Badayah. Le séjour prévu va du 12 mai au 17 mai 2026, soit cinq jours. Le montant facturé est de Rs 46 000, là encore avec nourriture incluse.

À Aziziyah, le contrat mentionne Qawafil Global, situé dans la zone Abu Bakr Al Seddiq. Le séjour va du 17 mai au 3 juin 2026, soit quatorze jours. Le montant facturé est de Rs 124 000, nourriture incluse.

La comparaison doit donc être faite avec prudence. Il ne s’agit pas seulement de trois lignes comptables. Il s’agit de trois lieux différents, avec des niveaux de proximité différents, des standards apparents différents et une perception très différente pour les pèlerins.

Le vrai comparatif : le prix par nuit

La comparaison globale peut donner une première indication. Mais elle est incomplète. Aziziyah coûte plus cher en montant total parce que le séjour y est plus long. La lecture la plus juste est donc celle du prix par nuit.

À Makkah, les Rs 55 000 pour six jours au Pullman Zamzam reviennent à environ Rs 9 167 par nuit.

À Madinah, les Rs 46 000 pour cinq jours à Abraaj Taba reviennent à environ Rs 9 200 par nuit.

À Aziziyah, les Rs 124 000 pour quatorze jours à Qawafil Global reviennent à environ Rs 8 857 par nuit.

Sur le papier, Aziziyah est donc légèrement moins cher par nuit que Makkah et Madinah. Mais cette différence reste faible. Elle devient surtout sensible lorsqu’on tient compte de la localisation et de la nature de l’hébergement.

Pullman Zamzam, au cœur de Makkah

Le contrat situe le Pullman Zamzam à Clock Tower, à Makkah. Cette précision est importante. La Clock Tower est l’un des secteurs les plus recherchés par les pèlerins, en raison de sa proximité directe avec Masjid Al-Haram, le lieu sacré autour de la Kaaba.

Dans l’esprit d’un Hadjee, cette proximité a une valeur. Elle réduit les déplacements. Elle facilite l’accès aux prières. Elle limite la fatigue, surtout pour les personnes âgées. Elle permet aussi une meilleure organisation du séjour dans une période où la foule, la chaleur et les contraintes logistiques pèsent lourdement.

C’est dans ce contexte que le tarif de Rs 9 167 par nuit pour Makkah doit être lu. Il concerne un hôtel identifié dans le contrat comme étant situé à la Clock Tower, donc dans une zone centrale et hautement stratégique pour les pèlerins.

Aziziyah : une zone plus éloignée du Haram

La situation est différente pour Aziziyah. Le contrat ne parle pas d’un hôtel dans la zone centrale de Makkah. Il mentionne Qawafil Global, situé à Abu Bakr Al Seddiq, à Aziziyah.

Aziziyah n’est pas la Clock Tower. Ce n’est pas le voisinage immédiat du Haram. C’est une zone beaucoup plus éloignée du lieu sacré. Pour les pèlerins, cette distance change tout : accès au Haram, temps de trajet, dépendance aux transports, fatigue supplémentaire et contraintes d’organisation.

C’est précisément ce contraste qui donne de l’importance à la facture. Lorsque l’on paie environ Rs 8 857 par nuit à Aziziyah, la question n’est pas seulement de savoir si ce tarif est inférieur de quelques centaines de roupies à celui de Makkah. La question est de savoir si le prix reste cohérent avec la localisation, le type de bâtiment et la qualité réelle de la prestation.

Une différence de prix faible, une différence de valeur importante

La différence entre Makkah et Aziziyah est d’environ Rs 310 par nuit seulement : Rs 9 167 pour Makkah contre Rs 8 857 pour Aziziyah.

Autrement dit, selon le contrat, une nuit à Aziziyah revient presque au même prix qu’une nuit au Pullman Zamzam à la Clock Tower.

C’est ce point qui mérite attention.

D’un côté, un hébergement à Makkah, dans la Clock Tower, à proximité immédiate du Haram. De l’autre, un hébergement à Aziziyah, dans la zone Abu Bakr Al Seddiq, donc beaucoup plus éloigné du lieu sacré. Et entre les deux, un écart tarifaire relativement limité.

Cette comparaison ne permet pas de conclure que le prix d’Aziziyah est injustifié. Mais elle permet de comprendre pourquoi les pèlerins s’interrogent, surtout après avoir contesté l’état du bâtiment à leur arrivée.

Le cœur du dossier: prix, distance et qualité

Le débat ne peut donc pas être réduit à une simple addition. Il repose sur trois éléments.

D’abord, le prix : Rs 124 000 pour quatorze jours à Aziziyah, soit environ Rs 8 857 par nuit.

Ensuite, la distance : Aziziyah est beaucoup plus éloigné du Haram que la Clock Tower, où se trouve l’hôtel Pullman Zamzam mentionné pour la partie Makkah.

Enfin, la qualité : le bâtiment Qawafil Global a été contesté par des pèlerins dès leur arrivée, au point qu’une cinquantaine d’entre eux ont refusé d’intégrer les chambres.

Pris séparément, chacun de ces éléments appelle une explication. Pris ensemble, ils donnent au dossier sa portée.

Témoignage des pèlerins : « Nous nous sentons trahis »

«Nous nous sentons trahis. » Cette phrase revient en leitmotiv dans les témoignages des membres du groupe N.K. Taher, recueillis par STAR.

Ces pèlerins affirment avoir payé un prix élevé pour une prestation qui, selon eux, ne correspond pas au niveau attendu. Leur colère s’exprime surtout autour d’un point précis : le montant facturé pour Aziziyah, comparé au type d’hébergement reçu et à l’expérience vécue sur place.

Pour ces pèlerins qui ont contacté STAR, la question touche directement à la qualité du service. « Nous ne contestons pas seulement le prix. Nous contestons ce que nous avons reçu pour ce prix », affirme l’un d’eux.
Un autre pèlerin résume le sentiment général ainsi : « Nous avons payé pour être logés correctement, pas pour être envoyés dans un endroit que nous considérons comme zéro étoile. »

Plusieurs utilisent les mêmes mots pour décrire leur déception : « exécrable  », « déplorable », « indigne », « très loin de ce que nous attendions  ».

L’un d’eux insiste : « Quand on paie une telle somme pour Aziziyah, on s’attend au minimum à des chambres propres, des toilettes correctes, une climatisation qui fonctionne et une organisation sérieuse. Ce que nous avons vu ne correspondait pas, selon nous, au prix payé. »

« Un traitement royal, pas du luxe inutile »

Plusieurs Hadjees reviennent sur une expression  : « traitement royal ». Ils expliquent qu’ils ne parlent pas de luxe excessif, mais d’un minimum de dignité à la hauteur du prix payé.

« À ce niveau de prix, nous ne nous attendions pas seulement à un lit et à quatre murs. Quand une nuit à Aziziyah est presque au même niveau qu’une nuit au Pullman Zamzam, dans la Clock Tower, nous étions en droit d’attendre un traitement royal », déclare un pèlerin.

Il précise : « Pour nous, un traitement royal ne veut pas dire du luxe inutile. Cela veut dire des chambres propres, des sanitaires décents, une climatisation fonctionnelle, une nourriture servie correctement, un service organisé et une vraie considération pour des pèlerins venus accomplir le Hadj. »

Un autre ajoute : « Nous avons fait ce voyage avec beaucoup de sacrifices. Beaucoup ont économisé pendant longtemps. À ce prix, nous voulions simplement être traités avec respect. »

« Coupés de Makkah Shareef »

Au-delà du bâtiment lui-même, plusieurs de nos compatriotes critiquent aussi le système consistant à quitter Makkah pour s’installer à Aziziyah quelques jours avant le Hadj.

Pour eux, cette étape est difficile à vivre. Elle n’est pas seulement logistique. Elle est aussi spirituelle et émotionnelle. « Quand nous sommes venus à Aziziyah, nous avons eu le sentiment d’être coupés de Makkah Shareef », déclarent des pèlerins.

Un autre poursuit : « Nous avons fait beaucoup de sacrifices pour venir jusqu’à Makkah. Rester à Aziziyah pendant plusieurs jours avant le Hadj est très difficile. C’est un système qu’il faut revoir. »

Selon eux, ce transfert éloigne les pèlerins du Haram Shareef à un moment où beaucoup souhaitent intensifier leur préparation spirituelle et récolter le maximum de « sawaab ».

« Les derniers jours avant Mina et Arafah sont importants. On veut rester proche du Haram, prier, se concentrer. Être déplacés à Aziziyah dans ces conditions nous a affectés », explique un Hadjee.

Une colère contenue à l’approche des rites

Malgré leur déception, les Hadjees disent vouloir préserver leur concentration spirituelle à l’approche des moments les plus importants du Hadj.

« Nous sommes venus pour le Hadj. Nous ne voulons pas que cette affaire détruise notre ibadah », confie l’un d’eux.

Un autre ajoute : « Nous sommes blessés, mais nous devons maintenant nous préparer pour Mina et Arafah. Le Hadj reste notre priorité. »

À ce stade, les pèlerins mauriciens sont installés à Aziziyah et se préparent à accomplir les rites. Ce lundi matin, 25 mai, après Fajr, les Hujjaj commenceront à se rendre vers Mina, où ils passeront la nuit. Mardi marquera le jour d’Arafah, moment central du Hadj.

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