Après de longues années d’attente, le rêve du Hadj est enfin devenu destin pour plusieurs pèlerins mauriciens. Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus, Shameem Lowtun et son épouse Shaheen Banu Lowtun racontent, depuis les lieux saints de l’Islam, une expérience qui dépasse le simple voyage religieux pour devenir un profond cheminement intérieur. Entre patience, émotion, gratitude, fraternité universelle et remise en question, leurs témoignages traduisent la force spirituelle du cinquième pilier de l’Islam. Marqués par les moments intenses vécus à Arafat et à Mina, mais aussi par l’unité de millions de pèlerins réunis pour un même objectif, ils repartent avec la conviction que le Hadj transforme une vie. Et que le véritable défi commence désormais : préserver, au retour à Maurice, les valeurs, la discipline et la sincérité acquises durant cette invitation divine.
Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus : «Il faut le vivre pour comprendre»
Pour Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus, le 10 mai 2026 restera gravé à jamais dans sa mémoire. Ce jour-là, cet habitant de Quatre-Bornes âgé de 38 ans a quitté Maurice pour entreprendre le voyage le plus important de sa vie : accomplir le Hadj, le cinquième pilier de l’Islam.
Derrière ce départ se cache une longue histoire faite de patience, d’espoir et de résilience. Plus d’une décennie s’est écoulée entre son inscription et le moment où il a finalement reçu l’appel tant attendu pour rejoindre les lieux saints de l’islam.
Aujourd’hui, depuis La Mecque, il peine encore à trouver les mots justes pour décrire ce qu’il ressent. « Il faut vivre cette expérience pour comprendre cette émotion. Les mots ne suffisent pas pour exprimer ce que nous ressentons ici », confie-t-il avec une profonde émotion.
Travailleur indépendant et célibataire, Mohammad Nadeemuddin se souvient parfaitement des circonstances dans lesquelles il s’était inscrit pour le Hadj il y a plus de dix ans. À cette époque, sa vie était bien différente. Marié, il avait entrepris les démarches avec son épouse, espérant pouvoir accomplir ce voyage spirituel ensemble. Mais le temps a passé.
Les années se sont succédé sans qu’aucune place ne se libère. Entre-temps, sa vie personnelle a connu de nombreux changements et son mariage a pris fin. Malgré ces épreuves, il n’a jamais abandonné l’espoir de voir un jour son rêve devenir réalité.
« Parfois, nous faisons des projets, mais Allah a déjà écrit un autre destin pour nous. J’ai appris à patienter et à accepter les choses telles qu’elles viennent. Aujourd’hui, je comprends que tout est arrivé au moment qu’Allah avait choisi pour moi », explique-t-il.
Fraternité marquante
Une fois arrivé en Arabie saoudite, toutes les années d’attente se sont effacées devant l’immensité de l’expérience qu’il était en train de vivre. Le pèlerin mauricien affirme avoir été particulièrement marqué par l’atmosphère unique qui règne durant le Hadj. La fraternité entre les millions de fidèles venus du monde entier, les prières collectives et le sentiment d’unité ont profondément touché son cœur.
« On rencontre des musulmans de tous les pays, de toutes les couleurs et de toutes les langues. Pourtant, nous sommes tous là pour le même objectif. C’est quelque chose de très fort et de très difficile à décrire. »
Mohammad Nadeemuddin se dit également très satisfait des conditions dans lesquelles son pèlerinage s’est déroulé. Il tient à saluer le travail accompli par les organisateurs qui ont accompagné les pèlerins mauriciens.
« Je suis très satisfait des services qui nous ont été offerts. Que ce soit au niveau de l’hôtel, des hébergements, des déplacements ou de la nourriture, tout s’est très bien passé. Franchement, je n’ai rien à reprocher. »
Moments mémorables
Grâce à cette organisation et, surtout, à la volonté d’Allah, il estime avoir pu accomplir sereinement tous les rites du Hadj. « Alhamdulillah, mon Hadj s’est très bien déroulé. J’ai pu accomplir toutes les étapes importantes dans de bonnes conditions. Je remercie Allah pour cette immense faveur. »
Parmi les nombreux moments vécus durant ce voyage exceptionnel, certains resteront à jamais gravés dans sa mémoire. Il cite notamment les journées passées à Arafat et à Mina, considérées comme les moments les plus intenses du pèlerinage.
« Arafat est un endroit qui vous marque profondément. On ressent une émotion difficile à expliquer. On pense à sa vie, à ses erreurs, à ses proches et à tout ce qu’Allah nous a accordé. Ce sont des instants qui changent une personne. »
Pour lui, le Hadj représente bien plus qu’un simple voyage religieux. C’est une occasion unique de se rapprocher davantage de son Créateur, de faire son introspection et de repartir avec un regard nouveau sur la vie.
Un voyage unique
Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à rentrer à Maurice, Mohammad Nadeemuddin repart avec des souvenirs précieux, mais aussi avec la conviction que cette expérience continuera à l’accompagner longtemps.
« C’est une immense joie d’avoir pu vivre cela. Je remercie Allah de m’avoir accordé cette opportunité après tant d’années d’attente. »
Son souhait désormais est que d’autres musulmans puissent également recevoir cette invitation divine. « Incha Allah, je souhaite que tous les frères et sœurs musulmans qui rêvent d’accomplir le Hadj puissent un jour vivre cette expérience. C’est un voyage qui transforme une vie et qui laisse des souvenirs pour toujours. »
Après plus de dix ans de patience, le rêve de Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus est devenu réalité. Une récompense qui, à ses yeux, valait largement toute cette attente.
Shameem et Shaheen Lowtun : «Le plus grand voyage de notre vie»
Pour Shameem Lowtun et son épouse Shaheen Banu Lowtun, un rêve nourri pendant près d’une décennie s’est enfin réalisé. Après des années d’attente, de préparation et de prières, ce couple mauricien a eu le privilège d’accomplir le Hadj, le cinquième pilier de l’Islam, aux côtés de milliers de pèlerins venus des quatre coins du monde.
Âgés respectivement de 50 et 49 ans, les deux époux travaillent dans le secteur bancaire. Shameem exerce comme banquier à AfrAsia Bank tandis que son épouse est également employée dans un autre établissement bancaire. Parents de deux enfants âgés de 22 et 13 ans, ils faisaient partie du dernier contingent de pèlerins mauriciens ayant quitté Maurice le 13 mai dernier pour rejoindre les lieux saints de l’Islam.
Depuis La Mecque, où ils vivent encore les derniers instants de ce voyage spirituel exceptionnel, ils ont accepté de partager leur expérience, encore chargée d’émotions. « Alhamdulillah, tout se passe bien ici. C’est une expérience merveilleuse, bien au-delà de ce que nous avions imaginé », confie Shameem Lowtun.
Aventure humaine et spirituelle
Pour le couple, le Hadj ne se résume pas à une série de rites religieux. C’est avant tout une aventure humaine et spirituelle qui marque profondément chaque croyant.
« Nous avons créé de très belles relations avec de nouvelles personnes. Chacun aide son prochain. Tout le monde travaille main dans la main. On ressent une fraternité extraordinaire. Peu importe la nationalité ou la langue, nous sommes tous réunis pour le même objectif », explique-t-il.
Face aux défis logistiques qu’implique un rassemblement de plusieurs millions de fidèles, les deux Mauriciens se disent agréablement surpris par l’organisation mise en place.
Ils saluent notamment le travail accompli par les autorités saoudiennes, l’ambassade de Maurice en Arabie saoudite ainsi que les différentes instances ayant accompagné les pèlerins mauriciens.
« L’organisation et les infrastructures sont impressionnantes. Les logements sont confortables, la nourriture est bonne, les installations sanitaires sont propres et les déplacements sont bien encadrés. Tout a été mis en œuvre pour que les pèlerins puissent accomplir leurs rites dans les meilleures conditions possibles. »
Accompagnement des pèlerins
Selon eux, l’accompagnement offert aux Mauriciens a contribué à réduire considérablement les inquiétudes habituellement associées à un premier Hadj.
« Un immense travail a été réalisé en amont pour nous aider. Cela nous a permis de vivre cette expérience avec beaucoup plus de sérénité et de nous concentrer pleinement sur notre adoration. »
Le couple avait déjà effectué l’Umrah auparavant. Pourtant, ils affirment que rien ne pouvait réellement les préparer à ce qu’ils vivent actuellement.
« Il existe une énorme différence entre l’Umrah et le Hadj. L’atmosphère est totalement différente. L’objectif est différent. On ressent quelque chose de très particulier. C’est difficile à décrire avec des mots. »
Au-delà des rites religieux, cette immersion spirituelle les a poussés à une profonde remise en question.
« Le Hadj nous apporte énormément de réflexion. Il nous rappelle les faveurs qu’Allah nous a accordées. Il nous pousse à être reconnaissants pour tout ce que nous possédons et à revoir nos priorités dans la vie. »
Début du vrai combat
Mais pour Shameem et Shaheen Lowtun, le véritable défi ne commence pas à La Mecque. Il les attend plutôt à leur retour à Maurice. « Il est facile de dire que nous sommes devenus Hadjees. Mais en réalité, c’est maintenant que le véritable combat commence », affirme Shameem avec humilité.
Selon lui, l’objectif n’est pas simplement d’accomplir le pèlerinage, mais surtout de préserver les enseignements et les valeurs acquises durant ce voyage exceptionnel.
« Préserver ce que nous avons gagné spirituellement est encore plus difficile que d’accomplir le Hadj lui-même. C’est après le retour que l’on doit faire preuve de constance, de discipline et de sincérité. C’est aussi à ce moment-là qu’il est facile de perdre les bénéfices de cette expérience si l’on n’y prête pas attention. »
À travers leur témoignage, les époux Lowtun adressent également un message d’espoir à tous ceux qui rêvent un jour de fouler les terres saintes. Après près de dix ans d’attente, leur rêve est devenu réalité. Une attente qui leur a appris la patience, la persévérance et la confiance en Dieu.
Aujourd’hui, alors qu’ils achèvent l’un des voyages les plus importants de leur existence, ils repartent avec bien plus que des souvenirs. Ils emportent avec eux une transformation intérieure qu’ils espèrent préserver tout au long de leur vie.
« Nous remercions Allah pour cette faveur immense. Nous prions pour que tous ceux qui souhaitent accomplir le Hadj puissent, un jour, recevoir cette invitation divine. »
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