Friday , 19 July 2024

Fareed Jaunbocus : «Les jeunes doivent tirer avantage de la mondialisation»

Fareed Jaunbocus, CEO de Strategos Ltd, a été sacré « Global Well Respected CEO » dans la catégorie Management Consultancy lors d’une cérémonie qui s’est tenue le 27 octobre dernier à Singapour. Dans cet entretien, il parle de sa passion pour son métier et livre quelques conseils aux jeunes.

Après une reconnaissance africaine en 2022, comment accueillez-vous le fait que vos compétences soient désormais reconnues à l’échelle mondiale ?
Ce sacre reconnaît ma contribution dans plus d’une cinquantaine de pays à travers le monde, allant des États-Unis à la Chine en passant par l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique. C’est toujours un moment de fierté et de « self-fulfilment  ». C’est la consécration et la reconnaissance de beaucoup de sacrifices, d’effort, mais aussi, et surtout, de ma passion pour mon métier. C’est également le fruit de ma persévérance face aux portes qui se sont fermées, surtout dans le secteur public dans les années 90 pour des raisons que vous savez. Cela démontre ma détermination constante à atteindre mes objectifs, ouvrant d’autres portes plus intéressantes.

Pouvez-vous élaborez sur la genèse de cette passion et comment elle s’est développée au fil de votre carrière ?
Cette passion émerge lorsque vous parvenez à appréhender pleinement le potentiel de la mondialisation. Grâce à ce phénomène, l’accès à l’éducation, par exemple, est désormais possible à l’échelle mondiale, que ce soit de manière physique ou virtuelle. Je suis particulièrement fier de m’associer à De Chazal Du Mée (DCDM), qui était affilié à Arthur Andersen, le numéro un mondial dans le domaine du conseil. Grâce à des expériences acquises à Chicago, j’ai pris conscience que le monde regorge d’opportunités. Arthur Andersen prônait toujours une pensée globale, et cela a été un enrichissement considérable pour moi.

Durant votre parcours, quelles leçons avez-vous tirées de la nécessité d’une évolution constante et d’une adaptation aux changements  ?
Le changement est inévitable mais le progrès reste un choix. Ceux qui ont réussi ont une caractéristique commune, c’est la passion et un amour indéniable pour leur métier. Dans le passé, il fallait être physiquement capable pour réussir. Aujourd’hui, c’est la compétence du savoir qui est nécessaire. Et au fil du temps, l’économie du savoir s’est développée. Ce, grâce à l’internet. Ce qui a permis d’ouvrir de nombreuses opportunités, surtout pour la jeunesse. Cependant, nombre de nos jeunes ne semblent pas encore réaliser tout le potentiel qui s’offre à eux. Il ne faut pas qu’ils se découragent quand ils ne sont pas recrutés là où vous savez. S’ils ont la passion qu’il faut, le Créateur leur ouvrira des portes impensables.

Changer d’emploi de temps en temps est maintenant une force»

Comment sensibilisez-vous les jeunes à tirer pleinement parti de ces opportunités dans un monde de plus en plus globalisé ?
Il est essentiel de comprendre qu’aussi longtemps que vous allez vivre, il faudra continuer à apprendre et à s’adapter au changement en tirant avantages de ses opportunités. Restez résolument engagé dans votre développement personnel et professionnel. En faisant preuve de détermination, de passion et d’efforts soutenus, vous pouvez surmonter les obstacles et atteindre les sommets que vous vous êtes fixés. Il faut oser en matière d’une vision de soi-même.

Quels conseils spécifiques donneriez-vous justement aux jeunes pour surmonter les obstacles et atteindre les sommets ?
Il est crucial d’avoir une vision claire de ce que vous aspirez à devenir à long terme. Il faut également cultiver la passion, travailler avec acharnement afin de se démarquer, et maintenir une concentration constante sur votre avenir et vos objectifs. Il faut que vous puissiez créer votre « brand » à vous. Les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés à divers défis sociaux, tels que la menace de la drogue. Ils ne sont souvent pas aussi privilégiés pour certains postes ou promotion. Ce sont des « blessings in disguise ». Il est impératif de ne jamais se décourager, de rester éloigné des fléaux, de rester focalisé sur sa vision de soi-même, d’investir en permanence dans le savoir et de saisir les opportunités qui se présentent. Le savoir est devenu global.

En abordant le thème de la réinvention dans le monde professionnel, comment percevez-vous le changement d’attitude envers la stabilité d’emploi, et quelles opportunités cela peut-il offrir aux individus aujourd’hui ?
Beaucoup pensent qu’un emploi, c’est pour la vie; mais le savoir s’estompe avec le temps. Les jeunes doivent comprendre qu’il faut tirer avantage de la mondialisation et être en perpétuelle réinvention. Autrefois, il fallait rechercher la connaissance et la compétence pour construire une carrière, mais aujourd’hui, la carrière elle-même est devenue un parcours d’apprentissage.

Selon une étude de McKinsey, vous devez acquérir 9 compétences dans votre premier emploi, 12 dans le deuxième (dont 5 nouvelles) et 16 dans votre troisième emploi (dont 8 nouvelles). Le travail d’aujourd’hui est fortement basé sur la connaissance, avec une perspective multifonctionnelle constante sur tout ce qui est traité. Le généraliste autant que le spécialiste est mort. Il vous faut être un « Generalised Specialist  ».

Il y a des gens qui croient être bons et satisfaits, mais la réalité est que la satisfaction d’aujourd’hui ne garantit pas la réussite future. « The past is not a place of residence. The future is ». Pour cela, on n’est jamais assez bon. Il faut se réinventer en permanence. Changer d’emploi de temps en temps est maintenant une force, car cela oblige la personne à s’adapter et se réinventer. Nos parents avaient un emploi pour la vie. Aujourd’hui, au cours de sa carrière, une personne aura entre 5 à 7 emplois.

Comment encourageriez-vous les jeunes à voir les échecs comme des opportunités déguisées ?
Beaucoup de jeunes se découragent lorsqu’ils ne parviennent pas à trouver un emploi dans leur domaine de prédilection. Il pourrait être bénéfique de le prendre comme une opportunité déguisée, les encourageant à explorer d’autres horizons dans le monde professionnel. Beaucoup ont initialement aspiré à obtenir un emploi dans la fonction publique sans succès. Cela les a poussés à se lancer dans d’autres domaines, y compris le commerce, débutant modestement au bas de l’échelle. Aujourd’hui, ces mêmes personnes effectuent des allers-retours sans cesse entre la Chine et Maurice, pour approvisionner leurs entreprises. Ils s’en sortent beaucoup mieux maintenant. Pour toute porte qui se ferme, il y en a d’autres qui s’ouvrent. Il faut persévérer et la réussite vous attend.

En conclusion, quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui aspirent à une carrière réussie, en tenant compte de votre propre parcours et des défis actuels du monde professionnel ?
Toute menace entraîne également des opportunités. Prenons la COP 28 qui se tient actuellement à Dubaï dans le cadre du changement climatique. Bien que ce phénomène présente des inconvénients, il ouvre également la voie à la création de biens et services permettant à la population de devenir plus résiliente. C’est une nouvelle industrie qui va se créer. J’ai moi-même visité une exposition à Washington sur ces nouveaux produits et services.
C’est pourquoi les jeunes doivent rester focalisés et passionnés sur leurs efforts et leurs objectifs de réussite, car le monde s’ouvrira à eux.

Le jeune ne doit pas se laisser influencer par le défaitisme. Il doit croire en son Créateur. Mais en même temps, il doit bosser très, très dur et développer une passion pour son métier. Il n’y a pas de substitut au dur labeur. Il faut qu’il puisse se démarquer du reste et laisser sa marque là où il passe. De bouche à oreille, le temps fera son travail. Je sais ce que c’est, car c’est cette philosophie qui m’a permis, parmi autant de bonnes choses que je n’avais même pas osé rêver, de devenir directeur sur le Conseil Consultatif des Nations Unies à New York.

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