Ils étaient partis distribuer les cartons d’invitation du mariage de leur fille. Ils ne rentrèrent jamais comme ils étaient partis. En quelques secondes, sur la route Royale de Pont-Praslin, Pamplemousses, la joie des préparatifs a laissé place au drame.
Il y a des matins qui commencent dans la légèreté et se terminent dans les couloirs d’un hôpital. Le 14 juin 2026 était l’un de ces matins-là pour la famille Abdoola.
Abdool Aleem Abdoola, 65 ans, douanier à la retraite, père de quatre enfants et grand-père de quatre petits-enfants, avait pris le volant ce jour-là avec son épouse et une proche, Ruwayda, 30 ans. Leur mission était simple : aller remettre en mains propres les cartons d’invitation du mariage de leur troisième enfant, prévu pour le mois prochain. Un geste d’amour, un moment de partage familial, une journée qui aurait dû se terminer dans les sourires. Elle s’est terminée sous les sirènes.
Pour comprendre le poids de ce drame, il faut d’abord connaître l’homme au volant de cette Toyota blanche. Abdool Aleem Abdoola n’est pas seulement un père de famille. C’est une figure respectée, connue dans sa communauté de Triolet pour sa droiture, sa générosité et sa foi profonde. Homme de conviction, il ne manque jamais à ses cinq salâts. En 2019, son épouse et lui sont partis accomplir le Hadj. Un voyage spirituel qui avait encore renforcé les liens d’un couple solide, uni, tourné vers les autres.
Aujourd’hui, ce couple était en pleine effervescence. Le mariage de leur fille approchait. La maison bourdonnait de préparatifs, de listes, de détails à régler. Et ce matin du 14 juin, ils s’étaient levés le cœur léger pour aller partager cette joie avec leurs proches.
La collision
Sur la route Royale de Pont-Praslin, à une heure où la circulation est déjà dense, le destin a frappé sans prévenir. Les images de la caméra de surveillance installée dans la zone sont implacables. On y voit la Toyota blanche arriver depuis la direction de Mare-d’Australia, puis, à un moment précis, se déporter lentement de sa trajectoire, franchir l’axe central et glisser sur la voie opposée. En face, un autobus Mitsubishi gris, conduit par Muhammad Jaabir-UD-Din-Ridwan, 29 ans, domicilié à Brisée-Verdière, arrivait en sens inverse. Il n’a pas eu le temps de réagir.
Le choc a été frontal. Violent. Dévastateur. Le capot de la voiture a été entièrement écrasé sous la force de l’impact. L’avant du bus a été sévèrement endommagé. Des débris ont été projetés sur plusieurs mètres autour des deux véhicules immobilisés. En quelques secondes, ce tronçon ordinaire de la route Royale s’est transformé en scène de désolation — cris, fumée, circulation bloquée, passants sidérés s’approchant prudemment pour tenter d’aider.
Des blessés, une famille sous le choc
À l’intérieur de la SUV, les trois occupants ont été durement touchés. Abdool Aleem Abdoola, le conducteur, a subi les blessures les plus graves. Pris en charge en urgence par les équipes médicales arrivées rapidement sur les lieux, il a été transporté à l’hôpital où il a été placé sous assistance respiratoire. Son état est aujourd’hui critique, nécessitant des soins intensifs continus. Chaque heure qui passe est une épreuve supplémentaire pour sa famille, réunie à son chevet dans l’attente et la prière.
Son épouse, également blessée lors de l’impact, a été hospitalisée et placée en observation. Les médecins ont surveillé de près l’évolution de son état dans les heures suivant l’accident. Elle a depuis reçu son décharge de l’hôpital, une nouvelle qui a apporté un léger soulagement à une famille éprouvée. La troisième passagère du véhicule, Ruwayda Abdoola, 30 ans, a pu quitter l’hôpital après avoir reçu les soins nécessaires.
Du côté du bus, le receveur, âgé de 23 ans et résident de Petite Julie, a été projeté lors de la collision et a subi plusieurs blessures, avant de pouvoir également rentrer chez lui après traitement. Le chauffeur, Muhammad Jaabir-UD-Din-Ridwan, bien que conscient au moment du choc, a été pris en charge dans un établissement hospitalier dans la nuit suivant l’accident après avoir ressenti un malaise. Son état est désormais stabilisé. Le test d’alcoolémie effectué sur lui s’est révélé négatif.
Dans les quartiers de Triolet, Pont-Praslin et alentours, l’émotion est profonde. Beaucoup connaissent Abdool Aleem Abdoola — cet homme discret, bienveillant, que l’on croisait à la mosquée, que l’on saluait avec respect. Apprendre qu’il lutte aujourd’hui pour sa vie, lui qui devait dans quelques semaines célébrer le mariage de sa fille, a suscité une vague de tristesse et de solidarité.
Sa famille lance un appel sincère et du fond du cœur à toute la communauté : « Nous demandons à chacun d’avoir une pensée spéciale pour Abdool Aleem dans ses du’as et ses prières, pour que Allah, dans Sa miséricorde infinie, lui accorde une guérison complète. »
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