Tuesday , 27 October 2026

Bibi Sapoorah Chady, 100 ans : une vie de labeur, un héritage d’amour

Pour cette centenaire, la richesse se mesure à la santé, à la présence de ses proches et à la possibilité d’accomplir ses prières à l’heure. Cette philosophie accompagne une existence consacrée à sa famille, soutenue par sa foi en Allah.

Née 1e 15 octobre 1926 dans une famille de huit enfants, cinq filles et trois garçons, Bibi Sapoorah Chady, née Peerally, a grandi à Mon-Ida. Son père, Hoomar Peerally, était marchand de poissons, tandis que sa mère, Bibi Sairah Khaudaboccus, s’occupait du foyer. Parmi les huit enfants de la fratrie, elle est aujourd’hui la seule encore en vie.

Ses études se sont arrêtées au Standard III, car à cette époque, les réalités de la vie imposaient souvent de prendre rapidement ses responsabilités. Devenue femme au foyer, elle n’a toutefois jamais été étrangère au monde du travail. Aux côtés de son époux, fleuriste de profession, elle apportait son aide aux activités familiales tout en s’occupant de l’élevage d’animaux.

Sa détermination l’a également conduite à voyager entre Saint-Pierre et Port-Louis pour vendre des brèdes, une activité qu’elle a poursuivie jusqu’à l’âge de 88 ans. Pendant de longues années, elle a ainsi connu les déplacements en autobus, les longues journées et les efforts nécessaires pour contribuer à la vie du foyer.

Cette vie de labeur a aussi été marquée par une épreuve douloureuse. En juin 1985, elle perd son époux et doit s’occuper seule de ses cinq enfants dont quatre fils et une fille. Aujourd’hui, sa famille compte 13 petits-enfants et 17 arrière-petits-enfants. Zoya Chady, 6 ans, est la dernière de cette génération.

Un repère, une présence

Pour ses proches, Dadi Sapoorah est bien plus qu’une centenaire. Elle est un repère familial, une présence rassurante et une source de bénédictions. Zayeed Chady, son petit-fils âgé de 42 ans, et Nisreen Chady, l’épouse de ce dernier, évoquent avec tendresse celle qu’il considère comme une figure centrale de la famille. Il raconte que les siens veillent sur elle au quotidien et tiennent à ce qu’elle ne manque de rien.

Sa belle-fille Zaida, 64 ans, ainsi que son fils Amin Chady, 73 ans, font partie de ceux qui prennent soin d’elle. Les liens familiaux, entretenus au fil des années, restent particulièrement forts. Même si les membres de la famille vivent dans des maisons différentes, les visites et les moments de rassemblement permettent de maintenir cette proximité. La santé de la centenaire demeure relativement bonne, malgré un accident survenu il y a une dizaine d’années.

Un Umrah à 99 ans

S’il est un élément qui caractérise Dadi Sapoorah, c’est bien sa foi. Même à 100 ans, elle continue de consacrer une grande partie de son temps à la prière. Elle veille, autant que sa santé le lui permet, à accomplir ses salâts à l’heure. Lorsqu’elle ne prie pas, elle aime s’asseoir tranquillement, lire et profiter de la présence de ses proches.
La famille raconte qu’elle a observé les jeûnes de Ramadan jusqu’à l’âge de 98 ans. Au fil des années, elle a également accompli le Hadj à deux reprises avec des membres de sa famille. En novembre 2025, alors qu’elle avait 99 ans, elle a réalisé un autre rêve en accomplissant l’Umrah, accompagnée de 18 proches, ses enfants et petits-enfants. Ce voyage spirituel demeure un souvenir précieux pour ses descendants, heureux d’avoir pu partager cette expérience avec elle à un âge aussi avancé.

« Dadi konten demann duas pou nou tou ek demann Allah fer nou reusi dan nou lavi », disent ses proches.

Célébration de la gratitude

Pour célébrer son centenaire, les membres de la famille ont voulu marquer le coup. Jeudi 15 octobre 2026, une première cérémonie a rassemblé environ 44 personnes à proximité de son domicile. Ensuite, le dimanche 18 octobre, la célébration a pris une autre dimension avec un dîner réunissant près de 800 membres de la famille élargie, venus partager ce moment exceptionnel.

La présence de plusieurs générations autour de Dadi Sapoorah a donné à cette journée une signification particulière. Pour ses proches, parvenir à réunir autant de personnes autour d’une même personne constitue déjà un bonheur immense. À table, la centenaire conserve des goûts simples. Elle apprécie notamment les rougailles, la viande, le poisson et le dhal, des plats familiers qui rappellent les saveurs de la cuisine mauricienne.

À 100 ans, Bibi Sapoorah Chady regarde ainsi son parcours avec la sérénité de celle qui a connu le travail, le deuil, les joies familiales et les changements d’une époque à l’autre. Elle ne prétend pas détenir le secret de la longévité. Elle remercie simplement Allah d’être encore parmi les siens.

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