Tuesday , 27 October 2026

DANS LES COULISSES D’UNE VISITE EN ARABIE SAOUDITE : les six heures de route du ministre Ramful pour sauver le rendez-vous

L’aéroport de Riyad fermé, le programme aurait pu être compromis avant même de commencer. Mais le ministre mauricien des Affaires étrangères, Dhananjay (Ritish) Ramful, avait décidé de maintenir son déplacement en Arabie saoudite, du 11 au 13 octobre, pour participer au 25th WPC Energy Congress. Solution de rechange : rejoindre Bahreïn, où l’équipe de l’ambassade de Maurice à Riyad est venue l’accueillir, puis poursuivre par la route. Six heures de trajet pour rejoindre la capitale saoudienne. Ce détour, raconté dans un document retraçant les coulisses de la mission, donne une autre dimension à ce qui aurait pu n’être qu’une succession de rencontres officielles.

Bahreïn, porte d’entrée improvisée

Derrière les communiqués et les photographies protocolaires, il y a d’abord une opération logistique. Dans un Golfe soumis à de fortes tensions sécuritaires et à des perturbations aériennes, il fallait trouver un itinéraire permettant de préserver les rendez-vous. L’ambassade mauricienne s’est mobilisée à Bahreïn. Le ministre a ensuite gagné Riyad en voiture, renonçant à la facilité d’une arrivée directe. L’enjeu, selon le récit transmis, était notamment de faire avancer un mémorandum d’entente dans le domaine de l’énergie. Le document évoque l’intention de le signer ; le communiqué officiel publié le 16 octobre ne confirme toutefois pas qu’une signature ait eu lieu.

Une ambassade en première ligne

Au milieu de cette visite qualifiée de « marathon », Ritish Ramful a également trouvé le temps de se rendre à l’ambassade de Maurice à Riyad. Le geste n’est pas anodin. Dans une période où la sécurité régionale occupe une place importante, les missions diplomatiques servent de relais entre les autorités mauriciennes, les interlocuteurs locaux et les ressortissants de Maurice présents dans la région.

L’étape à l’ambassade rappelle surtout une réalité rarement visible  : derrière les entretiens ministériels, il faut coordonner les déplacements, maintenir les contacts et assurer la continuité du travail diplomatique. Le récit ne précise ni la durée de cette visite ni la teneur des échanges avec le personnel. Il permet néanmoins de mesurer l’implication de la représentation mauricienne dans ce déplacement particulier.

L’eau, dossier prioritaire dans les entretiens

Une fois à Riyad, le programme ne se limitait pas aux questions protocolaires. La sécurité de l’approvisionnement en eau figurait au premier rang des préoccupations mauriciennes. À la demande du ministre Patrick Assirvaden, Ritish Ramful a sollicité une assistance technique saoudienne auprès d’Abdulrahman Abdulmohsen Al-Fadley, ministre de l’Environnement, de l’Eau et de l’Agriculture, ainsi que d’autres responsables saoudiens.

L’une des avancées annoncées est la disposition de la partie saoudienne à envoyer une équipe d’experts à Maurice pour évaluer la situation. Dessalement, construction d’ouvrages hydrauliques, recyclage des eaux usées : plusieurs solutions ont été évoquées. Une installation combinant production d’eau et d’électricité fait également partie des options étudiées. Rien n’indique encore qu’un chantier soit financé ou programmé. La prochaine étape sera de transformer cette ouverture technique en calendrier, en études de faisabilité et, éventuellement, en engagements financiers.

L’énergie au cœur de la mission

Autre dossier majeur : la production électrique. Les discussions ont notamment porté sur une centrale fonctionnant au gaz naturel liquéfié, d’une puissance indicative comprise entre 250 et 500 mégawatts, dans le cadre d’un arrangement envisagé sur dix ans. Des turbines à gaz, le solaire et l’intervention possible d’entreprises saoudiennes ont également été abordés.

Ici aussi, la nuance est essentielle. Il s’agit de pistes examinées et non d’une centrale dont la construction aurait été décidée. Pour Maurice, l’intérêt réside dans la possibilité de diversifier ses solutions énergétiques. Pour les autorités, il reste à apprécier les coûts, les conditions d’approvisionnement et la viabilité des propositions avant tout engagement.

Au-delà des ministères, la bataille économique

La mission a également ouvert le dossier des investissements. L’idée d’une présence régionale à Maurice du puissant Fonds public d’investissement saoudien a été évoquée. La position de Maurice comme plateforme de services et porte d’entrée vers certains marchés africains constitue un argument avancé auprès des interlocuteurs saoudiens.

Un accord de partenariat économique global et la création d’un Conseil d’affaires saoudo-mauricien figurent aussi parmi les projets discutés. Ces mécanismes pourraient rapprocher les entreprises des deux pays, mais ils exigent encore des négociations et des décisions concrètes. Le calendrier est plus précis concernant l’Expo 2030 de Riyad. Maurice pourrait signer son contrat de participation les 3 et 4 novembre prochains afin de sécuriser un emplacement. La désignation du commissaire général mauricien et les modalités d’assistance restent à préciser. Le tourisme, la coopération médicale et le soutien saoudien au projet d’hôpital spécialisé dans le cancer ont également été évoqués.

Les Chagos, autre enjeu de ce marathon

Au fil des échanges, la dimension politique n’a pas été oubliée. Adel Al-Jubeir a réaffirmé le soutien saoudien à la position mauricienne sur les Chagos. Les discussions ont également touché à la sécurité régionale, aux organisations internationales, à la Palestine et aux conséquences possibles d’une tarification du carbone dans le transport maritime.

Mardi 13 octobre, le ministre a repris la route de Bahreïn, cette fois accompagné de l’ambassadeur de Maurice. La mission s’achevait donc comme elle avait commencé : en voiture, loin du scénario habituel d’une visite officielle.
Reste maintenant l’essentiel. Les six heures de route auront permis de tenir les rendez-vous. Mais la véritable mesure de ce marathon diplomatique viendra plus tard : lorsque les annonces faites à Riyad se traduiront, ou non, par des réalisations visibles à Maurice.

Ce que prévoit le MoU sur l’énergie

Signé le 12 octobre 2026 à Riyad par Ritish Ramful, ministre mauricien des Affaires étrangères, et le prince Abdulaziz bin Salman bin Abdulaziz Al Saud, ministre saoudien de l’Énergie, le Memorandum of Understanding (MoU) établit un cadre de coopération dans huit domaines.

Les huit domaines de coopération

  • 1. Pétrole, gaz et électricité

Coopération dans les secteurs du pétrole et de ses dérivés, du gaz, du raffinage, de la pétrochimie et de la production électrique.

  • 2. Énergies propres et renouvelables

Développement de l’hydrogène propre et de ses dérivés, des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et des technologies de stockage de l’énergie.

  • 3. Changement climatique

Coopération sur les politiques et technologies liées au climat, notamment l’économie circulaire du carbone et les systèmes de capture, d’utilisation et de stockage du CO₂.

  • 4. Transformation numérique et cybersécurité

Développement de solutions numériques et renforcement de la cybersécurité dans le secteur énergétique.

  • 5. Coopération internationale

Coordination des priorités communes dans les négociations internationales, notamment celles relatives à la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, à l’Accord de Paris et à la lutte contre la pollution plastique.

  • 6. Matériaux pétrochimiques durables

Développement et utilisation de matériaux pétrochimiques durables dans la construction et d’autres secteurs économiques.

  • 7. Infrastructures et entreprises énergétiques

Coopération pour développer les infrastructures nécessaires à l’accès à l’énergie et renforcer les relations avec les entreprises spécialisées.

  • 8. Autres domaines de coopération

Possibilité d’élargir la collaboration à d’autres secteurs énergétiques, sous réserve d’un accord entre les deux gouvernements.

Durée et entrée en vigueur

Cinq ans renouvelables : l’accord est conclu pour une durée de cinq ans, avec renouvellement automatique pour une période identique, sauf notification contraire au moins six mois avant son expiration.

Entrée en vigueur : elle interviendra après l’accomplissement des procédures internes des deux pays et leur confirmation par les voies diplomatiques.

Modification : toute modification nécessite le consentement écrit des deux parties.

Projets en cours : les activités déjà engagées pourront se poursuivre même après l’expiration ou la résiliation du MoU, sauf décision contraire. À retenir : le MoU définit un cadre de coopération énergétique. Il ne constitue pas, à lui seul, un engagement financier ni une décision de construire une centrale électrique.

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