vendredi , 18 septembre 2020
Ameenah Gurib-Fakim

Crise au sommet de l’État : Ameenah Gurib-Fakim, solide comme un roc

L’affaire « Platinum Card », mise au jour le 28 février 2018, a pris des proportions auxquelles on ne s’y attendait pas. Cette controverse a certainement éclaboussé la présidente de la République mais il vient avant tout montrer une facette méconnue de la personnalité d’Ameenah Gurib-Fakim : elle a tenu à elle seule toute la population en haleine cette semaine.

La présidente de la République plie mais ne rompt pas. Si elle a accepté de partir après le 12 mars, et ce, d’un commun accord avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth, Ameenah Gurib-Fakim aura fait voir de toutes les couleurs aux cadors de l’Hémicycle depuis que cette affaire a été révélée par un quotidien, il y a une dizaine de jours. C’est une véritable dame de fer que nous avons découverte cette semaine. « Je n’ai rien à me reprocher », n’a-t-elle cessé de dire depuis le début. Le ministre Mentor, Sir Anerood Jugnauth, est venu confirmer ses dires en déclarant que la présidente aurait déjà remboursé les dépenses encourues à travers la carte de crédit mise à sa disposition par l’ONG Planet Earth Institute (PEI) en 2016. Esseulée et marginalisée par la suite, Ameenah Gurib-Fakim n’a pas abdiqué pour autant et a campé fermement sur sa position jusqu’à présent.

Une semaine riche en rebondissements

« Démissionnera, démissionnera pas ? » C’était le « talk of the town » durant toute la semaine écoulée. Ils étaient nombreux, politiciens, hommes de médias et autres citoyens lambda, à se demander si la première femme présidente de la République de Maurice allait quitter son poste. Mais Ameenah Gurib-Fakim, aussi tenace que le lierre, s’est engagée dans un bras de fer avec le gouvernement. Le lundi 5 mars, Pravind Jugnauth a eu une rencontre de plus d’une heure avec son Premier ministre-adjoint, Ivan Collendavelloo, pour passer en revue la situation. Ils se sont essentiellement penchés sur les articles de presse eu égard aux dépenses faites par Ameenah Gurib-Fakim avec la carte Platinum. « Une polémique qui embarrasse le gouvernement », avait alors souligné Pravind Jugnauth.

Ivan Collendavelloo, qui avait œuvré pour qu’Ameenah Gurib-Fakim accède au poste de chef de l’État en 2015, avait affiché son soutien à la Présidente depuis que l’affaire a éclaté. Néanmoins, cette semaine, sa position a changé depuis sa rencontre avec le Premier ministre. D’ailleurs, il s’est abstenu de toute déclaration à la presse. Entretemps, la présidente reste inflexible, stoïque. Alors que d’autres auraient fini par craquer, elle maintient qu’elle n’a rien à se reprocher et tient tête aux pressions émanant de l’Hôtel du gouvernement. Mardi, une rencontre entre Pravind Jugnauth, Ivan Collendavelloo et Ameenah Gurib-Fakim n’avait rien donné, cette dernière s’étant montrée intransigeante sur la question. Ce à quoi, mardi soir, le PM avait déclaré qu’il y a « divergence » entre l’opinion d’Ameenah Gurib-Fakim et celle du gouvernement. Cela dit, au niveau du Prime Minister’s Office (PMO), le message était on ne peut plus clair : « Il faut que tous les partis politiques se mettent d’accord pour faire en sorte que la Présidente parte le plus vite possible. »

« Je ne dois rien à personne »

Au milieu de cette cacophonie, Ameenah Gurib-Fakim reste cependant sereine. Les idées devaient certainement tourbillonner dans sa tête, mais elle a, tout de même, eu le temps et le courage de lancer son livre intitulé ‘Du Réduit à la State House’, le mercredi 7 mars. À l’écart de polémique, elle a voulu que cette cérémonie soit consacrée à l’art littéraire et à la culture. Néanmoins, lors de son discours, elle a tenu à apporter des précisions sur l’affaire de la carte Platinum. « Je n’arrive pas à comprendre pourquoi cette affaire fait surface après plus d’un an après les faits. Je ne dois rien à personne car dans l’exercice de mes fonctions au sein du Planet Earth Institute, j’ai eu une carte. Et j’ai déjà remboursé mes dépenses », avait-elle lancé devant un parterre d’invités qui comprenait notamment le No 2 du gouvernement, Ivan Collendavelloo. «Je ne souhaite pas à mes pires ennemis ce que je suis en train de vivre en ce moment », avait-elle aussi déclaré.

Ce n’est que le jeudi 8 mars que l’affaire prend une nouvelle tournure. En cette journée internationale de la femme, Ameenah Gurib-Fakim aura donné bien du fil à retordre à ceux qui tiennent les manettes du pays. En effet, la pression s’accentuait sur le Château du Réduit pour que la présidente démissionne. Face à la prise de position de celle-ci, le Conseil des ministres s’est réuni en séance spéciale et a donné son aval afin que les procédures légales soient enclenchées pour destituer la présidente de ses fonctions, comme stipulé sous l’article 30 de la Constitution. Sir Anerood Jugnauth a alors rencontré Ameenah Gurib-Fakim, jeudi, pour l’informer de la décision du cabinet. Jeudi soir, des sources proches du Réduit laissaient entendre que « Madame » aurait déjà fait ses cartons et qu’elle « va démissionner ».

Deuxième rencontre avec le PM

Si à jeudi soir tout semblait indiquer que la présidente partirait, on a assisté à un véritable revirement de situation, vendredi matin. Ameenah Gurib-Fakim résistait encore et toujours à tel point où le Premier ministre, Pravind Jugnauth, l’a rencontrée pour la deuxième fois au cours de la semaine. Une rencontre déterminante puisqu’elle a permis aux deux parties de trouver un accord.

ravind Jugnauth n’a pas tardé à confirmer la nouvelle et lors d’un point de presse, vendredi 9 mars, le chef du gouvernement a déclaré qu’Ameenah Gurib-Fakim allait démissionner peu après les fêtes de l’Indépendance. Il avance que la présidente et lui s’étaient mis d’accord sur la date de son départ mais qu’il ne pourrait pas l’annoncer.

Entre temps, les rumeurs vont bon train quant à l’identité de celui ou celle qui remplacerait Ameenah-Gurib Fakim à la présidence. Pour rappel, la scientifique est en poste à la State House depuis le 5 juin 2015.

Une affaire commentée par la presse internationale

Le scandale de la « Platinum Card » impliquant la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, a été rapporté par plusieurs titres de la presse internationale. La majorité de ces publications ont repris les articles de la presse mauricienne.

En Angleterre, la BBC a essentiellement rapporté les propos du Premier ministre, Pravind Jugnauth, lors de son point de presse, vendredi 9 mars. La chaîne britannique a aussi indiqué qu’elle aurait pris contact avec l’ONG Planet Earth Institute (PEI) pour une réaction. « The BBC has approached the PEI for comment », peut-on lire à la fin de l’article intitulé « Mauritius President Gurib-Fakim to resign over financial scandal ». Par ailleurs, la chaîne américaine, CNN, a aussi commenté cette affaire, tout comme le New York Times et Bloomberg.

Ailleurs, Libération (France), Times of India et Zee News (Inde), Nigeria Tribune (Nigéria) et Malaysia Insight (Malaisie), sont parmi les quelques titres à avoir commenté cette affaire. À noter que la plupart de ces articles mettent l’accent sur le fait qu’Ameenah Gurib-Fakim soit la seule femme présidente en Afrique.

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