Il y a des noms qui traversent les générations et des parcours qui, au fil des années, deviennent une véritable histoire de famille. Chez les Mohamed, le droit est de ceux-là. Aujourd’hui, une nouvelle page s’écrit avec Husseyn Mohamed, troisième génération d’avocats de sa famille. Rencontre.
Le vendredi 25 septembre 2026, Husseyn Mohamed a prêté serment devant la Cour suprême et fait désormais officiellement son entrée dans l’arène juridique mauricienne. À 24 ans, le jeune avocat entame pourtant cette nouvelle étape avec un long chemin déjà parcouru. Derrière la nouvelle robe se trouvent des années d’études, de départs à l’étranger, de rencontres, de travail et de formation mais aussi une histoire familiale qui l’accompagne depuis l’enfance.
Car avant d’être une profession, le droit a longtemps été, pour lui, un visage familier. Celui de son grand-père, le regretté Yousuf Abdul Razack Mohamed, qu’il suivait au tribunal alors qu’il était encore enfant. Il ne comprenait pas toujours les subtilités des débats, mais il observait…. il écoutait. Et quelque part dans ces souvenirs, une vocation allait peu à peu prendre forme.
Une enfance entre football, études et premiers rêves
Husseyn a grandi à Quatre-Bornes, dans une famille où le droit occupait déjà une place importante. Son père est avocat et sa mère enseignante. Pourtant, son parcours n’a rien d’une trajectoire toute tracée. Au Collège du Saint-Esprit, il partage son temps entre les études et une autre passion qui est celle du football. Il pratique ce sport au niveau inter-collèges et conserve de cette période le souvenir d’une jeunesse faite d’amitiés et de rencontres.
Parmi les enseignants qui ont marqué son parcours, il nous parle particulièrement de M. Bhewa, son ancien professeur de français. Au-delà des cours, celui-ci lui a transmis des conseils qui dépassent le cadre scolaire. « L’un de ses conseils que je garde toujours à l’esprit est de savoir rester calme et de placer ma confiance en Dieu », se remémore-t-il.
Après ses études secondaires, Husseyn prend la direction du Royaume-Uni, puis de la France. L’éloignement de la famille et du pays n’est pas toujours simple, mais il devient une autre école, celle où il y apprendra l’autonomie, la discipline et la maturité, tout en découvrant des étudiants venus d’horizons différents. Cette expérience renforce également son attachement à Maurice. Loin de son pays, il prend davantage conscience de la place qu’il occupe dans sa vie.
Deux traditions juridiques, une même destination
A l’Université d’Exeter, en Angleterre, Husseyn choisit d’étudier le droit anglais et le droit français, deux traditions qui nourrissent le système juridique mauricien. Il poursuit ensuite une année à l’Université de Rennes, où il décroche un Master 1 en Droit européen. Son parcours le conduit finalement à Bristol, où il suit le Bar Course, dernière étape de sa formation professionnelle avant son retour à Maurice.
Cette période sera particulièrement exigeante. Elle lui demande rigueur, persévérance et constance, mais lui permet aussi de développer ses compétences en matière de rédaction et de plaidoirie. Il obtient une mention globale « Outstanding », ainsi que les meilleures notes dans deux matières, et reçoit également un Certificate of Honour décerné par l’Honourable Society of the Middle Temple.
Pour autant, ce jeune homme ne se présente pas comme un avocat ayant déjà tout choisi, s’il se dit intéressé par le droit pénal et le droit commercial, il dit vouloir découvrir encore plus les différentes branches de la profession, avant d’arrêter une éventuelle spécialisation. Car s’il a appris une chose durant ses études, c’est que le droit ne cesse jamais de s’apprendre. « Dans cette profession, l’apprentissage ne s’arrête jamais. »
Le pupillage : passer des livres à la réalité
Le retour à Maurice marque une nouvelle étape. Husseyn Mohamed effectue son pupillage auprès de plusieurs professionnels du droit dont Me Bhooneswur Sewraj, Senior Attorney, puis Me Ritesh Sumputh, Me Nitish Hurnaum, Me Raouf Gulbul, Me Kevin Moorghen et enfin Me Mushtaq Namdarkhan, Senior Counsel. Chacun, dit-il, lui a apporté un éclairage différent.
Le pupillage lui permet surtout de découvrir ce que les livres ne peuvent enseigner seuls : la réalité quotidienne de la profession – recherches juridiques, préparation des dossiers, construction d’une argumentation, attention aux détails, compréhension des faits et des principes de droit applicables – il découvre aussi la responsabilité qui accompagne la robe. « Le pupillage m’a permis de découvrir le fonctionnement concret de la justice à Maurice et l’importance d’une préparation rigoureuse des dossiers », affirme-t-il.
Un serment chargé de souvenirs
Puis vint le vendredi 25 septembre, jour de la prestation de serment. Dans les couloirs de la Cour suprême, quelques instants avant la cérémonie, Husseyn repense au chemin parcouru et à ses parents, d’abord, qui l’ont accompagné, encouragé et soutenu. « Ce fut un rêve devenu réalité et un moment de profonde émotion. »
Mais, dans ce moment solennel, une autre présence se fait sentir par son absence : celle de son grand-père, Yousuf Abdul Razack Mohamed, décédé en 2022… Husseyn aurait voulu qu’il soit là. Il aurait voulu pouvoir croiser son regard, entendre peut-être quelques mots et partager avec lui cette journée qu’il avait tant attendue.
« J’aurais tant aimé qu’il soit présent pour partager ce moment avec moi », dit-il. Quelques mots qui donnent à cette prestation de serment une dimension particulière. Car le grand-père n’a pas seulement été celui qui portait la robe avant lui. Il a aussi été l’une des premières figures à lui faire découvrir l’univers de la justice.
Ces couloirs de la Cour où tout a commencé
Husseyn Mohamed se souvient de ces moments où, petit garçon, il accompagnait son grand-père en Cour. Il observait les échanges, écoutait les plaidoiries et regardait cet homme qu’il admirait évoluer dans un univers qui lui semblait encore mystérieux. Au fil des années, les souvenirs se sont transformés en curiosité, puis la curiosité en intérêt. Yousuf Mohamed ne lui a jamais imposé de devenir avocat ; au contraire, dans la famille, le message était clair ; chacun devait trouver sa propre voie.
Mais lorsque Husseyn lui annonce qu’il souhaite étudier le droit, la réaction de son grand-père est faite de joie et de fierté. En 2021, après sa première année d’études au Royaume-Uni, Husseyn a de nouveau l’occasion de l’accompagner en Cour. Il se souvient surtout de la manière dont son grand-père le présentait à ses confrères. « Il me présentait avec une fierté qui me touchait profondément, presque comme si j’étais son plus beau trophée. »
Aujourd’hui, être la troisième génération d’avocats de la famille pourrait être perçu comme une lourde responsabilité. Husseyn, lui, préfère y voir une source d’inspiration. Son grand-père, son père et son oncle lui ont transmis, dit-il, l’importance du travail, de l’indépendance d’esprit et de l’intégrité. Mais il sait aussi que le nom ne suffira jamais. « La confiance se gagne, dossier après dossier, par le sérieux du travail accompli. (…) Je souhaite honorer cet héritage à travers mon travail et le respect que j’accorderai à chaque personne qui me fera confiance », confie-t-il.
« Je n’ai pas de projet politique aujourd’hui »
L’histoire familiale des Mohamed remonte jusqu’à Sir Abdul Razack Mohamed, figure de la vie publique mauricienne et arrière-grand-père de Husseyn. Il ne l’a pas connu et son héritage lui est donc parvenu autrement : par les récits familiaux, par l’histoire et par les souvenirs transmis au fil des générations.
Le jeune homme évoque avec respect le parcours de celui dont il porte le nom, notamment son engagement politique durant une période décisive de l’histoire du pays et son intérêt pour la représentation des différentes composantes de la société mauricienne. Par la suite, il y a eu son grand-père Yousuf Mohamed et son oncle Shakeel Mohamed qui ont repris le flambleau politique. Mais là encore, Husseyn ne parle pas de cet héritage comme d’une obligation. Il y voit plutôt une invitation à réfléchir à ce qu’il peut, à son tour, apporter aux autres.
Souhaiterait-il, un jour, suivre dans les pas de ses aïeux et se jeter dans l’arène politique ? « À ce stade, ma priorité est de me consacrer pleinement à ma carrière d’avocat, de continuer à apprendre et d’acquérir de l’expérience. Je n’ai pas de projet politique aujourd’hui. Je préfère avancer étape par étape et donner le meilleur de moi-même dans la voie que j’ai choisie », nous partage notre interlocuteur.
Une photographie de famille, un passage de témoin
Le jour de la prestation de serment de Husseyn, plusieurs générations de la famille étaient réunies. À ses côtés se trouvaient notamment son père, Zakir Mohamed, ainsi que son oncle, le ministre Shakeel Mohamed.
Cette présence familiale a donné à la cérémonie une dimension particulière. Shakeel Mohamed l’a résumée en quelques mots : « We were three… and we are three again. »
Une phrase courte, mais lourde de sens. Elle évoque à la fois ceux qui ont porté la robe avant Husseyn et celui qui vient désormais prendre place à son tour dans cette histoire familiale.
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