Tuesday , 7 July 2026
Image d’illustration.

«Nou ti panse zis lezot ki ariv sa…» : la famille, l’autre victime de la drogue synthétique

À Maurice, la drogue reste un sujet tabou dans de nombreuses familles. Par honte ou par peur du jugement, beaucoup préfèrent souffrir en silence. Pourtant, derrière chaque consommateur se cache une famille entière qui sombre.

Une famille de Vallée-des-Prêtres a accepté de raconter son histoire afin de sensibiliser le public. Les prénoms ont été modifiés pour préserver son anonymat. Dans leur salon, les photos de famille rappellent une époque heureuse. Amina, 47 ans, montre le portrait de son fils adolescent. « Il était toujours prêt à aider les autres. Il allait à la mosquée avec son père et rêvait d’ouvrir un garage. C’était un garçon respectueux. Aujourd’hui, à 27 ans, il lutte contre une dépendance qui a commencé durant son adolescence », soupire-t-elle.

Son père, Ibrahim, explique que rien ne laissait présager un tel drame. « Nou finn tou letan montrer nou zanfan bon manière, respe ek Deen. Nou ti panse ki zis lezot ki ariv sa. Zordi nou zanfan dan sintetik. »

Le choc

Les premiers signes passent pourtant presque inaperçus. Leur fils abandonne progressivement ses études, change de fréquentations, rentre tard et réclame régulièrement de l’argent sous différents prétextes. « Nou ti panse kriz adolesans. »

Le véritable choc survient lorsqu’Amina découvre que ses bijoux ont disparu. « Ce n’était pas leur valeur qui me faisait souffrir, mais de comprendre que mon propre fils était capable de voler sa mère. » Après avoir nié, le jeune homme finit par avouer. « Li dir ki li pa ti anvi kokin mo bizou mé li ti pe bien bizin kas. Lerla mem nou finn kone ki ladrog pe kontrol li. »

La dépendance s’aggrave rapidement. Les objets disparaissent les uns après les autres : télévision, téléphone, ventilateur ou outils de travail. Les parents cachent leurs portefeuilles avant de dormir et certains proches refusent désormais de l’accueillir, de peur d’être volés.

Comportement violent

Lorsque le manque se fait sentir, le jeune homme devient agressif. « Il criait, cassait des portes, lançait des objets. Puis il revenait quelques heures plus tard en pleurant et en demandant pardon », raconte Ibrahim.

Pour Amina, les nuits deviennent interminables. « Je regardais par la fenêtre jusqu’au petit matin pour voir s’il rentrait vivant. Chaque appel me faisait craindre qu’on m’annonce sa mort ou son arrestation. »

La souffrance touche également le reste de la famille. Sa sœur n’ose plus inviter ses amies à la maison par peur d’un scandale. Son petit frère confie : « Mon héros était devenu quelqu’un que je ne reconnaissais plus. » Même les fêtes de l’Eid perdent leur joie. « Nous faisions semblant de sourire, mais nous avions peur qu’il arrive sous l’effet de la drogue et gâche la journée. »

À cette douleur s’ajoute le regard des autres. « Certains nous soutenaient, mais d’autres nous accusaient d’avoir mal élevé notre enfant. Ils ignoraient tout ce que nous traversions », explique la mère, qui regrette de ne pas avoir demandé de l’aide plus tôt.

Le déclic

Face à cette épreuve, la famille trouve du réconfort dans la foi. « Nou finn kontiy deman duas pou li. Mé nou finn kompran ousi ki depandans li kouma enn maladi ek bizin suivi », souligne Ibrahim.

Le déclic survient après une overdose. Retrouvé inconscient, le jeune homme est transporté d’urgence à l’hôpital. « Quand je l’ai vu sur ce lit, j’ai compris que nous étions à quelques minutes de le perdre. » C’est à ce moment qu’il accepte enfin de se faire soigner.

Depuis, le chemin reste difficile. Les rechutes existent et chaque journée est un combat. « Beaucoup pensent qu’il suffit d’arrêter du jour au lendemain. Ce n’est pas vrai. Il faut du temps, des soins et le soutien de la famille », insiste son père.

Aujourd’hui, leur fils poursuit sa reconstruction. « Nou remersie Allah ki nou zanfan vivan ; ena paran pena sa sanss la », dit Amina qui lance un dernier appel : « Pa panse ki ou fami a l’abri ladrog. Vey tou ti sanzma konportman zot zanfan ; koz ar zot ek ed zot depi ban premier signe. »

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