Thursday , 9 July 2026

Continuous Glucose Monitoring : une nouvelle manière de mieux comprendre son diabète

Pendant longtemps, le suivi du diabète reposait principalement sur trois outils : la prise de sang au laboratoire, l’HbA1c qui donne une moyenne sur environ trois mois, et le glucomètre classique qui mesure le sucre au bout du doigt à un moment précis. Ces outils restent importants. Mais aujourd’hui, une nouvelle technologie permet d’aller plus loin : le CGM, ou capteur de glucose en continu.

Le CGM, de l’anglais Continuous Glucose Monitoring, est un petit capteur placé généralement sur le bras ou l’abdomen. Il mesure le glucose dans le liquide situé sous la peau, appelé liquide interstitiel. Il ne mesure donc pas directement le sucre dans le sang comme une prise de sang ou un glucomètre, mais il donne une estimation très proche de l’évolution du glucose dans le corps.

L’avantage principal est qu’il ne donne pas seulement un chiffre isolé. Il montre une courbe. Il permet de voir si le taux de glucose monte, descend ou reste stable. Certaines personnes peuvent recevoir des alertes lorsque leur glucose devient trop bas ou trop élevé. Cela peut être particulièrement utile pour éviter les hypoglycémies, surtout chez les personnes traitées par insuline.

Une image plus complète

Le glucomètre classique reste utile, mais il donne une photographie du moment. Par exemple, un patient peut tester son sucre le matin et avoir un chiffre correct. Mais il peut avoir des pics importants après le repas de midi, ou des chutes de sucre pendant la nuit, sans s’en rendre compte.

Le CGM agit plutôt comme une vidéo. Il montre ce qui se passe pendant la journée et parfois pendant la nuit. Il permet de mieux comprendre l’impact des repas, du stress, du manque de sommeil, de l’activité physique ou de certains médicaments sur le glucose.

C’est là que cette technologie devient intéressante : elle ne sert pas seulement à « surveiller un chiffre », mais à comprendre le comportement du diabète dans la vraie vie du patient.

Comprendre le « Time in Range »

Avec un CGM, on parle souvent de « Time in Range », ou temps passé dans la cible. Pour la plupart des adultes vivant avec le diabète, la cible habituelle se situe entre 3,9 et 10,0 mmol/L. L’objectif général est que le patient diabétique passe plus de 70% de son temps dans cette zone.

Cela signifie qu’au lieu de regarder uniquement une moyenne, on regarde la qualité du contrôle au quotidien. Deux patients peuvent avoir une HbA1c similaire, mais l’un peut avoir beaucoup de variations avec des montées et des descentes importantes, tandis que l’autre peut avoir une glycémie plus stable. Le CGM aide à faire cette différence.

Il permet aussi de repérer l’hypoglycémie. Chez une personne diabétique, surtout de type 1, un taux inférieur à 3,9 mmol/L est considéré comme bas. Un taux inférieur à 3,0 mmol/L est plus sérieux et nécessite une attention particulière. Les hypoglycémies répétées ne doivent jamais être banalisées.

Le CGM est-il réservé aux personnes sous insuline ?

Le CGM est particulièrement utile chez les patients qui prennent de l’insuline, surtout ceux qui ont des risques d’hypoglycémie ou des variations importantes de glucose. C’est aussi un outil précieux pour certains patients diabétiques de type 1.

Mais son intérêt ne s’arrête pas là. Chez certains patients diabétiques de type 2, même sans insuline (patients sous médicament oral), le CGM peut aider à mieux comprendre les pics après les repas, l’effet de l’activité physique ou la réponse au traitement. Il peut aussi être utilisé pendant une courte période, par exemple 10 à 14 jours, pour analyser les habitudes et adapter les conseils.

Chez les personnes pré-diabétiques ou non diabétiques, il faut rester prudent. Le CGM peut montrer des tendances et des pics après certains repas, mais il ne remplace pas les tests de diagnostic. Le diagnostic du diabète ou du pré-diabète doit toujours être confirmé par des examens reconnus : glycémie à jeun, HbA1c ou test d’hyperglycémie provoquée.

Une technologie utile, mais pas magique

Le CGM ne guérit pas le diabète. Il ne remplace pas les médicaments, l’alimentation équilibrée, l’activité physique, le sommeil, ni les consultations médicales. Il donne des informations. Encore faut-il savoir les interpréter correctement.

Il existe aussi des limites. Le capteur peut parfois afficher une valeur qui ne correspond pas parfaitement à la glycémie au bout du doigt, surtout lorsque le glucose change rapidement. En cas de symptômes d’hypoglycémie, de malaise, ou si la lecture semble étrange, il reste recommandé de confirmer avec un glucomètre classique.

Il faut aussi faire attention aux gadgets qui promettent de mesurer le glucose sans capteur sous la peau, comme certaines montres ou bagues connectées. À ce jour, il faut être prudent avec ces promesses. Pour le diabète, une mesure inexacte peut entraîner de mauvaises décisions, notamment sur l’insuline ou l’alimentation.

Un outil pour responsabiliser le patient

L’un des grands avantages du CGM est l’éducation du patient. Beaucoup de personnes vivant avec le diabète savent qu’il faut « faire attention au sucre », mais ne voient pas toujours concrètement l’effet de leurs habitudes.
Avec un CGM, le patient peut voir que certains aliments font monter son glucose plus vite que d’autres. Il peut observer que marcher après un repas peut aider. Il peut comprendre que le stress, le manque de sommeil ou les repas tardifs peuvent influencer son équilibre glycémique.

Cette prise de conscience peut être plus forte qu’un simple conseil verbal. Le patient devient plus acteur de sa santé. Il ne subit plus seulement son diabète ; il apprend à le lire.

Quels défis pour Maurice ?

À Maurice, l’intérêt du CGM est réel, mais plusieurs obstacles existent. Le premier est le coût. Ces capteurs restent chers pour beaucoup de familles, soit au prix de Rs 3270 par unité. Ensuite, il y a la question de l’accessibilité, de la formation des professionnels de santé, de l’éducation des patients, et de la protection des données personnelles.

Il ne suffit pas d’avoir une technologie moderne. Il faut aussi créer un système autour : des professionnels formés, des patients accompagnés, des explications simples, et une utilisation adaptée au contexte mauricien.

Le CGM est disponible chez Medicolyfe Co Ltd, une parapharmacie située à Rose-Hill. Pour toute information concernant le CGM, n’hésitez pas à nous contacter via WhatsApp au 5800 8808. Medicolyfe met également à votre disposition un personnel de santé formé afin de vous accompagner lors d’une consultation dédiée à l’introduction, l’installation et l’utilisation de votre capteur CGM.

Par Dr Sheik Luqman NISA
Médecin Chercheur en santé publique MBBS

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