jeudi , 2 juillet 2020

St Louis Gate – Bashir Jahangeer : mon combat contre la corruption

« Je n’ai remporté qu’une bataille. Je vais remporter la guerre lorsque les noms des corrompus seront dévoilés ».

Bashir Jahangeer s’était mis à dos avec ses collègues parlementaires lorsqu’il avait tiré la sonnette d’alarme, dès 2015, sur des éléments suspects entourant le projet de développement de la centrale St Louis du Central Electricity Board (CEB). Il considère que le rapport de l’African Development Bank (ADB) sur les allégations de pots-de-vin dans ce projet vient lui donner raison.

«Première manche de ma victoire sur la corruption». C’est ainsi que Bashir Jahangeer perçoit la publication du rapport de l’African Development Bank (ADB) sur les allégations de pots-de-vin dans le projet de la centrale St Louis du CEB. « Je considère cela comme une victoire, car lorsque j’avais soulevé cette affaire au Parlement à l’époque, plusieurs de mes collègues avaient exprimé leur mécontentement. Ils disaient que je tirais une balle dans le pied du gouvernement. Or, tout ce que je cherchais à faire c’était d’éclairer la population sur les dessous de ce contrat, car il y va de l’intérêt public. À ce jour, je n’ai remporté qu’une bataille. Je vais remporter la guerre lorsque les noms des corrompus seront dévoilés », affirme Bashir Jahangeer que STAR a rencontré au courant de la semaine à son bureau.

Bashir Jahangeer se dit ainsi « heureux », considérant que l’African Development Bank vienne aujourd’hui lui donner raison sur les anomalies qu’il dit avoir décelées et révélées dans l’exercice d’appel d’offres dès le départ. À l’époque, Bashir Jahangeer soutient qu’il n’avait de cesse de clamer haut et fort que ce contrat avait été taillé sur mesure pour favoriser une société en particulier. « Mo ti dir zot [ces collègues parlementaires], ca soulier la rente dan enn sel lipier », ajoute-t-il. En effet, Bashir Jahangeer parle de spécifications « taillées sur mesure » pour apparemment « favoriser » une compagnie. Le contrat s’élevait à Rs 4,3 milliards.

Questions censurées

Un sujet qu’il a, dit-il, vainement tenté de soulever au Parlement. Selon ses dires, il s’est toutefois heurté à des « pressions » venant de certains de ses collègues d’alors. « On a fait pression sur moi pour que je retire certaines de mes questions au Parlement afin de ne pas embarrasser certains ministres », soutient-t-il.

Or, Bashir Jahangeer est d’avis qu’il ne peut y avoir que deux explications pourquoi on demanderait à ne pas poser une question à un ministre. « Soit, le ministre en question ne maitrise pas son dossier, ce qui ne doit pas être le cas pour un ministre. Ou alors, parce qu’il y aurait certaines zones d’ombre entourant le sujet dont on ne voudrait pas que le public sache. Au cas contraire, il n’y a aucune raison pour exiger à un parlementaire de retirer sa question », soutient Bashir Jahangeer.

Bahsir Jahangeer ne manque pas de souligner qu’il a toujours déclaré ses intérêts lorsqu’il était parlementaire. « Je ne détiens aucune action dans une quelconque société et j’ai toujours déclaré mes intérêts. Cela n’a toutefois pas empêché à certains de dire le contraire et que je faisais tout cela car je voulais moi-même décrocher le contrat », dénonce-t-il. Bashir Jahangeer indique qu’il s’est toutefois résolu à jeter l’éponge dans le projet de la centrale St Louis lorsqu’il a pris connaissance que le ministère de l’Energie allait avoir recours à un Certificate of urgency in the public interest où finalement le contrat a été alloué à BWSC. « Li ti bet pu continie lerla », précise-t-il.

Combat contre la corruption

Le combat contre la corruption, Bashir Jahangeer en a fait son dada depuis qu’il est rentré au pays, du Koweït, en 1995. « Déjà, lorsque je suis arrivé, il y avait un scandale sur l’acquisition des compteurs. Ensuite, travaillant pour le compte d’une multinationale, au fil du temps, je me suis rendu compte qu’il fallait batailler très dur pour espérer décrocher un contrat sur le marché public », dit-il.

Un combat qu’il n’est cependant pas prêt d’arrêter, convaincu que « enn zafer Rs 5 pa cav pay Rs 10 ». « Que ce soit au Parlement, ou ailleurs, je ne suis pas prêt de laisser tomber ce combat. Lorsqu’un officier du gouvernement participe à l’exercice d’évaluation d’une offre, il faut qu’il ressente comme une épée de Damoclès suspendue sur sa tête, prête à lui tomber dessus s’il s’engage dans une mauvaise voie. Fode pa get zis cass », exhorte Bashir Jahangeer.

Notre interlocuteur se dit triste pour le Mauricien lambda qui, dit-il, n’arrive pas à en avoir pour son argent. « Car, force est de constater le nombre de fois que ce sont les offres les plus chères qui ont été retenues. C’est malheureusement le contribuable qui contribue de sa poche pour cela, à travers la taxe », dit-il.

Treize années au Koweït

L’énergie ainsi que les « utilities » sont les domaines de prédilection de Bashir Jahangeer. En fait, l’ex-député du MSM a travaillé pendant 13 ans au Koweït pour plusieurs sociétés multinationales telles qu’ABB, Hitachi, Alstom mais également pour le compte du ministère de l’Eau et de l’Électricité du gouvernement koweitien en tant que consultant. « De ce fait, j’ai été appelé, à un moment ou un autre, à être en contact avec de nombreux fabricants et fournisseurs », dit-il.

En retournant au bercail en 1995, Bashir Jahangeer indique qu’il était quelque peu surpris de constater que le pays avait pris du retard en matière de technologie utilisée à l’époque. Il travaillait alors pour le compte de la compagnie suisse, ABB. « Je m’occupais essentiellement à repondre aux appels d’offres, surtout pour le compte du secteur public. D’ailleurs, nous avions décroché plusieurs contrats portant sur le réseau électrique, des compteurs ou encore la production de l’électricité à travers un projet réalisé conjointement avec une firme sud-coréenne », dit-il.

C’est donc tout naturellement que Bashir Jahangeer suivait de près le projet de réaménagement de la centrale St Louis. « Il s’agit d’un gros projet avec des implications internationales », dit-il.

Privé d’investiture en 2019

Bashir Jahangeer se désole d’avoir été sacrifié, n’ayant pas obtenu d’investiture lors des dernières élections, alors qu’il estime qu’il ne faisait qu’œuvrer pour l’intérêt du petit peuple. « J’estime avoir été puni pour ma franchise et mon combat contre la corruption. Le Créateur finn montre ki zot ti ena tor », dit-il.

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