L’inauguration du premier étage rénové de la Sayyedena Abu Bakr Siddique (R.A) Masjid à Vallée-Pitot, jeudi dernier, marque davantage que l’achèvement de travaux. À Vallée-Pitot, la mosquée veut désormais donner une nouvelle impulsion aux activités destinées aux femmes, avec un espace à la fois confortable, élégant et pensé pour l’éducation et l’épanouissement. Une orientation qui s’inscrit dans une ambition plus large : faire de la mosquée un véritable centre de vie communautaire.
Dès que l’on pénètre dans le premier étage rénové et entièrement climatisé, une chose frappe : le soin particulier apporté à l’aménagement intérieur. L’espace destiné notamment aux dames ne donne nullement l’impression d’avoir été aménagé comme une simple extension fonctionnelle de la mosquée. Le décor a été travaillé. L’ensemble est harmonieux, chaleureux et lumineux. Les lustres et les abat-jour apportent une touche de raffinement supplémentaire à une décoration qui conjugue sobriété et élégance.
Cette esthétique sied particulièrement à la vocation du lieu. Il s’agit de créer un environnement dans lequel les femmes puissent se sentir accueillies et disposer de bonnes conditions pour participer à des activités religieuses et éducatives. La décoration intérieure du rez-de-chaussée et de l’étage a été confiée à Riad Peerbocus.
Mais derrière les lustres, les luminaires et l’aspect visuel se trouve surtout une réflexion sur la place des femmes dans la transmission du savoir et des valeurs. La direction de la mosquée ne part pas de zéro. Des cours destinés aux dames avaient déjà été mis en place dans le but de renforcer leurs connaissances et leurs compétences. La philosophie affichée est que leur rôle au sein de la famille, notamment comme mères et éducatrices, contribue directement à la formation de la nouvelle génération. Avec la rénovation du premier étage, cette orientation peut désormais prendre une autre dimension.
Pour le secrétaire de la mosquée, Farouk Barahim, l’enjeu dépasse d’ailleurs la simple organisation de cours religieux. Il insiste sur ce qu’il considère comme la responsabilité fondamentale de la mère dans l’éducation de l’enfant : « La maman est la première éducatrice de l’enfant. » Selon lui, créer un environnement islamique dès le plus jeune âge constitue également une manière de donner aux enfants des repères susceptibles de les protéger plus tard contre certains fléaux, notamment la drogue et l’alcool.
Dans son allocution, le Mufti Muhammad Ishaq Qadri Razvi a expliqué la dimension spirituelle du service envers la mosquée. Il a exhorté les fidèles à ne pas seulement embellir les bâtiments, mais à purifier leurs propres cœurs des maux intérieurs (jalousie, médisance) pour parfaire leur foi.
Une inauguration sous le signe de la ferveur
Un programme spécial a marqué l’inauguration du premier étage rénové le jeudi 3 septembre. L’événement a réuni entre 300 et 400 personnes, parmi lesquelles des érudits islamiques, des dignitaires, des responsables communautaires et des personnalités politiques.
Organisée dans le cadre des célébrations du Yaum-un-Nabi (saw), la cérémonie était présidée par Hazrat Allamah Mufti Muhammad Ishaq Qadri Razvi, directeur du Dar-ul-Ifta de la Jumma Masjid. Maulana Mohammed Hussain Qadri, Khatib et Imam de la Masjid Sayyedena Abu Bakr Siddique (R.A), a assuré la fonction de maître de cérémonie.
Le programme a débuté par une récitation du Saint Quran par Maulana Hafiz O Qari Ibrahim Shami, Imam de la Jumma Masjid de Port-Louis, suivie d’un Naat Sharif interprété par Hazrat Maulana Qari Muslim, Khatib et Imam de la Masjid Madeena, rue Moka, à Port-Louis.
Quarante ans de foi, d’éducation et de service à la communauté
L’histoire de la Sayyedena Abu Bakr Siddique (R.A) Masjid prend racine dans le Vallée-Pitot des années 1980. La population musulmane de la région augmente alors sensiblement mais le quartier ne dispose d’aucune mosquée. Pour accomplir leurs prières ou participer aux activités religieuses, les fidèles doivent se rendre dans d’autres régions.
C’est dans ce contexte qu’Aboo Bakar Mahomed et Maulana Hafiz Abdool Bashir Bassuruddy, entourés de plusieurs membres de la communauté, décident de concrétiser un projet longtemps souhaité : bâtir une mosquée au cœur de Vallée-Pitot. Cette mobilisation s’organise autour de l’Anjuman Fidayan-E-Mustapha Association, fondée le 14 avril 1981.
Le projet franchit une étape décisive lorsque Marhoom Aboo Bakar Mahomed consacre à la mosquée un terrain de 207 toises sous forme de Waqf Lillah. Le Waqf est officiellement enregistré le 14 juin 1985. Six mois plus tard, le 10 janvier 1986, Hazrat Allamah Maulana Shah Ahmad Noorani Siddiqui pose la première pierre de la future mosquée. Mais dès le départ, la vision dépasse largement la construction d’un bâtiment destiné aux cinq prières quotidiennes.
Prier et apprendre
En effet, lors de la pose de la première pierre, Maulana Shah Ahmad Noorani Siddiqui formule une conception qui va profondément marquer l’évolution de la mosquée : celle-ci ne doit pas uniquement servir à la prière, mais également informer, éduquer et éclairer les frères et sœurs musulmans, afin de transmettre la connaissance et les valeurs islamiques aux générations suivantes.
Cette vocation éducative devient progressivement l’un des piliers de la Sayyedena Abu Bakr Siddique (R.A) Masjid.
Une Madrassah y est développée et les responsables font le choix de rendre l’enseignement accessible au plus grand nombre. Malgré l’absence de revenus propres, les cours, les livres scolaires et même certaines excursions sont proposés gratuitement. Un programme de Hifz-ul-Qur’an permet aussi aux élèves d’approfondir la mémorisation du Saint Quran après la prière de Maghrib.
La mosquée s’est également ouverte à la technologie. En 2007, le Shah Ahmad Noorani Computer Lab est inauguré afin de donner accès à l’informatique et aux technologies de l’information. L’activité cessera progressivement avec la multiplication des centres de formation, mais l’initiative témoignait déjà de la volonté d’adapter les services de la mosquée aux besoins de son époque.
Une mosquée qui veut être accessible à tous
Une autre évolution importante concerne l’accessibilité. Une rampe a notamment été aménagée au rez-de-chaussée pour les personnes en fauteuil roulant, tandis que l’accès au Wudhu Khana a été amélioré. Ces travaux ont été réalisés avec la contribution d’Ali Jookhun, président de la Down Syndrome Association, qui intervient comme consultant sur les questions d’accessibilité.
La démarche repose sur un principe simple : permettre aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite de participer à la vie religieuse dans des conditions de dignité.
La solidarité comme autre pilier
Au fil des années, la Sayyedena Abu Bakr Siddique (R.A) Masjid s’est aussi affirmée comme un acteur social.
Son Zakaat Fund intervient auprès de familles et de personnes vulnérables. L’aide peut prendre différentes formes : colis alimentaires, paiement de frais de scolarité ou d’études universitaires, soutien à la formation professionnelle, prise en charge de certaines factures de CEB, CWA ou de loyer, assistance médicale et réparations de maisons.
Les responsables indiquent que les demandes sont examinées avant toute assistance et que 100 % des dons destinés aux bénéficiaires leur sont consacrés, sans prélèvement de frais administratifs.
Cette solidarité ne s’arrête pas aux frontières mauriciennes. La mosquée a également soutenu des actions humanitaires à Madagascar, en Inde, au Pakistan et à Gaza. Elle organise parallèlement des bilans de santé, des dépistages et des collectes de sang.
Des épreuves à la reconstruction
L’histoire de la mosquée comporte également des périodes difficiles. Le 15 janvier 2024, le cyclone Belal provoque une importante inondation du rez-de-chaussée. Le Jamaat Khana et le Sahan sont touchés, la moquette est endommagée et plusieurs documents et équipements subissent des dégâts.
Une rénovation majeure est alors entreprise. Achevée en septembre 2024, elle comprend la modernisation des espaces, la climatisation, la peinture, de nouveaux aménagements administratifs, une salle de conférence ainsi que des facilités d’accès pour les personnes à mobilité réduite. La mobilisation des bienfaiteurs venus de différentes régions de Maurice permet à la mosquée de rebondir.
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