Chacun vivant alors se souvient peut-être où il était en ce 11 septembre là. Le choc des avions crashant dans les tours du WTC. Il a fallu du temps pour comprendre. Jusqu’aujourd’hui nous n’avons pas tout compris. D’ailleurs, le procès de l’accusé principal derrière les attentats n’a pas encore eu lieu. Celui imputé comme responsable suprême a été tué et jeté à la mer, sans être jugé par un tribunal. Depuis, partout, des millions d’innocents ont souffert, ont été massacrés, décimés, blessés, déplacés, stigmatisés…affligés par une « war on terror » qui finalement n’a jamais cessé. Même chez nous, un Président a préféré démissionner que de se soumettre au diktat néo-impérialiste.
Le 11 septembre 2001 n’a pas changé la face du monde, mais il a marqué l’histoire par des images qui auparavant appartenaient à la fiction. Les attaques, quelles que soient les histoires vraies ou fausses derrière, n’ont fait que confirmer, souligner et rappeler de la manière la plus spectaculaire qui soit une vérité absolue. L’humanité est en perdition. Un anthropologue français définissait l’homme comme « entropique », car il agit comme une machine qui détruit l’ordre naturel pour créer du désordre. Il ne faisait que reprendre ce que les physicistes avaient observé : le désordre suit la flèche du temps. Sauf ?
Exception
Est-ce que le chaos est inévitable ? À regarder l’univers, du plus petit phénomène microscopique aux confins lointains des galaxies, tout se déroule avec un accroissement du désordre de manière générale. Il en est de même au bout du compte pour nos sociétés, ici comme ailleurs, dans le passé comme au présent. Nous n’allons pas vers davantage d’ordre dans l’absolu, particulièrement sur le long terme. Certes, il y a des développements, des progrès et des évolutions en termes de projets spécifiques, notamment avec la technologie, la culture et l’épanouissement de la civilisation lorsqu’il est positif. Ainsi, matériellement, il peut y avoir des avancées dans certains cas, mais c’est toujours au détriment de l’environnement physique, humain et/ou autre. Lorsque certains hommes se laissent aller, les dégâts sont hors normes.
La science nous enseigne que lorsqu’un système arrive à produire de l’ordre, il ne peut y arriver qu’à la limite de certains paramètres. Un moteur ne peut dépasser une certaine efficacité, même si tout est parfait. Et en réalité, il y a des pertes qui sont inévitables et beaucoup d’autres qui sont liées à nos défaillances de toutes formes. Nous souffrons des désordres qui sont crées des fois par la nature, d’autres fois par les machines mais aussi trop souvent, et surtout, par nous les hommes. À l’image de ces avions qui foncent dans ces tours en ce 11 septembre 2001.
L’humanité est en perdition. Certainement. Sauf ? Y a-t-il des exceptions ? Comme ces cas où l’ordre est créé à l’intérieur d’un système à la suite d’un travail consenti, d’un effort dédié, d’une action entreprise, naturellement ou non, mais toujours avec de l’énergie en plus ? Les exceptions sont bien là et elles se multiplient. Si les cellules biologiques qui se reproduisent normalement ou la régénération des écosystèmes fait partie davantage des règles que des exceptions, nous constatons que de tels processus déraillent aujourd’hui de plus en plus avec l’interférence humaine.
Notamment lorsque celle-ci est à but bassement matériel, maximiser les profits pour quelques-uns au détriment des autres et de la planète. Ces exploitations de nature commerciale, économique, culturelle, idéologique et/ou politique s’accompagnent de production de désordres de toutes sortes. De la pollution à l’esclavage moderne en passant par le culte du mondain, les abus n’en finissent pas. Ces destructions ne sont pas moins graves, pour les individus comme pour la Terre entière, que les attaques du 11 septembre.
Cependant, là où les exceptions doivent retenir notre attention c’est surtout lorsque nous nous tournons vers les hommes eux-mêmes. Depuis le 11 septembre 2001, au-delà du bilan négatif que nous pouvons relever tant en matière de victimes, et pas seulement les 2, 753 personnes de toutes religions tuées avec la chute des deux tours, il y a ces initiatives de partout qui ont construit un espoir que l’ordre est possible, même si ce n’est que dans une petite localité quelque part au monde ou sur une échelle qui est considérée insignifiante aux yeux des médias.
Comme jamais auparavant, autant certains ont voulu salir l’image de l’islam autant y a-t-il de gens bien plus nombreux qui ont découvert l’islam. Il y a une montée des extrémismes, y compris évidemment de l’islamophobie principalement en Occident, mais ce chaos ne doit pas effacer la réalité qu’au niveau de la masse informée il y a une meilleure compréhension de l’islam. La globalisation, particulièrement avec les réseaux sociaux post-11 septembre, mais aussi par la migration depuis, mène à une situation où il est impossible d’ignorer l’islam et les musulmans n’importe où au monde. Il est indéniable que cela ramène des tensions et des épreuves, des problèmes même, mais il y a souvent des résultats positifs qui en découlent. Il ne faut pas sous-estimer ces exceptions qui prennent la forme de sous-systèmes où l’ordre s’établit alors que le plus grand système est lui en dégradation continue.
Mais…
Concrètement, l’exception ce sont ces gens qui ne se sont pas laissé décourager par le désordre général qui s’accroît mais qui se sont organisés avec foi pour faire le bien, résister au mal, soutenir les uns les autres dans la vérité, la patience et la persévérance. Aux USA même, que ce soit sous Bush, Obama, Trump, Biden ou Trump encore, le 11 septembre n’a pas empêché la montée d’une génération de citoyens, et d’institutions souvent bénévoles, qui font honneur aux valeurs universelles qui ont pu inspirer les pères-fondateurs de ce pays. Parmi, il y a tant de musulmans américains. Ils font la fierté de leur pays, et ce, malgré sa perdition qui s’est accélérée avec ses dirigeants successifs, de droite comme de gauche. L’islam n’est-il pas aujourd’hui plus fort aux USA en dépit du 11 septembre ?
L’exception que nous pouvons également remarquer est le soutien à la cause palestinienne. Et tout cela n’est pas complètement dissocié de ce qui s’est passé le 11 septembre. Le vrai chaos qui se poursuit est tout ce que nous savons davantage chaque jour concernant le 7 octobre, la décadence morale de Netanyahu sans oublier ceux qui le supportent et qui timidement maintenant parlent de nettoyage ethnique et de sanctions, l’emprise des sionistes sur la politique étrangère américaine, les milliards de dollars que coûte l’occupation israélienne aux contribuables américains et au monde entier, etc.
Mais cela n’est rien comparé aux milliers et milliers de victimes d’un génocide qu’un jour le monde commémorera mais ce sera trop tard. Cette calamité d’une perdition est répandue à cause de ceux qui dominent un système, mais exceptionnellement nous voyons que jamais n’a-t-on vu autant d’opinion favorable pour la Palestine. Aux USA comme ailleurs. Mieux que des poches de résistance, mais il y a là la création de petits systèmes où une vision alternative se traduit en la création d’un ordre nouveau. À l’exemple des initiatives de boycott qui impactent sur les rapports de force. Pas toujours avec éclat, mais c’est l’effort qui compte. Le recul d’Adidas sur la pub impliquant un soldat israélien est une modeste victoire, mais c’est une exception qui pèse tout son poids et qui en invite d’autres.
Nous pouvons et devons avoir encore beaucoup d’exemples d’engagement de ce type. Il y a en tant d’autres que nous ne savons pas. Cependant, cela ne change pas la réalité qui fait que dans l’ensemble c’est le désordre qui prévaut au plan macroscopique. L’humanité était, est et sera toujours en perdition malgré la prolifération de ces exceptions où certains croient, agissent et tiennent bon sur la vérité avec patience et persévérance. Il ne faut pas s’attendre à ce que les exceptions deviennent la règle. Il ne faut pas laisser tomber parce que la majorité va dans l’autre sens, le mauvais sens que ce soit volontairement, par ignorance ou sous l’influence des plus puissants. Il ne faut pas se sentir frustrés si le mal n’a aucune limite alors que faire le bien requiert beaucoup de ressources et connaît plein d’obstacles. Soyons ces êtres d’exception qui ne baissent pas les bras.
Dans un quart-siècle, à quoi faut-il s’attendre ? La perdition sera toujours le sort de l’humanité, et la planète en souffrira, mais il faut que se distingue ici et là, partout, des communautés qui se démarquent des autres et établissent un certain ordre, même si c’est d’une portée plutôt humble. Aux USA, nous pouvons nous attendre en 2051, un demi-siècle après, à une compréhension encore plus claire de ce que Bush disait justement tout de suite après les attaques de 9/11 : « The face of terror is not the true faith of Islam. That’s not what Islam is all about. Islam is peace. » Mais plus largement, il se peut que l’islamophobie soit encore présente ailleurs. Faut-il rêver d’un État palestinien d’ici 2051 ? Probablement, in sha Allah, ce sera une concrétisation. Il faudra même espérer que Netanyahou, et ses complices, soient d’ici là arrêtés, jugés et condamnés pour crimes de guerre, crime contre l’humanité et génocide. Et si tel n’est pas le cas, car l’homme demeure perdu et si le Jugement Dernier n’est pas encore arrivé, il faudra que certains se lèvent pour dire qu’ils font partie de l’exception au désordre qui se poursuivra jusqu’à la fin des temps.
Prof. Khalil Elahee
Star Journal d'information en ligne