dimanche , 27 septembre 2020
Seety Naidoo et Shamshir Mukoon.

Contrat controversé de St-Louis : la foudre du gouvernement s’abat sur le CEB

Le Central Electricity Board (CEB) est dans l’œil du cyclone. Depuis samedi, il est passé indirectement sous le contrôle du gouvernement ayant pour Chairman et pour directeur général, deux hauts fonctionnaires après la suspension du directeur général par intérim, vendredi, et de la révocation du conseil d’administration, samedi.

New Normal au CEB. À partir de lundi, le Top Management va opérer différemment. Son fonctionnement et ses prises de décision seront, semble-t-il, téléguidés à partir de Port-Louis. Le gouvernement l’a évincé pour placer les commandes entre les mains de deux hauts fonctionnaires. Rajkoomar Bikoo, haut fonctionnaire au ministère des Utilités publiques, et Radhakrishna Chellapermal, Deputy Financial Secretary, occuperont les postes de directeur général et de Chairman, respectivement.

La révocation du Board intervient après que le Chairman du Central Electricity Board, Seety Naidoo, a avoué, samedi matin, sur les ondes de Radio Plus qu’il avait été au mis au parfum de cette affaire depuis l’année dernière. « En février 2019, le General Manager [Shamshir Mukoon] m’a informé qu’il y a eu une correspondance entre lui et le BWSC. C’était dans mon bureau et en présence du conseiller légal d’alors. Il m’a aussi dit qu’il a demandé des éclaircissements et des précisions [à BWSC] pour connaître la marche à suivre », a déclaré Seety Naidoo.

Le Chairman du CEB soutient qu’il a demandé au directeur par intérim de suivre cette affaire « de très près » avec BWSC et d’informer ensuite le Board pour savoir quelle décision prendre. Entre-temps, Seety Naidoo indique qu’il n’a pas daigné informer le Deputy Prime Minister, Ivan Collendavelloo, car il attendait que Shamshir Mukoon revienne sur le Board pour remonter cette affaire au ministre. « Le General Manager attendait des précisions [du BWSC] pour rapporter cela au board. (…) C’est tout ce qui se passe au Board qui remonte jusqu’au ministre », a-t-il fait comprendre.

Chronologie

Lundi 8 juin.

L’African Development Bank émet un communiqué faisant des allégations de «fraudulent and corrupt practices » entourant le projet de réaménagement de la centrale de St-Louis. Ce projet du Central Electricity Board au côut de Rs 4,3 milliards, financé par l’ADB, a été décroché par la firme danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC), à l’issue d’un appel d’offres.

Le communiqué explique que l’équipe de l’ADB ayant mené l’enquête, dispose de preuves selon lesquelles des employés de Burmeister & Wain Scandinavian Contractor ont donné des pots-de-vin à des Mauriciens à travers un intermédiaire pour obtenir des informations confidentielles sur l’exercice d’appel d’offres. L’ADB a sanctionné la firme danoise en lui infligeant une exclusion de 21 mois de toute participation à des projets financés par la BAD.

Dans une première déclaration, le Chairman du CEB, Seety Naidoo, s’était dit « choqué » en prenant connaissance du communiqué, estimant qu’il s’agit d’allégations extrêmement graves mettant à mal l’image du pays.

Mardi 9 juin.

À l’issue d’une Special Board Meeting mardi, les membres du conseil d’administration du CEB décident de référer cette affaire à la commission anti-corruption. Parallèlement, tous les documents y relatifs au projet de la centrale St Louis ainsi que des ordinateurs ont été « secured » par le Management du CEB. Certains employés ont, dans la foulée, été transférés de leur poste.

La classe politique s’en mêle. Le Leader de l’opposition, Arvin Boolell, parle de « scandale du siècle », jugeant les allégations de l’ADB d’extrêmement graves. Le CEB et Ivan Collendavelloo, soutient Arvin Boolell, « bizin vinn rann kont »

Mercredi 10 juin.

Lors d’une conférence de presse, le porte-parole du PMSD, Kushal Lobine, réclame l’institution d’une commission d’enquête en qualifiant cette affaire de « méga scandale » ou encore de « bombe atomique ».

Jeudi 11 juin.

Cette affaire fait l’objet de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, adressée au Premier ministre, Pravind Jugnauth. Celui-ci dira qu’il n’était au courant que « an inquiry had been initiated nor was my Office solicited to provide assistance  ». Il dira qu’Ivan Collendavelloo n’était pas au courant non plus. Il donna toutefois l’assurance que « il n’y aura pas de cover-up, ni même de perception de cover-up ». Pravind Jugnauth annonce que Shamshir Mukoon a, dans la foulée, accepté de se mettre en retrait.

Arvin Boolell, pour sa part, a fait comprendre qu’il détient des informations sur l’identité de la personne qui aurait agi comme intermédiaire entre BWSC et l’administration mauricienne. « I can give the prime minister the name of the person who has distributed the money ». Le leader du Parti travailliste, Navin Ramgoolam, s’attaquera quant à lui au leadership du Premier ministre déplorant que celui-ci ne soit pas au courant de ce qui se passe au sein de son gouvernement.

Vendredi 12 juin.

La commission anti-corruption effectue plusieurs perquisitions à travers une descente simultanée, notamment au Head Office du CEB, le siège du ministère de l’Energie, au Central Procurement Board (CPB) et à l’Independent Review Panel (IRP). Plusieurs dossiers relatifs à cette affaire sont emportés.

À l’issue d’une Special Board Meeting, Shamshir Mukoon, le directeur par interim est remplacé à la tête du CEB par Rajkoomar Bikoo, haut fonctionnaire au ministère des Utilités publiques et membre du Board du CEB. Le leader de l’opposition, Arvin Boolell, a fini par remettre les informations dont il disait détenir au Premier ministre au cours d’une conversation téléphonique.

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