Wednesday , 13 May 2026

Shakeel Mohamed, Premier ministre par intérim : «Cette fonction impose de s’effacer derrière l’intérêt supérieur du pays»

Assumant le poste de Premier ministre par intérim pour la première fois, Shakeel Mohamed dit avoir vécu ce moment avec sérieux, humilité et sens du devoir. Dans cet entretien, il revient sur le poids de la fonction, le soutien de sa famille, le chemin parcouru en politique et la charge de travail permanente qu’impose le poste. Au-delà du symbole, il insiste surtout sur une idée simple : rester lui-même, garder le cap et assumer pleinement la responsabilité qui lui a été confiée.

Depuis que vous êtes Premier ministre par intérim, quel a été votre tout premier sentiment intime en découvrant cette fonction de l’intérieur ?
Mon premier sentiment a été un mélange de gravité et de reconnaissance. Gravité face à la responsabilité, et reconnaissance pour la confiance qui m’est accordée. Très vite, j’ai compris que cette fonction impose de s’effacer derrière l’intérêt supérieur du pays. C’est avec beaucoup d’humilité, de sérieux et un profond sens du devoir que j’assume cette responsabilité. Cette nomination est une responsabilité majeure, et j’espère avoir été à la hauteur de la confiance du Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, ainsi que de celle des citoyens.

Dans une carrière politique souvent faite de combats et de tensions, ce moment a-t-il eu pour vous quelque chose de plus rare, de plus doux, presque de suspendu ?
Tout ce qui vient après le combat, la patience, puis la reconnaissance, constitue en réalité la véritable récompense. Dans le parcours politique, il y a eu des épreuves, des moments de tension et des accusations infondées. Certains adversaires ont tenté de me discréditer, en évoquant notamment des affaires comme Gorah Issac, des allégations de trafic d’armes ou encore des changements supposés dans la loi du travail, autant d’éléments qui ont été clairement infondés. Lorsque l’on traverse ce type d’épreuves et que l’on se retrouve dans une position de responsabilité, on comprend davantage que God knows best when you are ready. Il faut continuer à persévérer, tout en laissant le jugement final à Dieu.

Comme le rappelle le verset 26 de la sourate Al-‘Imran : « Wa tu‘izzu man tasha’uwatudhillu man tasha’u », qui signifie : « Tu honores qui Tu veux et Tu humilies qui Tu veux ». Et au final, il n’y a rien d’autre que cela.

Avez-vous eu, au milieu du protocole et des responsabilités, un instant très personnel où vous avez simplement pris la mesure du chemin parcouru ?
Dans le silence de certains moments, on prend pleinement conscience du chemin parcouru. Non pas avec fierté personnelle, mais avec humilité. On pense aux étapes, aux engagements, et aux personnes qui ont compté. Je repense à mon père, feu Yusuf Mohamed, ainsi qu’à mon grand-père, feu Sir Abdool Razack Mohamed, dont les valeurs et l’enseignement continuent de me guider. Je n’oublie pas non plus mes mandants, depuis mes débuts dans la circonscription No 13 jusqu’à celle de No 3, à qui je dois beaucoup.

Le temps d’un Premier ministre s’écoule beaucoup plus vite»

Vos proches, ceux qui vous connaissent loin des projecteurs, comment ont-ils accueilli cette parenthèse si particulière de votre vie publique ?
Avec beaucoup de simplicité, et une fierté mesurée. Ils savent que derrière la fonction, je reste la même personne. Je ne cache pas le plaisir de mes fils. D’ailleurs, lors de ma première journée en tant que Premier ministre par intérim, deux de mes quatre enfants m’ont accompagné pendant quelques heures, étant donné la période des vacances. Mon devoir de père, lui, reste inchangé. Je tiens également à saluer mon épouse pour son soutien constant et sa bienveillance envers notre famille. Ainsi que les conseils et les du’as de ma maman, qui représentent énormément pour moi et m’accompagnent dans tout ce que j’entreprends. Pour moi, la famille a une importance fondamentale. J’ai d’ailleurs commencé ma journée en me rendant sur les tombes de mon père et de mon grand-père, avant d’effectuer une courte visite à ma mère à Quatre-Bornes.

Ce passage à la tête du gouvernement, même temporaire, a-t-il changé quelque chose dans la façon dont on vous regarde, dont on vous parle, dont on vous approche ?
Non, pas vraiment. Je reste le même. La même personne que je suis. J’ai toujours eu une relation simple et directe avec les gens. Les fonctions passent, mais le respect et l’authenticité dans les échanges restent constants.
Je dois reconnaître que le Premier ministre possède de réelles qualités de management, une force de conviction ainsi qu’une passion qui lui permettent de diriger les affaires du pays. Le temps d’un Premier ministre s’écoule beaucoup plus vite : tout est minuté, structuré et il n’y a pratiquement aucun temps mort. C’est une responsabilité continue, 365 jours sur 365 jours.

Tout comme tard dans la soirée de vendredi, une fois rentré à la maison, je continue à analyser la situation internationale, notamment l’évolution des marchés pétroliers, les déclarations du président Trump, la situation impliquant Netanyahou, le Liban, le détroit d’Ormuz, entre autres éléments géopolitiques.

Vendredi soir encore, jusqu’à plus d’une heure du matin, mes collègues ministres et moi-même, notamment le ministre Michael Sik Yuen, étions en communication téléphonique afin d’examiner les différentes possibilités de réduction du prix de l’essence et du diesel.

Le travail ne s’arrête pas une fois à la maison, bien au contraire, il se poursuit. Notre objectif est clair : être un gouvernement orienté vers les solutions. Si les conditions du marché international permettent une baisse du prix du pétrole et que nous pouvons apporter un soulagement à la population, nous le ferons.

Quand cette parenthèse sera refermée, qu’aimeriez-vous qu’elle laisse dans les esprits : l’élégance d’un moment, la simplicité d’une attitude, ou la vérité d’un homme face à la fonction ?
Que l’on retienne qu’au-delà du titre, il y a un engagement honnête, un sens du devoir, et le respect profond des institutions et des citoyens. Chaque décision compte et exige une attention constante. Je crois sincèrement que cette fonction requiert des qualités particulières, et que chacun est appelé à l’exercer selon ses aptitudes et, d’une certaine manière, selon le moment qui lui est destiné.

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