Au MMM, la vraie rupture ne porte pas seulement sur des démissions. Elle porte sur la définition même du parti.
Pour Paul Bérenger et ses proches, rester au gouvernement revient à trahir l’esprit militant et les valeurs historiques du MMM. Pour les 15 élus et cadres qui ont choisi de rester, c’est au contraire refuser la décision de la majorité qui met en cause le fonctionnement démocratique du parti. Autrement dit, les uns accusent la majorité mauve d’avoir choisi le pouvoir au détriment des valeurs ; les autres accusent Paul Bérenger de refuser la loi des instances. C’est ce choc entre deux légitimités qui explique aujourd’hui toute la gravité de la cassure mauve.
La cassure au MMM est désormais totale, mais elle ne peut pas être lue comme une simple bataille de personnes. Elle met face à face deux visions inconciliables du parti. La première – portée par Paul Bérenger et ses proches – affirme qu’un MMM qui reste au gouvernement malgré les dérives qu’il dénonce perd sa boussole et trahit sa vocation. La seconde – défendue par la majorité des élus et cadres restés en place – soutient qu’un parti n’existe que par ses règles, ses instances et le respect de ses décisions collectives. Au fond, toute la crise tient dans cette question : au MMM, qu’est-ce qui compte le plus aujourd’hui, la fidélité au chef historique ou la fidélité à la majorité interne ? C’est autour de cette question que s’est ouverte la plus grave fracture mauve de ces dernières années.
Dans cette affaire, les deux camps ne s’accusent pas seulement de faire le mauvais choix politique. Ils s’accusent mutuellement de trahir le vrai MMM. Pour le clan Bérenger, rester au gouvernement revient à s’éloigner de l’esprit militant et des valeurs fondatrices du parti. Pour les 15, au contraire, c’est refuser la décision de la majorité qui fragilise le MMM et remet en cause son fonctionnement démocratique. Autrement dit, les uns parlent de fidélité à l’âme du mouvement, les autres de fidélité à ses règles. C’est ce face-à-face, bien plus que les démissions elles-mêmes, qui donne à la crise actuelle sa profondeur et sa portée politique.
Deux lectures opposées de la crise
1. Le camp Bérenger dit :
Le MMM a perdu son âme en restant au gouvernement.
Pour Paul Bérenger, Joanna Bérenger et ceux qui les suivent, le problème principal est moral et politique.
Leur idée est la suivante :
- le MMM n’a pas été créé pour rester au pouvoir à n’importe quel prix ;
- le parti doit rester fidèle à ses valeurs ;
- si le gouvernement prend une mauvaise direction, le MMM ne doit pas rester dedans ;
- rester, c’est accepter ou cautionner des dérives ;
- donc partir, selon eux, ce n’est pas trahir le MMM, c’est au contraire rester fidèle à son esprit d’origine.
2. Le camp des 15 dit :
Le MMM n’appartient pas à une seule personne, même si c’est son fondateur.
Pour Reza Uteem, Rajesh Bhagwan, Ajay Gunness, Aadil Ameer Meea et les autres, le problème principal est institutionnel.
Leur idée est la suivante :
- le MMM a des règles, des instances et des votes ;
- une majorité a décidé de rester au gouvernement ;
- dans un parti, quand une décision est prise démocratiquement, il faut la respecter ;
- personne ne peut se placer au-dessus de cette décision, pas même Paul Bérenger ;
- donc rester, selon eux, ce n’est pas trahir le MMM, c’est respecter son fonctionnement démocratique.
La vraie différence entre les deux camps
Le clan Bérenger raisonne comme ceci :
Les valeurs d’abord, les instances ensuite.
En clair :
si le parti reste fidèle à ses règles mais trahit son âme, alors il se trompe.
Le camp des 15 raisonne comme ceci :
Les instances d’abord, sinon le parti n’existe plus comme parti.
En clair :
si chacun suit seulement le leader qu’il préfère, alors il n’y a plus de discipline ni de démocratie interne.
Le conflit porte en réalité sur trois questions simples
1. Le pouvoir
Faut-il rester au gouvernement ou quitter le gouvernement ?
- Bérenger : il faut partir, sinon le MMM se compromet.
- Les 15 : il faut rester, sinon le MMM trahit le mandat reçu et son choix collectif.
2. Le parti
Qui parle vraiment au nom du MMM ?
- Bérenger : le vrai MMM, c’est celui des valeurs historiques.
- Les 15 : le vrai MMM, c’est celui des instances, des votes et de la majorité.
3. Le militantisme
Qu’est-ce qu’un « vrai militant » ?
- Bérenger/Joanna : un vrai militant reste fidèle à l’esprit du MMM.
- Uteem/Bhagwan et les autres : un vrai militant respecte la discipline du parti et la décision majoritaire.
La formule la plus simple pour résumer la crise
Vous pouvez presque réduire tout cela à cette opposition :
Camp Bérenger : « Le MMM a gardé ses structures, mais il a perdu sa boussole. »
Camp des 15 : « Le MMM a gardé sa majorité, ses règles et ses instances ; c’est cela qui fait sa légitimité. »
Encore plus simple : en une phrase pour chaque camp
Paul Bérenger et ses proches disent :
- Le parti a peut-être la majorité, mais il n’a plus la bonne direction.
Les 15 disent :
- Paul Bérenger a peut-être l’histoire avec lui, mais il n’a plus la majorité avec lui.
Le nœud du problème
Le vrai problème, au fond, est celui-ci :
Au MMM, qu’est-ce qui compte le plus ?
- la fidélité au chef historique et aux valeurs qu’il dit défendre ?
- ou la fidélité aux instances, aux votes et à la majorité interne ?
C’est cela, la grande cassure mauve.
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