mardi , 29 novembre 2022
Shakeel Mohamed

Shakeel Mohamed : «Aucun problème que l’opposition parlementaire et extraparlementaire travaille ensemble»

Le député du Parti travailliste, Shakeel Mohamed, n’y voit aucun inconvénient à ce que les partis de l’opposition travaillent ensemble pour les élections municipales. Cela n’engage en rien, dit-il, ces partis-là pour des élections générales.

Êtes-vous à l’aise avec les négociations entre Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et Xavier-Luc Duval ?
Il n’y a aucune raison de ne pas être à l’aise avec les pourparlers et les échanges qu’il y a entre des partis de l’opposition. C’est quelque chose de normale. C’est une extension de la collaboration qui existe déjà à l’Assemblée nationale entre les forces de l’opposition.

Navin Ramgoolam met-il les dirigeants rouges au courant des discussions ?
Le leader du Parti travailliste a apporté des clarifications récemment. Non seulement avec les dirigeants du parti mais aussi au public. Il a dit que ce n’est pas une question d’alliance mais uniquement une possible collaboration en cas d’une éventuelle élection municipale. Les bases auront ainsi déjà été jetées si jamais les élections municipales sont annoncées. Il n’y a rien de plus que cela. Je pense que cette clarification était importante pour dissiper toute confusion qu’il aurait pu y avoir au départ.

Une réflexion s’impose sur le fonctionnement des institutions»

Une alliance de l’opposition est-elle inévitable pour faire face au MSM dans les villes ?
La question présuppose un calcul mathématique. Les élections de 2014 ont démontré que ‘1+1 n’est pas égal à deux’. Alors pour moi, la question si c’est nécessaire ne se pose pas. Pour moi, s’il y a un besoin que l’opposition parlementaire et extraparlementaire travaille ensemble en vue d’une élection municipale, ce n’est pas un problème. L’objectif principal des citoyens aujourd’hui est de se débarrasser de ceux qui occupent le pouvoir, à commencer par les élections municipales.

Est-ce qu’un accord municipal lierait forcément tous les partis pour les législatives ?
S’il y a une entente pour des élections municipales, c’est précisément pour les municipales. Il n’y a rien de plus que cela. Ce sont deux événements avec deux enjeux différents et deux compositions totalement différentes.

Un comité de réflexion réunissant les partis de l’opposition parlementaire sera mis sur pied pour se pencher sur les changements fondamentaux qu’il faut apporter. Qu’en pensez-vous ?
Qu’il soit important que les partis de l’opposition se réunissent, que ce soit ceux présents à l’Assemblée nationale ou ceux qui sont en dehors est, encore une fois, tout à fait logique. Toutefois, nous devons prendre aussi en considération les idées et les suggestions de la population qui doit être partie prenante de cette réflexion.

Et quels doivent-être les grands axes de cette réflexion ?
Tout ce qui a trait à la gestion d’un pays, en commençant par la constitution qui confère au Premier ministre, au président et au vice-président de la République leurs pouvoirs. Il faut donc réfléchir à démocratiser et non pas consolider tous les pouvoirs autour d’un homme qu’est le Premier ministre. Il faut aussi réfléchir sur la nécessité d’avoir un président et un vice-président. Une réflexion s’impose aussi sur le fonctionnement des institutions, car dans un passé récent nous avons assisté à une surpolitisation des institutions. Le mode de nomination à la Public Service Commission (PSC) et la Local Government Service Commission (LGSC) doit-il être revu complètement pour apporter plus de méritocratie et de la transparence dans les recrutements au sein de la fonction publique ? Idem pour les nominations au sein des corps paraétatiques. Le fonctionnement du parlement ainsi que la nomination du Speaker doivent aussi être discutés. Là où le bât blesse, c’est que certains partis politiques ont l’habitude de récompenser des adhérents qui n’ont pu obtenir de tickets. Cette mentalité est appelée à changer. La constitution a stagné ces 54 dernières années et avec elle, le pays également. Il est grand temps que ça évolue.

Les élections de 2014 ont démontré que ‘1+1 n’est pas égal à deux’»

Mais dans le camp du gouvernement, ils mettent en doute la capacité de l’opposition à travailler ensemble. Le PM a d’ailleurs récemment dit : « Enn lamars zot pa pe kapav organiser ». Que répondez-vous à cela ?
C’est ‘cheap’ de la part du Premier ministre. Nous savons tous qu’une marche ne va pas changer un gouvernement et l’attitude antidémocrate de Pravind Jugnauth. C’est pour ça que nous en débattons au sein de l’opposition pour savoir quelle est la meilleure des façons pour que l’on puisse s’exprimer. Mais Pravind Jugnauth réduit cela à de tels propos. C’est pourquoi lorsque je dis que je suis en faveur d’un élargissement de la démocratie, cela implique des débats intelligents. Les propos de Pravind Jugnauth démontrent un gouvernement en perte de vitesse et en manque d’argument.

Selon vous, des discussions doivent aussi se faire avec des partis extraparlementaires. Pourquoi?
Parce que je suis quelqu’un qui croit que personne n’a le monopole de la connaissance, des bonnes idées, de la bonne volonté et de la passion pour son pays. Bien qu’ils ne soient pas à l’Assemblée nationale, ils ont des idées à partager. Si on met de côté l’égoïsme politique et qu’on se bat pour une cause visant à insuffler un nouvel élan de développement dans le pays, incluant le développement humain, nous devons donc brasser large.

Malgré vos différends politiques avec Roshi Bhadain, vous pensez qu’il faut pouvoir travailler ensemble. Un avis que les leaders des partis de l’opposition ne semblent pas partager…
Je n’ai pas dit qu’il faut travailler ensemble. Je dis que je préfère avoir affaire avec une personne comme Roshi Bhadain qui me dit sans détour ce qu’il pense que d’avoir quelqu’un qui me poignarde dans le dos. Est-ce que Bhadain a de bonnes idées ? Oui. Est-ce qu’il voue une passion pour son pays ? Oui. Est-ce qu’il a commis des erreurs ? Qui n’en a pas commises ! Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas quelqu’un de bien ou que je suis mieux que lui. Cela dit, c’est vrai que des membres de son parti ont demandé, suivant un exercice démocratique, à travailler seul. Et on respecte cela. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas se parler et conjuguer nos idées tout en étant séparés.

Linion Pep Morisien a présenté les contours d’une loi donnant le droit à l’information. De quoi faire rougir des grands partis, n’est-ce pas ?
C’est un bon travail et je les félicite. C’est pourquoi je dis que nous n’avons pas le monopole des idées, d’où la nécessité de pouvoir collaborer. Un rapport avait été commandité par le Parti travailliste lors de son deuxième mandat. C’est dommage que nous n’ayons pu venir avec un projet de loi. Surtout qu’au même moment où le ministre britannique d’alors, Tony Blair, regrettait l’avènement de la Freedom of Information Act dans son pays, car cela avait provoqué plus de problèmes qu’elle n’avait apporté de solution. Je reste cependant en faveur d’une telle loi qui apporterait plus de transparence totale tout comme cela se fait déjà en Inde.

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