vendredi , 30 septembre 2022

Politique: Y-aura-t-il un vote musulman?

Dieu seul sait quand il y aura des élections, mais les tractations se précisent un peu au plan local. Il est dit que rien n’est impossible en politique, sinon avec certains hommes politiques. Il devient aussi clair que, encore une fois, aller voter risque d’être réduit surtout à une question de choisir son Premier ministre, pour la plupart des électeurs.

Il n’existe pas de divergences fondamentales sur les grandes orientations politiques. C’est pourquoi les alliances sont si faciles du moment où les égos de ceux qui dominent sont satisfaits. En attendant l’émergence, ou non, d’une troisième force, une fracture profonde demeure, se consolide même, entre ceux qui d’un côté sont avec le pouvoir en place, et de l’autre ceux qui sont contre. Au milieu il y a une masse non seulement dite ‘silencieuse’, mais surtout indécise, confuse, résignée ou, au contraire, indignée pour certains parmi eux. Sans compter celles et ceux, des jeunes surtout, qui sont de plus en plus indifférents.

Vote musulman

Au-delà d’une posture plutôt distincte adoptée par l’électorat qu’il soit urbain ou rural, le vote musulman, historiquement, a été autour des enjeux comme l’attribution des postes constitutionnelles, la composition du front-bench, le nombre de ministres, le Best Loser système ou encore la Muslim Personal Law. Au fil des décennies, ces questions se sont effacées petit à petit, au point où aujourd’hui nombreux pensent qu’elles ne sont plus pertinentes. Il n’est nullement étonnant de constater que, lorsque les alliances se discutent, il n’y a aucune nécessité d’inclure des membres de toutes les communautés. Ainsi, il ne faut pas trop s’attendre à la prise en compte de revendications spécifiques à l’heure de la liste des promesses électorales, encore moins à leur mise-en-œuvre éventuelle.

Doit-on s’étonner de cet état des choses quand nous savons que la communauté musulmane est plutôt déçue par la classe politique actuelle, y compris par ceux qui ont clamé pouvoir la défendre, sinon la représenter ? Cherche-t-elle, et si oui, aura-t-elle un digne leader un jour ? Difficile de répondre. Non parce qu’il n’y aura pas d’unanimité sur la question, mais surtout parce que les temps ont évolué. Il est improbable qu’un parti musulman trouve une acceptation, même au sein de la grande majorité des musulmans. Similairement, un agenda politique autour du Best Loser System ou de la Muslim Personal Law n’attira pas, même pas l’électorat musulman de la même manière qu’il y a un demi-siècle.

Vote national

En fait, comme tous les citoyens de la République, les musulmans sont interpellés également, gravement, par les ‘bread and butter issues’. Le litre d’huile à Rs 125, l’attente d’une pension mensuelle à Rs 13 500 ou la menace d’une augmentation de la facture du CEB renvoient au second plan, voire très loin, des soucis d’ordre religieux, sinon carrément sectaires, pour tant de personnes qui font face à des problèmes au quotidien. Le matérialisme qui s’accentue dans notre société affectant tout le monde nous rend aussi tous pareils, souvent chacun luttant pour survivre et quitte, des fois, à passer sur la tête de son prochain, coreligionnaire ou non.

Certes, il y a des expressions fortes de religiosité, quelquefois avec une complicité entre socioreligieux et politiques, mais dans le fond, la religion devient de plus en plus une affaire de la sphère privée pour beaucoup de nos compatriotes. Il parait que la pandémie a accentué cette dimension. Par exemple, certains ne se battront plus pour que l’adhân soit proclamé par des haut-parleurs, mais tomberont d’accord à l’amiable pour afin d’ouvrir un lieu de prière dans leur proximité sans controverse aucune. Sinon prieront chez eux. Les heures de permission pour la Jummah se négocient discrètement, pour ceux qui insistent, alors que jadis on parlait d’un acquis.

Thème incontournable, l’occupation de la Palestine, et les violations de droits humains qui persistent, ne soulèvent que peu d’indignation. Et cela seulement lorsque les médias, certains, en parlent ou à l’occasion d’un rallye. Il y a la réalité des réseaux sociaux, avec ses dérives possibles, qui peut attiser les tensions à partir des événements au plan international comme localement, mais pour la grande majorité des musulmans, il n’y a pas d’agenda musulman au plan politique. Le rapport de force jouant contre eux aussi, c’est dans les préoccupations nationales, communes à tous, qu’ils se retrouvent.

Espoir

Ce qui se passe ici concernant le vote identitaire musulman n’est pas unique. Il n’y a qu’à observer comment les revendications politiques des musulmans ont évolué ailleurs pour comprendre que davantage ces derniers cherchent à se retrouver, ensemble avec leurs autres concitoyens, à l’intérieur de modèles d’intégration qui répondent à l’exigence de leurs contextes respectifs. Les poussées d’extrémisme sont inévitables lorsque certains, à l’intérieur comme à l’extérieur de la communauté religieuse, refusent une telle démarche. Mais ces derniers ne représentent pas l’immense majorité.

Ainsi, qui aurait pensé, jusqu’à tout récemment, que la Turquie pourrait rétablir des relations parfaitement normales avec Israël, ou encore que le Hamas qui contrôle la bande de Gaza aurait poussé pour un apaisement, voire un statuquo avec ce dernier, après les récentes attaques ? Pourtant le sort des Palestiniens ne s’est nullement amélioré…

Voyons-nous là un constat d’échec des causes ‘musulmanes’, une capitulation même ? Sinon serait-ce un aveu de ceux qui disent lutter ‘pour Dieu’ qu’ils ont changé de stratégie ? Se seront-ils laissé corrompre ? Il y a aussi un renoncement de la part de tant de personnes qui, jusqu’à hier, disaient se battre pour rendre leur pays ‘islamique’. L’exemple de l’Emirat islamique d’Afghanistan, qui n’est reconnu par personne et où le peuple souffre chaque jour qui passe, ne donne espoir à personne.

Ici, le vote musulman disparait peut-être d’une mort naturelle, comme là-bas l’illusion d’un état islamique se heurte à la réalité humaine contemporaine. L’islamophobie, qui est une réalité grandissante, n’est pas la raison derrière un tel résultat.

Les musulmans ne feront pas la meilleure des communautés qu’il a été donnée à l’humanité entière, ici et ailleurs, parce qu’ils ont des noms ‘musulmans’. Ils y arriveront à trois conditions. Ordonnent-ils le bien ? Interdisent-ils le mal ? Croient-ils vraiment en Dieu ? Le Coran nous dit finalement qui sont ceux, les seuls, qui doivent se désespérer :

Ceux qui ont nié les signes de Dieu et Sa rencontre : ceux-là désespèrent de Ma miséricorde…(Le Coran 29:23).

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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