dimanche , 4 décembre 2022

Retour à l’ancien calendrier scolaire : quelles implications pour les élèves ?

Ce sera le grand retour à l’ancien calendrier scolaire à partir de janvier 2023. L’annonce a été faite, le 31 janvier, par la ministre de l’Éducation. Les examens de Cambridge auront également lieu en novembre 2022 au lieu de juin. Mais que représente ce retour au calendrier pré-pandémie ?

Le retour à l’ancienne formule du calendrier scolaire n’est pas sans incidence. Leela Devi Dookun-Luchoomun a, en effet, annoncé qu’en ce faisant, l’année scolaire en cours (2021-2022) a été étendue jusqu’au mois de novembre 2022 et que les « assessments » pour les élèves des Grades 1 à 13 auront lieu en octobre/novembre. En sus de cela, la ministre de l’Éducation a déclaré que les examens de Cambridge, c’est-à-dire pour les élèves des Grade 11 et 13, prévus en juin, sont repoussés à novembre 2022. Les examens du PSAC pour les élèves de Grade 6 et les examens de la NCE pour les élèves de Grade 9 auront lieu en octobre.

Du côté de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), cette nouvelle est accueillie favorablement. Le secrétaire, Arvind Bhojun, avance que « l’UPSEE apprécie que la ministre a pris en compte les difficultés rencontrées par de nombreux élèves, qui sont affectés par divers problèmes, pour s’adapter à l’enseignement et l’apprentissage en ligne ». Pour lui, prendre part aux examens sans préparation ni évaluations formatives appropriées aurait été « un suicide académique ». Cela aurait également poussé, selon lui, certains jeunes à abandonner l’école, mettant ainsi fin à tout rêve de rejoindre une université. « Cela aurait également été une concurrence déloyale, car l’équité n’aurait jamais été respectée. Ainsi, nous convenons que le calendrier de l’année académique tel que proposé par l’UPSEE a été considéré par la ministre de l’Éducation. À ce stade, il n’y a pas de meilleure décision pédagogique », soutient-il.

Contexte local

Arvind Bhojun est d’avis que ce retour à la normale comporte divers avantages. « Le calendrier ‘janvier-octobre’ est mieux adapté au contexte local, car il prend en considération les conditions météorologiques. Cela évitera aux étudiants de faire face à des calamités comme les inondations pendant la période des examens », soutient-il. L’intervenant se dit également satisfait de la décision de permettre à ceux qui le souhaitent de prendre part aux examens de Cambridge en avril/mai 2022. « En tant qu’éducateurs, nous avons tous à cœur l’avenir de nos apprenants. C’est notre priorité et nous sommes prêts à aider tous ceux qui prendront part aux examens d’avril/mai », assure-t-il.

Le secrétaire de l’UPSEE avance cependant que les efforts fournis par les éducateurs du secondaire sont passés inaperçus. « L’année scolaire en cours est étendue jusqu’en novembre et nous pensons que les efforts déployés par les éducateurs des établissements secondaires ont été complètement ignorés. Contrairement au primaire où les cours étaient télévisés, au niveau du secondaire, nous avions dû poursuivre le programme complet en ligne. C’est épuisant à la fois pour les enseignants et aussi pour les élèves », laisse-t-il entendre. De ce fait, Arvind Bhojun estime que le ministère aurait pu prolonger les vacances scolaires du mois août de 3 semaines à un mois.

Le facteur d’âge de l’apprenant

Si le retour à l’ancien calendrier est salué par la grande majorité d’acteurs du secteur éducation, n’empêche que cette décision comporte aussi quelques inconvénients surtout au niveau de l’âge des étudiants.

Arvind Bhojun (photo) considère que l’extension d’une année est étroitement liée à l’âge par rapport à l’achèvement du parcours scolaire des étudiants contrairement aux cohortes précédentes. « Mais ce n’est pas seulement à Maurice, mais plutôt un inconvénient global pour tous les étudiants. Comme cette pandémie a été très imprévisible, nous convenons tous que la protection de la santé et de la vie de nos élèves et éducateurs était définitivement la priorité absolue. Nous sommes persuadés que la ministre fera le nécessaire pour ajuster les conditions nécessaires afin d’éviter qu’un étudiant ne soit victime du décrochage scolaire dû au facteur d’âge », explique notre interlocuteur.

Dr Mehdi Manally : «Un effet positif sur la performance académique»

Pour le secrétaire de l’Union of Rectors and Deputy Rectors des collèges d’État, Dr Mehdi Manally, le retour à l’ancien calendrier scolaire est une bonne chose. « La décision a été bien accueillie dans le sens où cela va rééquilibrer le calendrier scolaire. Mais quelles en sont les modalités, les disparités concernant les termes ? Il faudra attendre pour se prononcer. Mais quoi qu’il en soit, cela va aider à rétablir le calendrier pré-Covid. Cette décision était attendue par beaucoup et j’estime qu’elle aura un effet positif sur la santé émotionnelle et la performance académique des élèves », soutient-il.

Dr Mehdi Manally avance que le retour à l’ancien calendrier va aussi aider surtout pendant les périodes cycloniques et les périodes de forte chaleur. « Cela va aussi faciliter le transit pour l’année scolaire de janvier 2024 et les années suivantes que ce soit pour les élèves du Grade 6 ou pour la promotion en Grades 10 et 12, entre autres », dit-il. D’un point de vue global, notre interlocuteur fait ressortir qu’une telle décision va aider les institutions comme le MES, car les examens seront organisés en novembre et donc, les professeurs qui veulent travailler pendant cette période pourront le faire sans problème. Pour lui, le retour à l’ancien calendrier n’a pas vraiment d’inconvénients sauf qu’en fin d’année, la situation est beaucoup plus « hectic » au niveau administratif.

Abordant le fait que les élèves vont perdre une année de leur parcours scolaire, Dr Mehdi Manally est d’avis que « cela est malheureusement inévitable ». « La vie est dynamique et on ne peut pas tout prévoir. C’est vrai que la perte d’une année peut avoir un impact négatif sur le moral des élèves en termes d’accès à l’université et même la possibilité d’intégrer le monde du travail le plus rapidement possible. Mais cela donne aussi la possibilité à certains élèves de mieux se préparer et s’organiser avant les examens et ces mois additionnels représentent une aubaine pour les élèves qui sont brillants dans le sens qu’ils pourront davantage se perfectionner. C’est une génération qui va devoir s’adapter », conclut-il.


Témoignages des élèves

Soumeiyah Tupsy : «J’aurai plus de temps à me préparer pour les examens»

Etudiante en Grade 11, Soumeiyah Tupsy avance que le nouveau calendrier scolaire de 2023 comporte certains avantages. « Grâce à l’extension de l’exercice en cours, j’aurai plus de temps à me préparer pour les examens, car je ne me sentais pas psychologiquement prête pour affronter les épreuves. Aussi, il n’y aura pas de confusions par rapport au trimestre. Nous sommes tellement habitués à l’année scolaire qui débute en janvier et qui se termine en novembre », dit-elle. Soumeiyah estime cependant qu’elle perdra une année scolaire. « C’est démotivant pour nous les étudiants. Certains veulent même mettre un terme à leurs études, car ils devront apprendre la même chose et à un moment donné, ils cesseront de faire des efforts. Pour moi, la perte d’une année représente une perte de temps. En coutre, cela représente un obstacle dans mon parcours qui a déjà subi un ralentissement », souligne-t-elle.


Hanifah Tupsy : «Les élèves pourront rattraper leur retard»

Pour Hanifah Tupsy, qui est en Grade 13, la décision prise par la ministre de l’Éducation est la meilleure, surtout dans l’intérêt des élèves. Mais selon elle, cette décision peut aussi démotiver beaucoup d’élèves. « Pour les étudiants qui doivent prendre part aux examens du HSC, ils pourront rattraper leur retard grâce à l’extension de l’année scolaire 2021-2022 jusqu’en novembre », estime-t-elle. Hanifah est d’avis que le retour à l’ancien calendrier scolaire permettra aussi aux étudiants d’avoir plus de temps pour surmonter certaines difficultés qu’ils ont eues lors des cours en ligne.

Cependant, notre jeune interlocutrice est d’avis que ce nouveau chamboulement peut causer certains problèmes dans la vie d’un étudiant qui a été contraint à redoubler le HSC. « Cela entraînera un déséquilibre dans sa vie en termes de poursuite de carrière. Et les étudiants peuvent également négliger les études maintenant pensant pouvoir se rattraper au cours des mois additionnels. Mais c’est à l’étudiant de décider si prendre part aux examens de novembre lui sera une année bénéfique ou lui coûtera une année de sa vie », dit-elle.


Alyân Abdul Ahmad : «Un retard qui ne pourra être rattrapé»

Alyân Abdul Ahmad est en Grade 11. Pour lui, le retour à l’ancien calendrier est une bonne initiative. « Nous avions un excellent système éducatif qui a fait ses preuves pendant longtemps. Il y avait un planning pour les élèves, les enseignants et les parents. Le système était aussi adapté à notre contexte mauricien et fonctionnait de manière fluide et satisfaisante jusqu’à l’apparition inattendue de la Covid-19 », avance-t-il. Selon lui, l’extension de l’année scolaire en cours jusqu’en novembre permettra à certains élèves de mieux se préparer en vue des examens en fin d’année.
Cependant, pour Alyân, perdre une année scolaire constitue un retard qui ne pourra pas être rattrapé dans sa vie estudiantine. « Les chances de trouver un emploi diminueront tandis que mon âge augmentera progressivement. Ce sera le cas pour les autres étudiants également », déplore-t-il.


Reziya Ali : «Un stress excessif pour les élèves et les enseignants»

Reziya Ali est en Grade 12 et pour elle, le calendrier scolaire donnera aux élèves plus de temps pour se concentrer sur leurs performances académiques. « La raison est que les enseignants ne seront pas pressés de terminer le programme scolaire et cela aidera les élèves à mieux comprendre les sujets. Par conséquent, ils contribueront à améliorer les performances globales des étudiants, ce qui apportera une amélioration de la qualité de l’éducation à Maurice. Le nouveau calendrier scolaire aidera également à tout ramener à la normale comme avant la pandémie, mais cependant, cette décision peut entraîner un stress excessif pour les élèves et les enseignants, car ils auront la charge de travail de presque toute une année sur leurs épaules », dit-elle.

Selon Reziya les élèves qui ont déjà redoublé des classes peuvent être démotivés et d’autres pourront même abandonner leurs études. « L’absence d’une petite pause avant la reprise de l’école peut apporter un sentiment général de fatigue et de manque d’énergie tant aux élèves qu’aux éducateurs. De plus, les parents seront également durement touchés car ils devront supporter une année de dépenses scolaires de plus pour leurs enfants », avance-t-elle.

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