dimanche , 4 décembre 2022

Classe 5 !

Après 20 ans, nous avons subi un cyclone comparable aux plus terribles. Beaucoup parmi ceux âgés de plus de 20 ans se rappellent de la dernière fois que nous avions connu un avertissement de Classe 4 avec des rafales de plus de 120 km à l’heure, avec le passage de Dina en 2002. Certes, il y a eu Gamede en 2007, mais il n’était pas aussi intense. Ceux, qui n’étaient que des enfants à l’époque, ne s’en souviennent pas vraiment aujourd’hui.

Classe 5

Nous déplorons tristement le décès d’une personne, qui dès la levée des avertissements à 4 heures du matin, se rendait au travail pour ‘tirer du garage’ le premier autobus afin de permettre à la vie de reprendre. Ceux qui sont issus de familles d’employés dans le secteur du transport savent le courage de ces pères, et aussi de ces mères aujourd’hui, qui doivent répondre présents dès qu’il n’y a ‘aucun avertissement de cyclone en vigueur’. Comme d’ailleurs s’exposent beaucoup de ‘frontliners’, mais aussi tant de travailleurs du secteur privé, qui n’ont d’autre choix que de sortir pour aller au travail quand la météo annonce la fin des avertissements.

Les cyclones, et les phénomènes naturels généralement, ne tuent pas, mais ce sont le plus souvent ce que les hommes font comme infrastructures, bâtiments, machines, technologies ou routes qui les mettent en danger mortel. Par exemple, cela arrive fréquemment après une classe 4, allant des chutes à des électrocutions en passant par toutes sortes d’accidents liés quelquefois à la pression du moment, sinon à des négligences graves et des protocoles non-appliqués ou inappropriés. Il serait juste de dire qu’après la levée des avertissements cycloniques, une Classe 5 de précaution s’impose.

Toujours, il y aura des vents forts et des pluies quasi-torrentielles qui persistent après une classe 4. Et que dire des risques lorsque celle-ci est enlevée pendant la nuit ! Il faut aussi se rendre à l’évidence que de notre temps, une rafale de 120 km à l’heure enregistrée dans une station météo nous renvoie probablement à des vents de plus de 150 km à l’heure ailleurs comme entre des bâtiments, sans oublier le fait que nous avons de moins en moins d’arbres qui agissent comme briseurs de vent. Nos routes, des fois glissantes, sont aussi des tunnels ouverts pour le vent de s’accélérer au péril de nos vies.

Avec le changement climatique, les cyclones pourraient être plus puissants, même s’ils pourraient être moins fréquents sur notre île. D’où, sans doute, l’urgence de mieux se protéger avec l’introduction d’une Classe 5 de précaution. Puisque nous n’avons pas eu de catastrophe similaire depuis une vingtaine d’années, nous avons été un peu pris de court cette fois-ci avec Batsirai. Par exemple, trop de lignes électriques et téléphoniques, qui se multiplient d’année en année, sont disposées trop superficiellement sans une bonne planification. Le défrichement des arbres et des branches près des lignes doit être obligatoire. Avec l’avènement de l’internet qui est indispensable pour tous, il faut aussi aller vers l’alimentation des systèmes de téléphonie à partir de l’énergie solaire, particulièrement en cas de coupure du réseau électrique. Cette Classe 5 relève autant de la communication et la sensibilisation à une mesure de précaution post-cyclonique que de l’urgence de repenser notre développement plus largement.

Classe 5 ailleurs !

Faut-il aussi une Classe 5 de vigilance par rapport à la rentrée scolaire ? Certes, les autorités ont eu raison d’étendre le calendrier et de rétablir la tenue des examens en novembre, mais faut-il vraiment avoir tous les enfants en même temps en classe, tous les jours ? Imaginons une salle de 40 élèves où ceux-ci sont confinés pratiquement pendant toute une journée ! La pandémie n’est pas derrière nous. La vaccination n’est pas la solution en soi. Le port du masque dans les bus et ensuite en classe pendant presque 8 heures n’est pas une chose réalisable pour tous nos enfants.
Le comble est que nous jetons le bébé avec l’eau du bain en écartant ainsi l’enseignement à distance qui a des avantages certains, avec ou sans la pandémie. Il est clair que les cours en présentiel sont absolument essentiels mais nous pouvons les complémenter avec un soutien en ligne. Tant d’institutions éducatives, de professeurs et de parents ont fait l’effort d’investir dans les outils numériques pour l’éducation des enfants. Ceux qui n’ont pu le faire doivent être soutenus, et formés adéquatement, mais l’avenir de l’éducation à tous les niveaux ne peut qu’être hybride désormais. Cela s’applique aussi avec la prévalence de calamités naturelles qui affectent l’ouverture des écoles, comme nous venons d’en témoigner. Le dérèglement climatique exige un système scolaire plus résilient aux avaries du temps.

La Classe 5 de précaution au niveau scolaire demeure encore plus pertinente aussi longtemps que la COVID-19 est là. Mais aussi ajoutons à cela une vigilance type ‘Classe 5’ que nous devons appliquer dans les lieux de prière. L’intransigeance du Gouvernement à y limiter l’accès à 10 personnes est simplement dangereuse, car la mesure ne marche pas. À force de refuser de voir la réalité en face, les autorités poussent les gens vers l’illégalité alors que la police se trouve dans la quasi-impossibilité d’assurer d’implémentation d’une telle mesure.

À l’approche du mois de Ramadan, les responsables des mosquées ont intérêt à se montrer plus créatifs afin de gérer l’affluence des fidèles particulièrement pour les prières de la jummah et de la taraweeh. Le respect des gestes barrières face à la pandémie ne sera que plus facile si un accord est conclu entre le Gouvernement et les responsables des lieux de culte, toutes religions comprises. L’incohérence est flagrante si nous pouvons avoir des salles de classes et des autobus avec une quarantaine d’enfants pendant des heures. Comment aussi se fait-il que les cérémonies dites ‘religieuses’, par contre, sont-elles permises avec 50 personnes au maximum des fois dans des pièces fermées et exiguës ?

La Classe 5 de précaution pour rester dans la légalité serait-elle sous la forme d’une redéfinition de ce qu’est un lieu de culte, ou ‘place of worship’, endroit qui inclura 10 personnes, y compris le prêtre officiant ? Ailleurs se tiendront alors des rassemblements de 50 personnes au maximum, par exemple à l’extérieur ou dans une salle adjacente, mais tous suivant la même ‘cérémonie religieuse’ ? Il reviendra bien sûr aux responsables de ces lieux de s’assurer, eux-mêmes, du respect des gestes barrières…mais auront-ils la motivation pour le faire lorsqu’ils n’ont pas la bénédiction des autorités formellement?

Que ce soit pour les événements climatiques, les écoles ou encore les lieux de culte, nous sommes bien arrivés à l’heure où il faut revoir et harmoniser les protocoles afin de les rendre plus réalistes. La Classe 5 finalement n’est pas autant un avertissement qu’elle est un appel à engager toutes les parties concernées à un dialogue qui peut déboucher sur un engagement commun.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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