jeudi , 6 août 2020

Ramadan et Covid-19 : s’approcher de Dieu durant le confinement

Avant cette année, si quelqu’un observait la Terre de l’espace pendant chaque mois du Ramadan, qu’aurait-il vu particulièrement? Presque un milliard d’humains jeûner pendant toute la journée, beaucoup en train de prier le soir et d’autres faisant des œuvres bonnes de toutes sortes. À la Mecque, des millions se rassemblent devant la Maison Sacrée, l’umrah pendant ce mois ayant aussi la récompense d’un hadj en compagnie du Messager de Dieu, paix soit sur lui.

Mais il aurait aussi observé beaucoup de bruit, un phénomène incontournable et difficile à ne pas remarquer. Des mosquées et leurs alentours jusqu’à nos demeures en passant par les centres villes, les shopping malls, les rues, les bazars et les souks, le mois béni y est non moins bruyant. Certains en font même un moment festif. Les soirées du Ramadan dans le monde musulman, et ailleurs, dépassent souvent le cadre strictement islamique. Tout ce bruit cache aussi une consommation effrénée, un peu comme la revanche de la nuit sur le jour. Avec le consumérisme contemporain, il aurait aussi noté un certain gaspillage, une insouciance, voire des excès, contraire à l’esprit vrai du Ramadan.

Se remettre en question

L’an 1441 de l’hégire est différent. L’observateur extra-terrestre aurait compris que ce Ramadan sort de l’ordinaire. Le silence y règne, jusqu’à la Mosquée sacrée qui est singulièrement quasiment vide. Comme pour nous rappeler le sens premier du jeûne. C’est une rupture avec ce qui est devenue une possible habitude. Souvent on nous avertit du danger que notre ‘ibadah’ devienne une ‘adah’, l’adoration divine se réduisant à une banale routine. Certains parmi nous, nombreux, ont besoin sérieusement de (re)découvrir l’essentiel à propos de ce mois et de ses pratiques. Mais aussi, nous avons l’occasion de remettre en question notre conscience par rapport au monde, à la nature, à autrui, à soi-même, au sens de la vie et la mort.

Le jeûne nous a été prescrit, peut-être atteindrions-nous la conscience de Dieu dans un contexte totalement inimaginable ? Comment ne pas réaliser que la parole divine fut descendue pour la première fois à celui qui se confinait dans une cave pendant ce mois ? Les conditions sont uniques pour aller à la rencontre du Coran, intimement avec Dieu, comme lorsque nous prions désormais seuls à la maison. Au sein de la famille, nous nous retrouvons avec davantage de simplicité et de chaleur humaine, très loin des « iftaar parties » ou même des tables garnies qui nous ont distraits pendant trop longtemps. Les interminables et riches préparatifs de l’Eid ne commenceront pas pendant les derniers jours du mois du Ramadan. Même s’il n’y aura pas d’itikaaf peut-être dans les mosquées, beaucoup pourront vivre une expérience proche à cause du confinement. C’est déjà le cas si nous arrivons à nous retirer du monde pour nous rapprocher de Dieu. Quant à ceux qui, d’habitude, passent à côté du Ramadan, ils se trouvent face à une occasion à ne pas rater pour utiliser le temps qu’ils ont pour revenir vers Dieu.

Dimension sociale

Toutefois, la dimension sociale du Ramadan est nécessaire. Jamais le Messager de Dieu (paix soit sur lui) n’aurait été autant généreux que pendant ce mois. Si se confiner à cause du Covid-19 est déjà en soi un acte de solidarité quelque fois stressant, il n’empêche que nous pouvons donner, donner et donner par différents moyens même lorsque, physiquement, nous ne pouvons nous déplacer. Il y a tant de gens qui souffrent en ces temps, car tous n’ont pas la même chance. S’il nous est impossible de nous engager sur le terrain, nous pouvons aider les cadres associatifs qui le font tant dans la lutte contre la pandémie que dans le cadre du Ramadan.

L’internet, avec les réseaux sociaux comme les services bancaires en ligne, nous permet de les épauler financièrement, de les encourager, de signaler les cas de détresse que nous découvrons localement. Et de nous informer de ce qui se passe ailleurs. Avons-nous du nouveau sur le sort des Ouighours alors qu’on nous dit que la Chine se remet en marche ? Comment se fait le Ramadan au Cachemire ? Et quid des pauvres des bidonvilles du monde, des camps de réfugiés et de migrants ? Même si Gaza a longtemps connu une situation de quasi-confinement avec le blocus de l’occupation sioniste, comment font-ils face au coronavirus ?

S’élever spirituellement

Le silence retrouvé des nuits du Ramadan est une invitation à s’élever spirituellement. Mais aussi la tranquillité du jour, comme après chaque prière quand nous entendons souvent les oiseaux chanter l’adoration du Créateur. Ce sont des moments privilégiés pour être avec Lui. Loin de toute distraction, si ce n’est des fois le rappel d’un estomac qui a faim, approchons-nous encore et encore de Lui. N’est-il pas Al Qarib, L’Infiniment Proche ?

Finalement, pensons aussi dans nos invocations aux malades, à ceux qui souffrent et à ceux qui sont en première ligne dans la lutte contre la pandémie. Leurs épreuves font d’eux des gens qui peuvent être encore plus proches de Dieu comme le sont ceux qui se battent pour Sa cause.

Par DR KHALIL ELAHEE

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