mercredi , 3 juin 2020

À Berlin en Allemagne : le Ramadan de Zubair Jahaleea chez l’ambassadeur Jankee

Zubair Jahaleea, un étudiant mauricien de 22 ans, vit actuellement une expérience incroyable en Allemagne. Sans logement, il est accueilli par l’ambassadeur de Maurice à Berlin, Chandan Jankee, qui l’héberge à son domicile.

Étudiant en physique à la Technical University of Berlin, Zubair Jahaleea devait rentrer au pays au mois d’avril pour entreprendre un stage dans le cadre de ses études. Il a donc tout naturellement quitté son logement au terme d’un premier semestre à la fin du mois de mars. En attendant de prendre l’avion pour regagner le pays, il est hébergé chez un ami pendant quelques jours. Sauf qu’entretemps, à Maurice, les frontières ont été fermées et il n’y a plus aucun vol possible vers Maurice.

C’est ainsi qu’il décide d’écrire à l’ambassade de Maurice à Berlin pour l’informer de sa situation, loin de se douter de ce qui l’attendait. « Le 17 avril, l’ambassadeur Chandan Jankee en personne m’a appelé et m’a invité à venir rester chez lui », relate notre compatriote, surpris par la proposition que lui a faite l’ambassadeur. « Je ne m’attendais pas à ce qu’un ambassadeur m’invite à rester chez lui. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter. Li dire vini to rester, to reposer to dormi bien », poursuit-il. En fait, pendant plusieurs jours, Zubair Jahaleea partageait une unique chambre avec un ami et ce, dans des conditions qu’il qualifie de « difficiles ».

Le Mauricien, originaire de Quatre-Cocos, ne tarit pas d’éloges à l’égard de l’ambassadeur. « Il a envoyé son chauffeur me récupérer. Je le rencontrais pour la première fois mais c’était comme si on se connaissait déjà. Il est quelqu’un de très amical. D’ailleurs, je ne suis pas le premier Mauricien en situation difficile à qui il a proposé de venir habiter chez lui », affirme le jeune homme.

Des provisions spécifiques

Au domicile de l’ambassadeur, Zubair Jahaleea bénéficie d’une chambre rien que pour lui. Pas de problème non plus pour ce qui est de la nourriture. « Line montre moi tou ceki ena dan frizider. Li dire moi pas hesite. Pren ceki mo bizin », dit-il. Zubair Jahaleea explique que l’ambassadeur a même fait des courses spécifiquement pour lui dans le cadre du Ramadan qui a débuté le vendredi 24 avril en Allemagne. « Il m’a acheté de quoi faire le suhoor le matin et l’iftaar le soir, notamment des biscuits, des céréales, des fruits, mais aussi des kebabs qu’on trouve dans des commerces turques, parmi d’autres », précise-t-il.

Le matin, Zubair Jahaleea explique qu’il se lève aux alentours de 2h40, la fin de sehri étant vers 3h20. Après la prière du Fajr, il va se coucher vers 5h. « Je me réveille ensuite vers 10h-11h et ma journée se passe entre la lecture et les classes que j’ai en ligne. Dans l’après-midi, M. Jankee et moi nous nous asseyons souvent pour discuter », dit-il.

C’est d’ailleurs ensemble que les deux Mauriciens préparent le dîner. « En fait, il ne me laisse rien faire. N’empêche que j’essaie de l’aider dans la préparation du dîner. Il est aux fourneaux pendant que je prépare les différents ingrédients. Au menu : du poulet, de l’agneau, entre autres », souligne Zubair Jahaleea qui rompt le jeûne normalement vers 20h30 en compagnie de l’ambassadeur Mauricien.

Un iftaar djiboutien

Zubair Jahaleea explique qu’il a aussi eu l’occasion de rompre le jeune chez l’ambassadeur de Djibouti à Berlin. « Etant donné que M. Jankee est souvent invité chez d’autres ambassadeurs pour la rupture du jeûne durant le Ramadan, il en a profité pour m’emmener avec lui chez son homologue djiboutien, l’ambassadeur Mohamed Dileita Aden », raconte le jeune homme.

Notre interlocuteur indique qu’en sus d’avoir été très bien accueilli par la famille de l’ambassadeur djiboutien, il s’est aussi senti comme à la maison chez ce dernier. « Le repas pour l’iftaar est quasiment identique à celui que j’avais chez mes parents : des fritures telles que samoussa, du « satini », des dattes de même qu’un thé djiboutien. Mieux, j’ai même pu déguster un briani préparé par l’épouse de M. Aden », se réjouit notre compatriote. Zubair Jahaleea souligne que c’est en congrégation chez l’ambassadeur djiboutien qu’il a aussi pu accomplir la salaat-ul-Maghrib. Et d’ajouter que Mohamed Dileita Aden l’a invité à venir rompre le jeûne chez lui régulièrement.

Chandan Jankee : «Zubair est comme mon fils»

Contacté au sujet de son aide apportée à Zubair Jahaleea, l’ambassadeur de Maurice à Berlin, Chandan Jankee qualifie ce geste de « normal », surtout dans la conjoncture actuelle. « I’m just helping as a human being. Je vois qu’il est dans une situation difficile alors j’essai de l’aider du mieux que je peux », dira-t-il. Et d’ajouter : « Mo gagne compagnie. Zubair est comme mon fils. Sans compter que cela me permet aussi d’en savoir un peu plus sur la culture et les traditions musulmanes », se contentera-t-il de dire.

Safeena Jahaleea, la mère de Zubair : «Mon fils est entre de bonnes mains»

Alors qu’elle se dit triste à l’idée que son fils doit observer le jeûne du Ramadan loin des siens, Safeena Jahaleea, la mère de Zubair, se dit néanmoins rassurée de savoir que « son fils est entre de bonnes mains ». « Je me faisais un sang d’encre pour lui, car d’une part il y a ce virus qui sévit partout et d’autre part parce que le Ramadan approchait. Mais je suis heureuse que M.Chandan Jankee lui soit venu en aide », indique Safeena Jahaleea qui se réjouit que l’ambassadeur mauricien a accueilli Zubair comme son propre fils.

Safeena Jahaleea indique qu’elle parle tous les jours à son fils. « Je m’assure qu’il s’alimente et qu’il se repose comme il faut. Car, lorsqu’il habitait dans son appartement, il ne mangeait que des pâtes et du pain. Son père et moi, on se faisait du souci pour lui », poursuit la mère.

Pour Feroze Jahaleea, le père de Zubair, c’est une aubaine que l’ambassadeur de Maurice à Berlin ait pris son fils sous son aile. « Je ne cache pas qu’au départ j’étais un peu paniqué lorsque Zubair m’a informé de sa situation. Mais j’ai été soulagé par la suite d’apprendre que l’ambassadeur lui a ouvert les portes de sa résidence. Il lui donne à manger, un endroit pour dormir et le considère comme son fils, que demander de plus ? » avance ce chauffeur de taxi.

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