Cette histoire, c’est celle de Nafeesah Tayed… Elle a le cœur sur la main et elle a choisi de suivre son cœur et de servir l’humanité à travers les animaux – chiens, chats et autres bêtes abandonnés et errants – et la compassion et l’amour pour ces êtres vulnérables la motivent tous les jours à avancer et à persévérer malgré les difficultés.
Ses posts et ses cris de cœur sur Facebook ne passent pas inaperçus. Nuit et jour, Nafeesah Tayed, militante de la cause animale depuis plusieurs années, s’inquiète du sort des animaux abandonnés, blessés ou accidentés.
Toujours en alerte, la jeune femme n’hésite pas à se rendre sur le terrain dès qu’un cas lui est signalé, souvent dans l’urgence, pour porter secours à ces animaux en détresse. À travers ses publications, elle lance régulièrement des appels à l’aide, que ce soit pour trouver des familles d’accueil, financer des soins vétérinaires ou encore sensibiliser le public à la responsabilité envers les animaux.
Face à la multiplication des cas, elle tire la sonnette d’alarme et appelle à une prise de conscience collective. Pour elle, la protection animale ne peut reposer uniquement sur l’engagement de quelques bénévoles, mais doit devenir une véritable priorité sociétale.
Quel constat sur le terrain ?
Elle qui est sur le terrain et témoigne souvent de cas de maltraitance et d’abandon, comment voit-elle la situation des animaux sur notre petite île ? « La situation ne s’est pas réellement améliorée, ou peut-être seulement légèrement par rapport à auparavant », répond-elle.
Cela dit, pour Nafeesah Tayed, il serait injuste de mettre tout le monde dans le même panier, car il existe effectivement à Maurice quelques véritables amoureux des animaux et des propriétaires responsables.
« Toutefois, la majorité de ceux qui se présentent comme ‘propriétaires d’animaux’ ou ‘amis des animaux’ voient leur amour conditionné par la race de l’animal. Beaucoup conservent encore l’idée qu’accueillir un animal chez soi revient à acquérir un meuble, alors qu’un animal de compagnie représente un engagement pour la vie, sur 15 à 20 ans », ajoute-t-elle.
Elle ne le répétera jamais assez : il faut absolument bien réfléchir et s’organiser avant d’adopter un animal, étant donné que cela implique un engagement financier avec les soins médicaux, une alimentation adéquate, un abri, mais aussi un engagement émotionnel et physique, « car il faut prendre soin de l’animal tout en lui donnant de l’attention et de l’amour ».
Des débuts précoces, une réalité brutale
Nafeesah Tayed a commencé sa mission alors qu’elle n’était âgée que d’une vingtaine d’années, encore étudiante à l’université, et elle a organisé sa première campagne de stérilisation autour de cette même période. Elle ne peut que constater avec regret et même effroi que ce sont principalement des chatons et des chiots qui sont jetés à la rue. « Une femelle mettra généralement au monde trois à huit petits et les gens, qui ne stérilisent pas leurs animaux, ne savent plus quoi en faire. Alors, la solution la plus facile reste l’abandon. Les gens n’ont pas peur d’abandonner ou de maltraiter les animaux, car la législation sur le bien-être animal doit encore être véritablement appliquée, avec des sanctions sévères et effectives, afin que chacun prenne conscience des conséquences de tels actes », plaide celle qui est diplômée en droit.
Notre interlocutrice déplore également le fait que certains propriétaires d’animaux voient encore la stérilisation comme « un péché, mais pas l’abandon », sans imaginer les souffrances que ces animaux endurent ensuite dans les rues, livrés à eux-mêmes. Nafeesah Tayed rappelle qu’il est essentiel de comprendre que Maurice est une petite île : peu importe où l’on abandonne un animal, cela finit par devenir un problème collectif, notamment en raison de leur reproduction. « Un seul animal stérilisé peut éviter la prolifération de plus de 150 animaux errants », explique la trentenaire.
Un quotidien rythmé par les appels
Être sauveteur d’animaux signifie mener une vie peu ordinaire. Ce que peu de gens savent, c’est que ces sauveteurs vivent au rythme des appels à l’aide. Ils consentent à sacrifier énergie, temps ainsi que leur vie sociale et personnelle pour porter secours à un animal maltraité ou abandonné. « Nous ne regrettons jamais cet engagement, car l’amour et la compassion que nous éprouvons pour ces êtres sans voix dépassent tout », dit Nafeesah Tayed avec émotion.
Son quotidien, à elle, consiste à s’occuper des animaux recueillis et placés en famille d’accueil. « Je prends principalement en charge des chatons aveugles ou malades, tout en aidant également des chiens et des chiots lorsque cela est nécessaire. Je nourris aussi les animaux errants et cela implique de cuisiner pour eux, nettoyer, administrer des soins, les emmener chez le vétérinaire si besoin, répondre aux appels et messages concernant des animaux en détresse, et leur trouver un foyer », fait-elle ressortir.
Une pression exacerbée
L’un des aspects les plus difficiles de sa mission réside dans la pression exercée par certaines personnes, qui souhaitent se débarrasser de leurs animaux ou de leurs portées. Il n’est pas rare pour elle de recevoir des appels insistants pour qu’elle prenne en charge un animal ; des appels qui peuvent aller jusqu’à la menace de l’abandonner si elle refuse. « Je suis une personne, il n’y a que ce que je peux faire et souvent, je suis submergée, mais je fais de mon mieux », confie-t-elle.
Elle, qui témoigne de la dure réalité sur le terrain et de l’état de ces abandons sur les routes ou dans les champs, insiste sur l’importance de stériliser les animaux, aussi bien domestiques qu’errants. « C’est douloureux de constater que, malgré les efforts de sensibilisation sur l’importance de la stérilisation et le respect des droits des animaux, beaucoup refusent encore de reconnaître leur part de responsabilité dans la surpopulation des animaux errants à Maurice, et préfèrent des solutions radicales comme la capture suivie de mise à mort ou l’empoisonnement », avance-t-elle le cœur lourd.
Un appel à la conscience collective
Nafeesah Tayed le répète à qui veut bien l’entendre ; nombreux sont ceux qui perçoivent les animaux errants comme une nuisance ou un fardeau, sans réaliser que nous sommes nous-mêmes à l’origine du problème et les principaux responsables de leur souffrance.
« Si aujourd’hui l’île Maurice est parfois perçue à l’international comme un enfer pour les animaux errants, c’est en grande partie en raison de notre ignorance et de notre irresponsabilité – un constat souvent partagé par les touristes après leur visite », conclut-elle.
Que faut-il savoir quand on adopte un animal ?
Avant toute adoption, le futur propriétaire doit être pleinement conscient de ses responsabilités envers l’animal. Adopter un animal représente un engagement à long terme, généralement de 15 à 20 ans. Ce n’est ni un objet ni un simple élément décoratif : c’est un être sensible qui devient un membre à part entière de la famille.
« Il est essentiel de disposer de l’espace nécessaire et des moyens financiers pour assurer son alimentation, ses soins vétérinaires et son suivi médical, incluant la vaccination et la protection », explique Nafeesah Tayed.
Au-delà des aspects matériels, adopter un animal implique surtout de lui offrir de l’amour, de l’attention et une présence constante – un engagement moral et affectif qui ne doit jamais être pris à la légère.
Le travail des autorités et la législation
Face à la persistance des cas de maltraitance et d’abandon d’animaux, Nafeesah Tayed plaide pour un durcissement des lois et des actions concrètes afin de mieux protéger les animaux à Maurice.
« Je tiens à saluer le travail remarquable de la MSAW (Mauritius Society for Animal Welfare) dans ses interventions contre la maltraitance et l’abandon des animaux. Toutefois, sans une législation suffisamment stricte et surtout rigoureusement appliquée, ces efforts risquent de perdre de leur impact. Il est essentiel que les autorités renforcent l’application des lois sur le bien-être animal, avec des sanctions sévères en cas de maltraitance », avance Nafeesah Tayed.
Selon la militante, des mesures concrètes doivent également être mises en place : pénalités pour les propriétaires ne stérilisant pas leurs animaux après six mois ; peines d’emprisonnement en cas de négligence grave ou d’abandon, ainsi que des campagnes de stérilisation gratuites à travers l’île, notamment dans les centres communautaires et les week-ends.
Enfin, Nafeesah Tayed estime que la coopération internationale devrait être encouragée afin de bénéficier du soutien d’organisations étrangères et de l’expertise de vétérinaires spécialisés, notamment en chirurgie mini-invasive (keyhole surgery).
L’adoption et l’éducation
Adopter auprès des sauveteurs plutôt que d’acheter des races onéreuses constitue une démarche à la fois éthique et responsable. « Il est également essentiel d’encourager le bénévolat, l’accueil temporaire (famille d’accueil) ainsi que les dons afin de soutenir concrètement les actions de sauvetage », laisse entendre Nafeesah Tayed.
Mais au-delà de ces engagements, la clé réside dans l’éducation ; la sauveteuse recommande fortement de sensibiliser la jeune génération, lui inculquer la compassion et le respect envers les animaux, afin de bâtir un avenir plus humain et plus responsable.
Votre soutien compte énormément !
Selon Nafeesah Tayed, si au moins 70% de la population d’animaux errants est stérilisée, des changements significatifs et durables pourront être observés. Lors de la dernière campagne de stérilisation organisée par la jeune femme en collaboration avec l’association Well Being of Stray, 63 animaux ont été stérilisés en une seule journée. Une nouvelle opération, tenue le 30 avril, avait pour objectif de stériliser un objectif de 40 animaux, suivie d’une campagne au mois de mai visant 80 animaux.
Si vous souhaitez apporter votre soutien, toute aide est précieuse. Les personnes désireuses de contribuer, que ce soit en fournissant de la nourriture ou en apportant un soutien financier, peuvent contacter Nafeesah Tayed via WhatsApp au 5717 5191.
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