Est-ce normal d’être un peu jaloux de vous ? Sans aucune mauvaise pensée, en ne vous souhaitant que du bien, sans vous en vouloir pour avoir été choisi…tout simplement être triste de ne pouvoir être du voyage. Ma sha Allah, Dieu a décidé que ce sera vous cette année. Il faut se réjouir de la volonté divine : c’est votre tour !
Il vous a invités comme il y a 22 ans, ce fut mon premier hadj, et le seul jusqu’ici. La tristesse, c’est peut-être le fait qu’il n’y aura qu’une unique occasion qui restera dans la vie comme « le hadj qui m’a été imposé comme obligatoire ». Il n’y aura pas de deuxième, troisième ou autre accomplissement de ce qui est prescrit, c’est-à-dire, de ce tout premier hadj qui est « fardh » ou « faraz » sur la personne.
Contrairement aux autres piliers de l’islam et même aux différents actes d’adoration, il y a toujours maintes opportunités de mieux faire avec le temps qui passe, in sha Allah. Nous pouvons toujours faire de notre mieux afin que la prochaine prière, le prochain jeûne, la prochaine donation de zakat ou n’importe quelle autre bonne action soit meilleure que la précédente. En fait, il faut espérer que ce sera ainsi, si Dieu nous accorde l’occasion de nouveau. Même pour l’attestation de la foi, la « shahada », nous sommes appelés à la répéter, la renouveler, à la raviver en permanence, en abondance, du plus profond du cœur.
Or, le premier hadj de nature obligatoire n’arrive qu’une fois. Je pourrai faire mille umrahs ensuite, mais ce n’est pas pareil. Avec les contraintes limitant le visa du hadj, à juste titre, à ceux qui n’y sont jamais allés, il n’y aura très probablement jamais de hadj surérogatoire ou « naafil » même si les moyens financiers sont disponibles sans limites. Le hadj supplémentaire est recommandé, méritoire même, mais reste presque impossible dans le contexte actuel, sauf si quelqu’un obtient une dérogation formelle, est membre d’une délégation officielle, participe à l’organisation ou d’autres cas de nature exceptionnelle. Mais cela ne sera pas comme son premier hadj qu’il a déjà complété dans le passé. Même l’enfant qui l’accompli demeure dans l’obligation de le faire, ce premier hadj imposé, quand il atteindra l’âge du discernement lorsqu’il en aura les moyens.
Si le désir d’être avec ceux qui partent cette année est bien là, surtout souhaitant être parmi ceux qui y vont pour la première fois, en toute humilité, le message qui leur est destiné est qu’il faut qu’ils fassent de leur mieux à chaque instant. La perfection humaine, ils ne la trouveront pas, mais n’est-ce pas là l’essence même du hadj ? Comme quand ils clament «…inna al-hamda wa al-ni’mata laka wa al-mulk, la sharika lak » (…Certes, la louange, le bienfait et la royauté T’appartiennent. Tu n’as aucun associé…). La meilleure des provisions qu’ils emportent est, certes, leur « taqwa », leur conscience pieuse, révérencielle et craintive de Dieu, chacun à un niveau que Seul Dieu connaît parfaitement. Qu’ils vivent pleinement ainsi chaque moment du hadjj, se remettant totalement à Dieu. « La sharika lak », ne donnant aucun partenaire, associé, rien avec Dieu dans l’adoration, l’obéissance et la reconnaissance qu’ils Lui doivent.
Chers invités de Dieu, ressentez intimement l’intensité de votre relation avec votre Dieu durant chaque rituel que vous pratiquerez pendant le hadj. Individuellement, tout en étant parmi la masse. Matériellement, tout en étant connecté spirituellement. Votre succès se mesurera un peu à la hauteur de votre préparation mentale, émotionnelle et même physique. Si vous vous êtes bien éduqués pour le hadj, vous l’apprécierez davantage. Chaque étape est, en fait, une mise en pratique de que ce le Coran décrit en quelques versets comme dans la sourate Baqarah (196-203) et la sourate Hadj (27-29).
Lisez, révisez et réétudiez le hadith authentique qui décrit clairement son seul et unique hadj, celui de l’obligation, comme accompli par le Messager de Dieu, bénédiction et paix sur lui (Sahih Muslim, Kitaabul Hajj, No 1218). Il nous a demandé d’apprendre de lui. Et pour s’imprégner vraiment d’une compréhension du cœur du hadj du dernier envoyé de Dieu, bénédiction et paix sur lui, il faut prendre Celui qui enseigne à l’homme ce qu’il ne sait pas comme son Éducateur. Implorez Dieu de vous accompagner par Son Savoir, Sa Présence et Sa Miséricorde, Son Amour même pendant le votre hadj. Vous êtes l’invité, Son invité, or puis-t-il avoir de meilleur hôte que Lui ?
Si c’est Dieu qui vous accueille, soyons certains que vous n’auriez rien à plaindre. Si c’est Lui qui est votre « sahibu safar », votre compagnon de voyage comme vous l’implorez dans votre invocation du voyage, alors il ne vous arrivera que ce qu’il Lui plait. Ainsi, à votre retour, nous serions épargnés de tant de polémiques, car vous auriez compris que la récompense du hadj augmente avec les épreuves. Certes, s’il y a injustice, il faudra chercher à y remédier mais pas comme depuis des années nous voyons ces scandales qui tâchent le hadj…pardon, qui nous tâchent nous-mêmes.
Il y a des manières dignes, appropriées et nobles ; légales, éthiques et islamiques évidemment de résoudre nos problèmes. Evitons de nous joindre à ceux qui alimentent les controverses quelques fois futiles, comme nous le subissons sur les réseaux sociaux trop souvent. Lorsque nous avons un « comment » en ligne, il doit y avoir une différence entre un « hadjee » qui mérite notre respect en illuminant notre monde et une personne cynique, frustré et loin du rappel de Dieu qui réagit sans réfléchir, vulgairement comme un soulard qui dit n’importe quoi.
Un mot aux accompagnateurs parmi les hommes qui sont soit des officiels, des responsables de groupes ou des « bénévoles » au sein des organisateurs. Si vous faites ce que vous devez en âme et conscience avec Dieu comme Juge et Témoin, agissant à la lumière de vos compétences sincèrement et à la limite de vos capacités…félicitations, donc, car vous serez récompensés dans ce monde et l’autre, in sha Allah. Sinon, si vous oubliez que les hadjees ce sont des invités de Dieu, l’Accompagnateur Suprême, et que le Hôte Absolu n’est pas un roi humain qui dicte ses droits mais Dieu Lui-Même qui accueille Ses invités dans Son Haraam, alors qu’Il ait pitié de vous…
Et retournez vers nous, tous, in sha Allah, avec un Hadj Mabroor, comme si vous venez de prendre naissance de nouveau. Purifié, élevé, honoré. Ne nous oubliez pas, votre frère Khalil.
Par PROF. KHALIL ELAHEE
Star Journal d'information en ligne