lundi , 1 juin 2020

Masjid, Taraweeh, Namaz Eid, Jummah : l’après-Grand Confinement

La semaine dernière, nous écrivions dans ces mêmes colonnes : « … nous voyons mal certains délaisser les mosquées, les taraweeh…ou la prière de l’Eid si le couvre-feu est levé. Si des personnes âgées ou malades le font et/ou si les mesures de précaution sont ignorées, nous risquons le pire… »

Lorsque le couvre-feu sera levé, in sha Allah, beaucoup afflueront vers les marchés, les fast-foods, les magasins, les marchands de dholl-puri, les restaurants, les centres commerciaux, les lieux de travail, les plages, les salles de mariage, les cinémas etc. Les écoles rouvriront, mais plus dangereusement, le rattrapage des leçons particulières s’activera pendant de longues heures et à pas de course dans des espaces…confinés. Ce sera la ruée et la pagaille sauf si nous nous préparons dès maintenant à agir avec rigueur et discipline.

C’est pourquoi les autorités doivent venir au plus vite avec des règlements stricts pour un déconfinement progressif. Et surtout dialoguer avec les parties concernées et communiquer clairement. C’est dans ce cadre que des directives doivent être élaborées, dès maintenant, concernant les prières dans les mosquées, en étroite consultation avec les responsables musulmans. Jusqu’ici la communication fait défaut et la libre circulation d’une lettre du Commissaire de Police à ses officiers à propos du Ramadan ne provoque que la confusion.

Autodiscipline

Après le confinement, est-ce que les mosquées seront capables d’imposer le port du masque, la distanciation requise, l’utilisation de tapis de prières personnelles et autres mesures sanitaires, voire la limitation du nombre de personnes admises, par exemple, pour les prières quotidiennes ? Y-a-t-il une possibilité de faire les prières en plein air, sinon garder une ventilation naturelle continue à l’intérieur, sachant que l’hiver arrive ? Comment s’assurer que les gens fassent leurs ablutions chez eux et non à la mosquée, n’y fassent que les prières obligatoires aussi courtes que possible pour multiplier celles qui sont additionnelles à la maison, se couvrent la bouche quand ils éternuent, se lavent en maintes occasions comme d’ailleurs l’éthique musulmane fait de la propreté la moitié de la foi ? Après le couvre-feu, l’autodiscipline sera essentielle, sachant que tout geste dit ‘barrière’ peut avoir, finalement, comme la plus pure des intentions, le fait de plaire à Dieu, en évitant de nuire à son prochain, ses proches et à soi-même.

Il n’y aura pas que les mosquées où les gens pourront transmettre le coronavirus. Relativisons ainsi ce danger, car seulement les premiers jours du Ramadan sont bondés de monde, et un peu aussi les dernières nuits impairs du mois. Beaucoup font et encore plus feront leurs prières à domicile. Mais tous les gens ne sont pas égaux par rapport au COVID-19. Différentes personnes vivent des réalités différentes et ont des attitudes différentes.

Certains vivent en famille nombreuse dans une maison de deux ou trois pièces contiguës au milieu de quartiers surpeuplés, côtoient pendant des heures des dizaines de passagers dans le bus chaque jour, se frottent inévitablement avec les autres au bazar, dans la rue ou au travail et n’ont pas le luxe d’avoir un salaire s’ils ne s’exposent pas au danger du coronavirus. Leur interdire la mosquée, après le confinement, car ils y attraperaient la maladie relève d’une grossière aberration. Certes, ils risqueraient de contaminer autrui mais ils ne doivent être doublement victimes de stigmatisation, de leur pauvreté et de la pandémie.

Il convient aux responsables des mosquées de faciliter et de s’assurer du respect de toutes les précautions préconisées, un défi difficile mais pas impossible. Un jihad de l’autodiscipline. Il faut que les autorités gouvernementales et religieuses se rattrapent et, conjointement, informent le public de la gravité de la situation. Et proposent des solutions réalistes.

Jummah

En vérité, c’est la prière du vendredi qui doit nous interpeller davantage que toutes les autres. La terre entière est une masjid, mais pour la jummah, l’obligation de se rassembler en nombre est primordiale. L’affluence y est hors de l’ordinaire, comparable seulement à la prière de l’Eid qui n’est toutefois pas obligatoire et qui se tient en principe dans un lieu ouvert.

Plusieurs traditions nous rappellent que si quelqu’un manque trois jummahs de suite, sans raison valable ou maladie, Dieu place un scellé sur son cœur. Une autre version nous demande de ne pas négliger la jummah, sinon nous serons de ceux qui sont des distraits par notre manque de conscience, voire des hypocrites selon une tradition authentique. Lorsque nous réalisons que délaisser la jummah par négligence est très grave, assurons-nous que nous ne soyons pas dans la négligence en nous préparant pour l’après-confinement. Nous sera-t-il possible d’aller partout où nous voulons sauf à la masjid pour la jummah ?

Une excuse valable qui justifie le fait de ne pas prier la jummah est toute relative, dépendant de chaque être selon son contexte. Seul Dieu est le Connaisseur parfait, le seul Juge à qui nous aurons à rendre des comptes. Ne pas négliger la jummah est possible si nous sommes disciplinés et solidaires, nous respectons toutes les directives des autorités et des responsables des mosquées, nous maintenons les gestes ‘barrières’ et nous limitons la prière avec le sermon à une quinzaine de minutes. Nous pouvons même avoir trois sessions, soit à 12.30 pm, 1.15 pm et 2 pm, sinon encourager autant que possible l’accès par ordre alphabétique pour chaque session : A-F, G-N et O-Z respectivement. Faute de consultation et de communication jusqu’ici, il faut encore une fois craindre le pire.

Conclusion

Nous allons pénétrer dans une nouvelle ère, celle qui suivra le Grand Confinement. La transition durera, au minimum, aussi longtemps qu’il n’y a pas de vaccin contre le coronavirus. Si nous arrivons à gérer la conduite de la jummah, n’importe quelle autre prière sera une tâche moindre, y compris pendant le Ramadan, pour l’Eid et bien après.

La jummah est un moment essentiel pour toucher la communauté, l’unir, lui donner le moral, l’encourager à l’autodiscipline, l’exhorter au bien et à résister au mal. Notre équilibre, individuel et collectif, en a besoin. Pour s’approcher de Dieu, chacun et ensemble. La distanciation physique, particulièrement pendant le jeûne du Ramadan mais aussi après, ne doit jamais nous faire oublier cette finalité qui est la nôtre.

Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi… alors Je suis Tout Proche : Je réponds à l’appel de celui qui M’appelle quand il M’appelle. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. (Le Coran 2 :186)

Par Dr Khalil Elahee

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