Tuesday , 20 January 2026

Au cœur du monde, avec Dieu

Ne nous est-il pas arrivé de nous demander comment rester attentifs durant nos prières ? Surtout lorsqu’elles sont longues comme pour le « taraweeh  » ? Après notamment une journée fatigante, rendant difficile la concentration ? Comment éviter également d’être distrait par nos affaires mondaines, petites et grandes, qui nous tracassent tant, souvent qui nous viennent à l’esprit malgré tous nos efforts pour les chasser ? Comment faire pour ne plus nous préoccuper des bruits et autres dérangements qui viennent à nous, comme les invasions intempestives des réseaux sociaux, jusqu’à dans nos mosquées ou nos endroits de prières chez nous, où la tranquillité aurait dû régner ?

Mais il y a beaucoup plus grave. Nos activités courantes durant les jours de Ramadan risquent, peut-être, de nous éloigner du souvenir de Dieu. Trop emportés par la pression de nos obligations professionnelles, familiales, sociales et autres, nous arrivons jusqu’à délaisser nos devoirs religieux dans le cas de certains parmi nous. Sinon ce sont nos passions, plaisirs et passe-temps qui nous attirent davantage que la pratique sereine de la foi, y compris pendant ce grand mois béni. Il y en a aussi ceux qui s’adonnent à ce qui est mauvais, voire interdit pour tout croyant, et pourtant ils sont bien en train de jeûner physiquement, c’est-à-dire, s’abstenir de manger et de boire.

Le cœur

Comment se concentrer sur l’essentiel du moment, demeurer actif mais calme hors de tout empressement et loin de toute agitation, se focaliser intimement en toute circonstance, de tout son être, jusqu’à atteindre une paix intérieure apaisée dans le plaisir de Dieu ? Pendant Ramadan, et après. Et cela autant que possible pendant et avec nos activités temporelles que nous ne pouvons ignorer. C’est cela l’épreuve du cœur. Le mois du jeûne est destiné à nous permettre à accéder à un degré plus élevé de conscience pieuse de Dieu, à parfaire la « taqwa » qui repose dans notre cœur. Or, cet exercice n’est nullement théorique, mais bien pratique, se déroulant dans notre cœur au sein de notre univers matériel, dans notre quotidien, au rythme de notre réalité d’ici-bas. Pendant un mois, nous ne tentons pas uniquement à entraîner notre cœur dans la discipline de la « taqwa », mais nous livrons bataille, jour et nuit, à chaque instant si possible, afin d’être avec Dieu tout en faisant face à un environnement qui, si souvent, fait comme si Dieu n’existe pas.

Alors, le cœur peut tomber vite dans l’oubli de Dieu, et ainsi cela mène l’homme à s’oublier soi-même. Et si dans le mois de Ramadan, cela peut lui arriver alors que tous diables sont enchaînés, imaginons donc quelle doit être sa fragilité pendant le reste de l’année ! S’il ne profite pas du mois béni, alors il risque plus tard d’être assailli de partout, privé de lumière et d’être point rayonnant pour son entourage. Il pourra avoir le cœur couvert de rouille qui s’accumulera avec le mal qu’il s’affligera lui-même, jusqu’à avoir un cœur obscurci, scellé, détourné, renversé dessus dessous, et dur comme la pierre, plus dur même que le roc.

« …vos cœurs se sont endurcis ; ils sont devenus comme des pierres ou même plus durs encore ; car il y a des pierres d’où jaillissent les ruisseaux, d’autres se fendent pour qu’en surgisse l’eau, d’autres s’affaissent par crainte de Dieu… » (Le Coran 2 :74)

Au cœur des 5 versets coraniques à propos du jeûne du mois de Ramadan, il y a un qui, précisément, évoque la proximité avec Dieu. Celle-ci est l’objectif de la « taqwa » qui, elle-même, peut être l’objectif du fait de se s’approcher de Dieu. Pour l’invoquer en l’appelant n’importe quand, n’importe où on se trouve, pour n’importe quoi, pour toute chose. Reposer sa foi en Dieu afin de recevoir la guidance.

« Quand mes serviteurs t’interrogent sur Moi : Je suis proche. Je réponds à l’appel de l’appelant quand il M’appelle. Donc, qu’ils Me répondent et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient guidés » (Le Coran 2 :186).

Avec Dieu

L’épreuve du cœur pendant Ramadan est conçue afin de parfaire la disposition spirituelle du croyant pour affronter le monde les autres mois. À la lumière de ce même cœur qui s’exerce à être avec Dieu dans la conduite des affaires matérielles inévitables, y compris durant ce même mois. Ramadan, c’est se ressourcer, s’abreuver et faire le plein en « taqwa » au niveau du cœur, chacun œuvrant pour atteindre son summum. Le Messager de Dieu, bénédiction et paix sur lui, en pointant le cœur, affirmait « La taqwa est là », répétant même ces propos selon une narration. Comment faire, donc, pour adoucir le cœur, l’attendrir, le ramollir spécialement s’il est devenu dur, afin qu’il puisse être s’imbiber de « taqwa » ?

La réponse, c’est simplement le mois de Ramadan avec la compréhension du sens des actes qui y sont prescrits, avec autant d’autres qui y sont recommandés. Allant des prières obligatoires au jeûne en passant par le « taraweeh », mais aussi tout ce qui de l’ordre du convenable, du bien et de l’excellence dans le comportement. Tout en évitant absolument les choses prohibées et s’éloignant de tout ce qui blâmable. Quelle merveilleuse école de formation qu’est ce mois béni, une préparation formidable pour après, jusqu’à l’Au-delà.

Lorsqu’il s’agit des œuvres qui peuvent empêcher que le cœur se durcisse pendant Ramadan d’abord, mais aussi ensuite, la tradition musulmane nous apporte des éclairages. Commençons par chercher le pardon divin pour notre oubli, sinon même notre insouciance, voire notre égarement, pour ne pas dire nos péchés et autres transgressions par rapport à la vie mondaine. Même le Messager de Dieu, bénédiction et paix sur lui, demandait pardon 100 fois par jour à Dieu alors qu’il était exempt de tout écart. Car, c’est ainsi que s’exprime la reconnaissance de la miséricorde de Dieu. Chercher pardon comme aussi pour le fait que même lui, le plus parfait des créatures, devait faire face aux épreuves d’ici-bas et ne pouvait être en état d’adoration absolue en permanence.

N’est-ce pas un peu cela la signification de la « zakaat-ul-fitr », car notre jeûne n’est pas parfait et il faut chercher nécessairement à faire compensation. Il est dit aussi que donner à manger aux pauvres adoucit le cœur, tout comme le fait de ne pas trop parler sans mentionner Dieu. N’y a-t-il pas là un autre apprentissage auquel le jeûne nous incite : se taire si nous ne sommes pas dans le rappel divin, le « dhikr » ? Sinon alors, méditer sur les signes autour de nous et en nous-mêmes. N’est-ce pas dans le souvenir de Dieu que le cœur trouve une douce quiétude, un sentiment de paix et de satisfaction complète ?

Pour être attentif que ce soit durant les prières, pendant et aussi hors de Ramadan, ou face à n’importe quel test de la vie, il faut remettre le « dhikr » au cœur de notre cœur. C’est ainsi que nous atteindrons la « taqwa », où que nous soyons. Le mois de Ramadan est une occasion bénie pour découvrir cette vérité. Pour y revenir si nous nous sommes éloignés, car cela arrivera. À Dieu, certes, nous appartenons et à Lui, certes, nous retournons.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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