jeudi , 30 juin 2022
Des frais exorbitants sont liés aux services spéciaux à Mina.

Lettre Ouverte au Ministre Responsable du Hadj

Cher Hon. A. Teeluck,

Comme vous l’avez affirmé au Parlement ‘given the importance that Hadj represents to the Muslim community, as it is one of the five pillars of Islam, the Government, more particularly the Prime Minister, is not sparing any effort to ensure a better package for our pilgrims’. Dans ce sens, je vous serais reconnaissant de prendre note des humbles suggestions suivantes en vue d’atteindre le noble objectif qui vous êtes fixé :

1. Dépolitisé

Dans le passé, sous différents régimes, il y a eu maints abus avec la désignation de personnes au niveau de la Hajj Mission qui n’ont pas été à la hauteur de la responsabilité qui leur incombait. Certains y étaient surtout par allégeance politicienne partisane, au détriment d’autres critères essentiels. Vous avez l’occasion d’envoyer un signal fort en y nommant non seulement une équipe compétente, mais aussi en définissant clairement le rôle de chaque membre avec l’attribution de chacun et des comptes à rendre très spécifiques pour chacun.

L’intégrité, les qualifications, l’expérience et la volonté de servir doivent être les traits des membres de la Mission, dont le nom d’ailleurs doit être changé pour refléter sa vocation. Le but est de servir les pèlerins. Ce ‘Hajj Support Service’ a besoin d’hommes, et de femmes, qui seront accessibles à tout instant afin que les invités de Dieu ne soient pas obligés à transmettre leurs doléances par le biais des radios privées locales, en directe de la Mecque.

2. Flexibilité

Avec des agences organisatrices du Hadj qui sont crédibles, il est possible dans de nombreux cas de baisser les coûts en ramenant le nombre de jours du séjour en Arabie, si les pèlerins le souhaitent ainsi. C’est avec une flexibilité dans les dates de départ et de retour, comme dans le choix des hôtels, que cela pourra se faire. Certes, il faudra un monitoring de la part des autorités pour éviter des abus de la part de certains organisateurs, mais il faut permettre aux pèlerins le choix d’aller vers les meilleurs parmi ces derniers en termes de budget proposé, de qualité de prestation, mais aussi de flexibilité à prendre en compte les contraintes particulières de chaque pèlerin. Il n’est plus concevable pour beaucoup de séjourner une trentaine de jours en terre sainte, alors que le pèlerinage en soi ne dure que cinq ou six jours strictement. Certes, puisque c’est le voyage d’une vie, certains voudront y rester très longtemps mais pour ceux qui optent pour un séjour écourté, il faudra leur permettre cette option.

3. Dignité

Dieu n’impose à personne un fardeau qu’il ne peut soutenir. Non seulement il faut alléger le nombre de jours du séjour pour ceux qui le souhaitent dans la limite permise, mais il faut aussi ne pas compromettre la qualité des services en cherchant à tout prix à réduire les coûts du Hadj par des décisions peu judicieuses. Malgré ce que disent certains, pour cette année au moins, la marge de manœuvre localement est réduite. Le pouvoir saoudien, malgré des revenues record avec le prix du pétrole en hausse, ne fait aucun cadeau aux pèlerins. Pire, au nom de la modernisation, et apparemment à cause de la pandémie, toutes formes de taxes et de frais supplémentaires sont bienvenues.

Certainement, il faudra toujours garder un standard minimum pour que le Hadj se fasse de façon digne. Cela, toutefois, ne justifie nullement tous les frais décidés arbitrairement, allant de celui du visa jusqu’à celui des services spéciaux à Mina, sans oublier le très lourd nouveau ‘Makkah Catering Service’. Et pourtant le Coran parle du visiteur et du résident comme égaux à la Mecque !

Nul ne doit avoir à s’endetter, ou pire à mendier, afin d’accomplir le 5e pilier de l’Islam. Ce devoir religieux est obligatoire, seulement une fois dans la vie, pour ceux uniquement qui en ont les moyens. Il ne faut pas que de la part de l’opposition, comme des autorités, nous tombions dans une polémique futile sur les coûts du Hadj. Ce n’est pas une marchandise à vendre ou à acheter. Par la crainte de Dieu, il faut s’abstenir de faire du Hadj un objet d’instrumentalisation bassement politicienne, car la population n’est pas dupe. D’où l’importance critique, Monsieur l’honorable Ministre, d’envoyer un message fort de votre part en considérant le premier point proposé sur la dépolitisation de l’instance coordinatrice du Hadj.

4. Transparence et communication

Votre réponse au Parlement a le mérite d’être claire et les questions supplémentaires des membres de l’opposition aussi étaient pertinentes, leurs propositions intéressantes. Cela promet un avenir meilleur. Dépolitiser revient souvent à déplacer l’enjeu au dessus de toute considération partisane. Cela sera encore plus facile si la communication est efficace, mais aussi transparente. Même si ce ne sera pas possible de réduire significativement les coûts du Hadj, tout le monde sera rassuré si les chiffres et faits sont communiqués, promptement et limpidement, concernant :

  • le nombre de pèlerins qui ont décliné pour raison financière, pour cause d’âge ou pour autre motif ;
  • le nombre de personnes sur la liste d’attente qui, sans doute, doit être réactualisée correctement ;
  • les agences organisatrices et les frais avec détails qu’ils comptent imposer pour leurs services ;
  • les retombées des différentes négociations avec les autorités saoudiennes, particulièrement afin d’enlever les frais de visa, de revoir celui des services dits ‘spéciaux’ à Mina, et d’arriver à un accord sur le ‘Makkah Catering Service’
  • des dispositions prises, allant de la formation des futurs pèlerins aux mesures préconisées en des cas extrêmes, comme l’hospitalisation et la prise en charge des malades (une assurance de voyage étant maintenant obligatoire, mais à quel prix et avec quelle couverture ?)
  • et la publication des rapports sur le Hadj, y compris surtout après l’accomplissent.

Cher M. le Ministre, comme vous le savez, après deux années pleinement marquées par la pandémie, ce sera une grâce divine que de pouvoir accomplir le Hadj dans moins de deux mois, in sha Allah. Pour tout pèlerin, homme ou femme, ce sera un moment inoubliable où il répondra avec son corps, son bien, son esprit et, surtout, avec tout son âme ‘ Labbaik, Allahouma, Labbaik’. Je suis présent, mon Dieu, je suis présent.

Dans ce qu’il croit profondément être l’endroit le plus saint sur terre et pendant le jour le plus sacré, il aura rendez-vous, intimement, avec Son Créateur au milieu d’un million de pèlerins tous pareils en apparence. Avant le rendez-vous immanquable que nous aurons tous avec Dieu après la mort. Que tous ceux qui s’engagent de près ou de loin dans l’activité du Hadj se rappellent que nous aurons des comptes à rendre.

Je vous remercie infiniment de votre attention et que la paix de Dieu soit sur ceux qui sont bien-guidés.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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