La flambée des prix des légumes, constatée sur les marchés et dans certains points de vente à travers le pays, suscite la colère des consommateurs. Une enquête de STAR vient mettre en lumière les raisons de cette hausse.
La flambée des prix de légumes et de fruits sur les étals est spectaculaire voire même indigeste, car comparée à il y a quelques mois, les prix des légumes étaient abordables. Si sur les étals des maraîchers, les prix des légumes et des fines herbes ont pris l’ascenseur, par contre dans des grandes surfaces, le prix de certains légumes a carrément doublé.
Les maraîchers que nous avons interrogés justifient cette tendance haussière par deux facteurs essentiellement : une hausse dans la demande provoquée par l’avènement de plusieurs fêtes religieuses d’un côté et une baisse dans la production engendrée par le passage du cyclone Belal. En effet, selon un relevé du ministère de l’Agro-industrie, on estime qu’au moins 50% des cultures ont été ravagées à cause des inondations provoquées par le cyclone.
Des maraîchers se veulent cependant rassurants quant à une éventuelle baisse des prix des légumes. « La montée des prix des légumes n’a rien d’anormal. C’est le cas chaque année après des périodes de grosses averses et d’inondations. Les prix vont baisser dans quelques semaines », soutient Mohamedally Koheratee, demandant aux consommateurs de faire preuve de patience.
Pas d’abus
En attendant, Mohamedally Koheratee, qui est la quatrième génération de sa famille à travailler au marché de Port Louis, se défend de pratiquer des prix abusifs et soutient, au contraire, que la marge de profit des maraîchers n’a pas bougé ces dernières années.
C’est le cas notamment aussi de Sailesh, maraîcher depuis plusieurs années. Sailesh vend des fines herbes et explique que sa marge de profit est très minime. « Je dois acheter un paquet de thym à Rs 500 à partir duquel je n’obtiens que 15 petits paquets. Combien dois-je vendre un paquet pour recouvrir mon investissement ? » se demande Sailesh.
Selon lui, depuis les inondations liées au cyclone Belal, la « cotomili » se vend à prix d’or. «Tout finn gater. Bizin atan avant capav vender », soutient Sailesh qui se dit attristé de constater que les marchands de fines herbes commencent à délaisser leurs étals, étant devenu quasiment impossible de travailler à profit chaque semaine.
Travailler à perte serait justement devenu monnaie courante pour Sanjay Purang, maraîcher depuis 50 ans. Car selon lui, les légumes invendus doivent être jetés à la poubelle. « Nous mettons parfois jusqu’à 3 jours pour vendre nos légumes. Passé ce délai, les consommateurs n’en veulent plus et nous devons alors les jeter », déplore-t-il. Parfois, ajoute Mohamedally Koheratee, les légumes arrivent au marché déjà abîmés. «Parfoi la moitier fini gater. Bizin pren zeter », dit-il.
Grandes surfaces
Sanjay Purang, comme de nombreux maraîchers, se dit surpris par l’attitude de certains membres du public qui critiquent les prix pratiqués par des maraîchers mais qui resteraient silencieux sur ceux des grandes surfaces. « Pourquoi ne vont-ils pas se plaindre contre eux ? » demande-t-il. Et à Mohamedally Koheratee d’ajouter : «Dans grandes surfaces prix légumes triplé, dimoune la tire so carte li payer et li pas accuse propriétaire la de voleur », fait-il remarquer.
Mohamedally Koheratee met en avant une série d’autres facteurs qui, selon lui, affectent les maraîchers du marché central. Parmi eux, la présence de marchands ambulants, des planteurs, et des commerces proposant des légumes et des fruits à moins de 500 mètres du marché. «Clientèle mem fine baisser parski avant rentre dans bazar, consommateurs fini gagne tout lors chemin », explique-t-il.
Notre interlocuteur déplore que les maraîchers ne bénéficient ni de subventions, ni de compensation du gouvernement. « Nous devons payer les travailleurs, le parking pour le camion, et nous devons venir depuis 5 heures du matin pour surveiller le parking et quand des voleurs malins nous volent des légumes. (…) Nous devons gérer notre vie 7 jours sur 7 et nous ne recevons ni pension ni somme forfaitaire quand nous prenons notre retraite », dit-il. Malgré cela, il soutient que les maraîchers sont nombreux à offrir gratuitement des légumes à des personnes nécessiteuses. « Les marchands apaisent la souffrance des gens et parfois nous donnons des légumes en cadeau aux malheureux et parfois il y a ceux qui demandent du crédit », dit-il.
Azeem Muslim : «Les légumes se vendent à prix d’or»
« Je ne peux pas acheter beaucoup de légumes parce que leurs prix sont trop élevés. Le piment se vend à Rs 800. On se croirait en Europe », estime Azeem Muslim, jugeant injustifiés les prix de certains légumes qui, selon lui, « se vendent à prix d’or ». Il se réjouit que le gouvernement mauricien envisage d’importer des légumes d’Afrique du Sud et d’Inde. Azeem Muslim pense que le gouvernement devrait réguler la vente des légumes et des fruits. « Je n’achète plus de fruits pour mes enfants depuis longtemps », ajoute-t-il.
Sudesh Bhagan : «Il est temps de cultiver ses propres légumes»
Sudesh Bhagan juge les prix des légumes et des fruits au marché de la capitale exorbitants. « Je comprends que les inondations ont détruit les cultures de légumes, mais comment expliquer que les prix des fruits importés ont également augmenté ? », demande-t-il. S’il estime que les maraîchers doivent subvenir aux besoins de leurs familles, il est d’avis que cela ne devrait cependant pas se faire au détriment des consommateurs. Il invite le gouvernement à trouver une solution à leurs problèmes car il craint la disparition des maraîchers dans le futur. « Aussi, il est grand temps pour le gouvernement d’encourager les Mauriciens à cultiver leurs propres légumes sur le toit de leurs maisons », suggère-t-il.
Les prix des légumes au marché central cette semaine :
- Pomme d’amour : Rs 160 – 190
Chouchou : Rs 75.00
Le chou : Rs 175.00
Petit piment : Rs 800
Haricot vert : Rs 125.00
Carotte : Rs 90.00
Giraumon : Rs 80.00
Lalo : Rs 150.00
Bringelle : Rs 125.00 et Rs 90.00
Thym : Rs 25.00 le paquet
Coriandre : Rs 40.00 le petit paquet.
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