samedi , 31 octobre 2020
Keita Baldé et Sadio Mane.

Keita Baldé, l’international sénégalais : il vole au secours de 150 familles noires en Espagne

Né à Arbucies, en Catalogne, l’attaquant de l’AS Monaco, noir et de confession musulmane, ne peut plus fermer les yeux sur la violence du racisme qui frappe les Noirs en Espagne, dénonçant vigoureusement un « racisme endémique ».

A l’heure où la planète entière, saisie d’effroi devant l’agonie atroce de George Floyd, semble avoir laissé tomber ses œillères opaques et crie son indignation, Keita Baldé ne veut plus se taire, ni détourner le regard, et encore moins se laisser éblouir par le miroir aux alouettes de la gloire et de la fortune. Il regarde désormais en face les injustices criantes et l’ostracisme social, dur et impitoyable, qui s’abattent sans discontinuer sur ses frères et sœurs noirs.

« La vie des Noirs n’a d’importance que si vous vous appelez Keita Baldé, que si vous êtes une star dans votre domaine. Mais si vous travaillez à temps partiel à Lleida, alors là tout est différent. Votre vie ne vaut rien », s’est-il récemment insurgé, non sans émotion, dans les colonnes du grand quotidien espagnol El Mundo.

Alors que le Coronavirus, dans son sillage mortifère, a révélé le sort effroyable subi par les travailleurs saisonniers, exploités telles des bêtes de somme, notamment dans sa Catalogne natale, le refoulement de 150 familles noires qui logeaient dans des hôtels l’a profondément choqué.

Hanté par les images difficilement supportables de cette expulsion, tournées par le cinéaste Paco Leon, Keita Baldé a décidé de voler à la rescousse de ces maris et pères, épouses et mères, et de leurs enfants jetés à la rue, sans une étincelle d’humanité. Devant une telle détresse et tant de souffrance, il a payé intégralement leur logement, ainsi que leurs frais de nourriture et de vêtements.

« Je ne voulais pas parler, je ne voulais pas offrir des mots, je voulais des faits, je voulais agir concrètement. Ces familles avaient besoin d’aide », a-t-il déclaré de manière vibrante. « Elles vivaient dans des conditions déplorables, elles dormaient dans la rue, entre des boîtes en carton. Imaginez un peu ! Ces travailleurs saisonniers travaillent 13 heures par jour pour 25 €, et doivent acheter de la nourriture, trouver un endroit où dormir, ils ne volent personne », a-t-il insisté, avant de fustiger le traitement que l’Espagne leur réserve.

« En Espagne, nous avons besoin de personnes travaillant dans les champs pour récolter les fruits. Nous en avons besoin, mais on ne les traite vraiment pas bien… », a-t-il grandement déploré.

« J’ai aussi financé une mosquée et une école au Sénégal, je suis comme ça depuis toujours. L’argent est l’un des problèmes de ce monde. Il classe les gens. Nous vivons dans une société polluée à cet égard. La valeur réelle de la personne ne compte pas. C’est vraiment triste ». C’est par ces mots affligés que le jeune footballeur sénégalais, qui s’efforce de ré-enchanter un monde si cruellement désenchanté, a conclu son entretien.

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